pur luxe que de rouler la couette pour la regarder nue… de belles épaules & un dos superbe s’étrécissant jusqu’à une taille mince pour s’évaser en rondes hanches… elle tendit un bras vers moi sans se retourner…
viens près de moi, & remonte la couette, chéri, j’ai froid…
pur luxe !
en faisant couler le bain demandé, & pendant qu’elle se délassait dans l’eau très chaude, je passai une serviette sur le miroir couvert de vapeur au-dessus du lavabo pour examiner mon cou
à un moment, dans la voiture, elle avait crié puis elle m’avait mordu férocement en achevant son râle
j’avais une belle marque de dents… je la tamponnai avec un gant de toilette glacé…
fallait rester à table si tu avais encore faim !…
elle rit… c’était trop bon ! je n’ai pas pu me retenir… mais tu as le cou trop musclé, je n’ai même pas réussi à en arracher un morceau !…
deux heures du matin, dans la cuisine … il fallait recharger les batteries… c’était comme si nous n’avions pas dîné au restaurant trois heures avant…
j’avais débouché un vieux bordeaux & empli nos verres, & tout en sirotant mon vin je préparai une omelette à ma façon : une vieille poêle en fonte, une noisette de graisse d’oie, blancs & jaunes d’œufs battus séparément, quelques gouttes de lait, assaisonnement poivre & sel, le tout jeté dans la poêle brûlante…
je ne pouvais m’empêcher d’admirer son visage altier, la grâce probablement très étudiée de chacun de ses gestes les plus élémentaires, élever sa fourchette, tendre la main pour saisir son verre… & pourtant elle portait un de mes peignoirs, &, comble d’élégance, d’épaisses chaussettes de tennis qu’elle m’avait demandé parce qu’elle avait froid aux pieds sur le carrelage & que je n’avais rien d’autre à lui proposer…
elle était là, dans ma cuisine, ses jambes parfaites allongées sur une chaise, les pieds dans mes chaussettes, en train de manger des pâtes avec appétit, face à moi, très satisfait d’elle, de moi, de tout…
qu’est-ce qu’un promeneur dans le désert ? un non sens… & pourtant, moi, dans mes nuits sans sommeil, j’ai toujours cette impression de respirer dans un monde éteint… empli de feuilles sèches & craquantes… parfois j’ai l’impression de les avoir dans la bouche… comme ce goût répugnant au matin lorsqu’on a peu dormi après avoir beaucoup fumé… de vieilles chansons de Sinatra tourbillonnent dans l’air & ça semble dater de plusieurs siècles… le monde d’avant… d’avant quoi ?… le monde avant que tout bascule cul par dessus tête… pourquoi cette fille ? question de peau sans doute… l’arc de son dos, le vase de ses reins, ses rondes fesses… mais surtout le contact de nos peaux… réaction chimique… des fois ça le fait, d’autres fois, non… là, on peut dire que ça le fait…
je me lève pour pisser… & comme chaque nuit depuis… dès que je suis levé, je n’ai plus envie de me recoucher… j’enfile un caleçon & referme sans bruit la porte de la chambre… je vais faire un pot de café… de toute façon, je n’ai que ça… pas de thé
je n’ai pas faim
même les belles filles ont des tripes… ça me ramène sur terre… j’entends la chasse d’eau puis la douche… Hannah arrive dans la cuisine, toujours dans mon peignoir & mes chaussettes de tennis…
café ou café ?… je propose
café…
tu veux manger quelque chose ?…
non, merci… juste un café & je file… je ne reste pas…
elle sortit son mobile de son sac… tu me donnes ton numéro ?… & elle le programma en le répétant à voix haute devant le micro… puis une voix synthétique sortit en demandant
NOM ?
Toby… T-O-B-Y… épela-t-elle
elle alla s’habiller
de la fenêtre de cuisine je l’ai regardée monter dans le taxi qu’elle avait appelé de son mobile : encore un numéro programmé…
elle était partie… baiser rapide sur les lèvres… vague promesse de s’appeler… un signe de la main avant de monter dans le taxi…
je haussai les épaules & partis prendre une douche à son tour… tout s’effaça sous le jet
c’est comme ça que j’ai trouvé un équilibre relatif… c’est pas l’bonheur, ça fait pas d’vagues, des fois je m’demande quand même si ça peut suffire à faire une vie ?... que resterait-il pour prouver que j’ai existé si je disparaissais aujourd’hui ?… des souvenirs dans la mémoire de quelques proches & quoi d’autre ?… je me demande aussi si beaucoup de gens se posent cette question ? la vie quotidienne les grignote, & quand elle les a bouffés, digérés, ça ne change rien… pas plus que quand ils avaient vécu… c’est pas bien brillant… tout ça passe bien trop vite… tant de vies uniques qui deviennent rapidement des vies sans importance, puis des morts sans importance… tout ça mérite mieux…
mon petit vélo fait tranquillement ses ronds dans ma tête… il n’a pas de freins
mais on peut considérer autrement la chose : comme une suite d’entremêlages de cuisses où je représente la part masculine, & quoi d’autre ? le soir je retrouve mes vieux maîtres, ironiques, sceptiques, poétiques, tels qu’en eux-mêmes pour l’éternité… alors là je laisse mes oripeaux de quarantenaire en jean, & je mets un vieux pantalon de velours, un vieux gilet de laine sur mon polo, & avec une pipe à la bouche, je bricole sur mon clavier de plastique…
un pot de café sur le bord du bureau


vite elle enfilait sa
chemise quand il se levait… elle la ramassait par terre là où il l’avait laissée tomber avant de faire l’amour… toute la nuit il l’avait tenue dans ses bras & l’avait réchauffée mais quand il
quittait le lit pour aller faire le café elle avait froid… & elle voulait sentir encore son odeur
bon !... j’y vais ! je vous laisse !... à ce soir Maman !...






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