après SHEERNIN &
DICK SHAVER
voici ma variation sur l'automne
en complément amical
***
automne saison morne ?
automne saison morte ?
autrefois je détestais l’automne & j’écrivais ceci (vers 1983)
:
l’automne
approche
les pas des badauds se font plus
lourds
les dos des passants se font plus
ronds
l’automne
approche
les matins sont
gris
je bourre une pipe & arrose le tabac
d’une langue de feu
debout à la fenêtre j’observe
impassible
les arbres dans le vent les douze chiens
errants
mon cœur reste
sourd
le martèlement du Temps se répand sur
mon être
ma bouche reconnaît le goût du
tabac
je guette un cri
d’oiseau
d’une voisine
fenêtre
bourdonne une hertzienne
musique
mais dans ce ciel
définitif
il ne servirait à rien d’attendre un
refrain neuf
les opus sont aux
puces
mes sens renouent rapidement avec
l’ennui & la léthargie
communs à tous les
automnes
le sommeil sans rêve
approche
c’est l’automne qui
revient
les plus longues heures sont à
venir
mortelles
cette saison pue le
néant
provoque les pensées
morbides
& les petits matins
tristes
c’est toute la rancœur du monde &
des siècles
qui chasse brutalement des mois de joie
& d’espoir
avalés dissous déjà
oubliés
ce qui fait haïr
l’automne
est la découverte terrible &
dérisoire
que personne n’a l’éternité pour
soi
à la saison sans couleur tombetombent
les masques
les esprits s’alourdissent & les
vies se creusent
il n’y a qu’un amour éternel c’est celui
qui n’existe pas
me détournant du dehors je jette un
regard sur les livres
sur les manuscrits épars sur les pipes
soigneusement rangées
je siffle entre mes
dents
c’est
l’automne
avec son cortège de sensations
usées
& de ressouvenirs d’amours
morts
c’est
l’automne
chaque minute est celle d’une lente
agonie
à l’automne
lorsque l’œil du poète ne parvient pas à
percer le ciel monotone
les pensées
s’éteignent
seules subsistent les habitudes &
les manies
automne saison
morne
automne saison
morte
qui exhale
l’amertume
je hais
l’automne
je suis
l’automne
je hais la nostalgie & la
mélancolie
je suis l’automne & la
mélancolie
je hais
l’automne
& voilà
l’automne
***
& puis le temps a passé,
je n’ai pas tenu le compte des saisons
(vaut mieux pas ! me lance mon
reflet)
à vivre désormais au milieu d’une nature préservée,
mon regard a changé
(& mes sens assoupis se sont réveillés)
***
toute la journée le soleil fut absent,
une journée longue comme un jour sans paix
(où la vie, malgré tout, se donne l’illusion d’elle-même)
tendue comme un tir de fusil,
la chaussée huileuse perçait les façades grises aux volets
abattus,
dégoulinant des traces d’une averse doucereuse
(une pluie grasse qui collait la poussière au sol)
les gouttières pissaient comme des ivrognes,
la pluie frappait aux carreaux,
mais je ne la laissais pas entrer
(& le brouillard qui sortait de ma pipe s’épaississait)
dans le ciel & sur la terre,
la pluie en larges gouttes tièdes
crépitait sur le toit sur les murs les volets
(lumière nouvelle du ciel éclairci, bruits amortis de la vie
minuscule)
cette nuit, après la pluie,
lorsque tout paraîtra calme,
quand le Temps semblera suspendu,
j’ouvrirai la fenêtre & je me pencherai au dehors
& je respirerai les odeurs qui s’élancent de la végétation
humide,
(à chaque saute de vent des senteurs mouillées
m’envelopperont)
(& je n’en finirai pas d’absorber ces lambeaux
célestes)
derniers échos de l'espace