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Paysages

Publié dans : Paysages

elle ne quittait pas des yeux l’océan qui semblait étrangement engourdi sous le ciel pur d’un froid jour d’octobre radieux

c’était l’étale, une flaque de métal reflétant le ciel… la mer plate comme la lame tranchante d’1 sabre avait la couleur de l’acier bleui par le feu… des reflets de rouille sur sa surface… provenant des algues rouges flottant entre deux eaux

parfois le monde semble parfaitement horizontal : nulle ligne verticale pour en trancher l’immobilité plane… nulle idée à la con pour s’imposer sur les autres… nulle puissance pour prendre le dessus : ni puissance ni impuissance… juste la Paix

plus les dimensions s’additionnent plus les dissensions se multiplient… longueur, largeur, hauteur, profondeur, temps, argent… arithmétique simple pour une géométrie complexe

elle cherchait des yeux l’horizon englouti, la ligne de fuite absente, comme si le monde avait reflué & aboli toutes les chaînes, laissant une liberté molle soulever des questions inéluctables

on n’entendait même plus le bruit du ressac tout en moelleux s’élevant puis retombant avec le mouvement de la houle, ondulations parallèles… l’air était éponge… il absorbait tout


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Publié dans : Paysages

les murs blancs reflétaient cette curieuse luminosité du ciel qu’on ne trouvait qu’ici, & beaucoup de volets bleus étaient fermés… maisons muettes jusqu’au printemps

 

le rose mourant de rosiers tardifs sur le bleu myosotis des portes & volets sur le blanc assombri des murs sous l’ocre des tuiles dans le bleu lavandé du ciel rejoignant le gris vert de l’océan

 

cette pluie triste & silencieuse n’avait rien de revigorant… elle se laissait guider par le vent & s’abattait sans force sur l’Ile, c’en était désespérant de médiocrité

les jours qui suivirent commencèrent à se ressembler les uns les autres…

l’atmosphère était dégueulasse

il faisait moins froid, & il cessait rarement de pleuvoir

difficile de sortir longtemps

il fallait enfiler bottes & cirés pour se battre contre les rafales violentes & tourbillonnantes, presque de force à les soulever de terre, rabattant les capuches… il fallait pénétrer dans l’épais rideau de pluie, & progresser contre ce souffle énorme le corps tout entier plié en avant, la tête baissée & rentrée dans les épaules, mais cela n’évitait pas d’avoir le visage exposé, vite trempé désagréablement par la pluie froide…

c’était comme de plonger dans un univers entier qui semblait être devenu liquide… les rares passants qui se dépenchaient ne pensaient plus qu’à mettre un pied devant l’autre dans la tourmente, évitant les flaques par habitude, sans y voir aucune dérision s’y refléter, & rasant les murs pour éviter les longues gerbes d’eau projetées par les voitures filant sur la chaussée submergée

le ciel n’était plus visible... même les arbres nus du jardin devenaient des ombres brouillées, fantômes gris & ternes agités par le vent mugissant ; même les pins d’un vert sombre paraissaient tristes, d’ailleurs dans ce pays venteux une bonne partie de l’année, ils poussaient de biais, rabattus depuis leur naissance par la bourrasque

 

dans cette tempête, la mer en furie se soulevait pour se jeter sur la plage en vagues écumeuses gigantesques qui explosaient sur la jetée en pierre comme pour tout engloutir… à marée haute, l’eau montait jusqu’aux premières marches de l’escalier en bois... quel contraste avec le paysage d’été, tout de sécheresse accablante, méconnaissable dans l’air & l’eau mélangés, déchaînés

 

pendant les rares accalmies, quand ils ouvraient une porte, les effluves exhalés par la terre gorgée d’eau s’efforçaient d’entrer, mais ils étaient refoulés par le souffle chaud de l’intérieur entretenu par le poêle & la cheminée où la combustion était permanente… la réserve de bois était au sec depuis l’été sous l’appentis adossé à la maison, & elle était en quantité suffisante pour passer l’hiver entier au chaud s’il avait fallu


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Publié dans : Paysages
après SHEERNIN & DICK SHAVER
voici ma variation sur l'automne
en complément amical

***

automne saison morne ?

automne saison morte ?

autrefois je détestais l’automne & j’écrivais ceci (vers 1983) :

 

l’automne approche

les pas des badauds se font plus lourds

les dos des passants se font plus ronds

l’automne approche

les matins sont gris

je bourre une pipe & arrose le tabac d’une langue de feu

debout à la fenêtre j’observe impassible

les arbres dans le vent les douze chiens errants

mon cœur reste sourd

le martèlement du Temps se répand sur mon être

ma bouche reconnaît le goût du tabac

je guette un cri d’oiseau

d’une voisine fenêtre

bourdonne une hertzienne musique

mais dans ce ciel définitif

il ne servirait à rien d’attendre un refrain neuf

les opus sont aux puces

mes sens renouent rapidement avec l’ennui & la léthargie

communs à tous les automnes

le sommeil sans rêve approche

c’est l’automne qui revient

les plus longues heures sont à venir

mortelles

cette saison pue le néant

provoque les pensées morbides

& les petits matins tristes

c’est toute la rancœur du monde & des siècles

qui chasse brutalement des mois de joie & d’espoir

avalés dissous déjà oubliés

ce qui fait haïr l’automne

est la découverte terrible & dérisoire

que personne n’a l’éternité pour soi

à la saison sans couleur tombetombent les masques

les esprits s’alourdissent & les vies se creusent

il n’y a qu’un amour éternel c’est celui qui n’existe pas

me détournant du dehors je jette un regard sur les livres

sur les manuscrits épars sur les pipes soigneusement rangées

je siffle entre mes dents

c’est l’automne

avec son cortège de sensations usées

& de ressouvenirs d’amours morts

c’est l’automne

chaque minute est celle d’une lente agonie

à l’automne

lorsque l’œil du poète ne parvient pas à percer le ciel monotone

les pensées s’éteignent

seules subsistent les habitudes & les manies

automne saison morne

automne saison morte

qui exhale l’amertume

je hais l’automne

je suis l’automne

je hais la nostalgie & la mélancolie

je suis l’automne & la mélancolie

je hais l’automne

& voilà l’automne

 

***

 

& puis le temps a passé,

je n’ai pas tenu le compte des saisons

(vaut mieux pas ! me lance mon reflet)

 

à vivre désormais au milieu d’une nature préservée,

mon regard a changé

(& mes sens assoupis se sont réveillés)

 

***

 

toute la journée le soleil fut absent,

une journée longue comme un jour sans paix

(où la vie, malgré tout, se donne l’illusion d’elle-même)

 

tendue comme un tir de fusil,

la chaussée huileuse perçait les façades grises aux volets abattus,

dégoulinant des traces d’une averse doucereuse

(une pluie grasse qui collait la poussière au sol)

 

les gouttières pissaient comme des ivrognes,

la pluie frappait aux carreaux,

mais je ne la laissais pas entrer

(& le brouillard qui sortait de ma pipe s’épaississait)

 

dans le ciel & sur la terre,

la pluie en larges gouttes tièdes

crépitait sur le toit sur les murs les volets

(lumière nouvelle du ciel éclairci, bruits amortis de la vie minuscule)

 

 

cette nuit, après la pluie,

lorsque tout paraîtra calme,

quand le Temps semblera suspendu,

j’ouvrirai la fenêtre & je me pencherai au dehors

& je respirerai les odeurs qui s’élancent de la végétation humide,

(à chaque saute de vent des senteurs mouillées m’envelopperont)

 

(& je n’en finirai pas d’absorber ces lambeaux célestes)


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Publié dans : Paysages

presque chaque soir ils allaient saluer la mer cavalière

la houle où croulent & roulent & coulent les espoirs du jour

les oiseaux pêcheurs les horizons lointains

rêves d’aventures au futur ignoré

un temps de conjugaison qui n’existe que dans les songes

 

la nuit arrivait par la ligne d’horizon

comme 1 navire au ventre gonflé de lourds secrets

comme 1 vapeur obscure

comme 1 pur souvenir

 

au loin au-delà de ce rideau

le calme puissant du géant océan

les faisait embarquer sur 1 caravelle

pour aller découvrir des îles et des jungles

aux noms exotiques comme des oiseaux de paradis

la nature primitive l’originel éden

 

dans l’embrun soulevés

ils s’abandonnaient au vertige

jusqu’au point invisible qu’on appelle le point de fuite

 

la mer ne dort jamais

& pourtant à cette heure béate

elle semblait si apaisée

que sa sérénité s’étendait toute aux êtres vivants aux pierres & au ciel

à la croupe des dunes au buisson du bois au ventre de la lande

aux cuisses des ruisseaux aux chevilles des maisons aux pieds des rochers

à l’absence des vierges au cri des nouveaux nés au sanglot des soldats

au galop des chevaux aux larmes des crocodiles à l’envol des cygnes

aux grappes d’or et de miel attendant la vendange pour pleurer l’élixir

aux blés en touffes de blondeur à la mélopée des marins vendangeurs

 

& la nuit se fondait dans l’azur éphémère

& la Lune éthérée vague et solitaire

éclairait leur tendresse & leurs âmes confondues


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Publié dans : Paysages

nous étions partis en train… il n’y avait que nous dans le compartiment nous étions des rois… au matin nous descendrions à la petite gare nous irions boire 1 grand bol de chocolat chaud dans un café en y trempant 1 ou deux croissants encore chauds du four & nous partirions à pied sous le soleil sur des chemins sentant bon les herbes & les fleurs sauvages… en plusieurs étapes quotidiennes plantant la tente pour la nuit (toujours au bord d’1 rivière) nous monterions au-delà du dernier village pour nous y installer avant de nous élancer vers les petits sommets en s’arrêtant parfois dans 1 refuge pour quelques maigres heures de sommeil pour en ressortir vers 1 ou deux heures du matin sous 1 ciel d’un noir d’encre juste percé d’étoiles en hauteur infinie dans 1 silence étouffant capable d’avaler le lent grincement régulier des pas dans la neige craquant comme du lichen desséché...
mais c'était dans 1 autre vie


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Publié dans : Paysages

en été au lever du jour… avec la rosée qui s’évade en vapeur sous le soleil naissant… s’élève le parfum des lavandes…

assis sur 1 marche du perron je plonge le nez dans ma tasse de café fumant…

les oiseaux m'accompagnent

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Publié dans : Paysages

j’ai 1 lit dans chaque rivière

assis le soir les fesses bien calées sur 1 grosse pierre je regarde le feu qui fait craquer le bois bien sec & qui sent bon

je fume ma pipe

sur le dos couché sur 1 tapis d’aiguilles de pin je regarde les étoiles & m’enivre de cet océan profond

mes vieilles pompes de marche m’ont conduit partout

j’arrive encore sous les arbres à me souvenir de l’odeur salée des embruns d’il y a des années tandis que les montagnes cachent le soleil se couchant

je m’endors

je n’ai besoin de rien


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Publié dans : Paysages

le bois commence à dix pas de la maison… la balade matinale commence tout de suite… un pull & une bonne vieille veste de velours suffisent… pas de vent... un brouillard épais qui ne laisse résonner que le bruit du ressac… la température est convenable… le bois traversé sous les arbres aux parfums réveillées, & qui gouttegouttent en pitt pitt crépitant sur les feuilles inférieures, sur le sol jonché d’aiguilles de pin… la lande enveloppée d’une nuée blanchâtre… enfin la dune descendante permettant de débarquer sur la plage couverte d’un abondant tapis d’algues déchiré par endroits donnant de loin l’illusion de sombres gisants libérés par le flot après un drame au large si lointain… lui-même absent

la mer est presque plate, les vagues pressenties d’après le grondement sourd ne sont qu’un faible remous de l’eau sur le sable… le brouillard est comme un mur qui renvoie les sons amplifiés

l’odeur est maintenant celle des algues salées qui jonchent le rivage

tous les sens sont sollicités

on y voit à 30 mètres... maximum... les blockhaus se sont évanouis dans 1 gris cotonneux... un vent tiède de nord-ouest pousse les embruns vers la dune... des dizaines d’aiguillons humides me piquent le visage... ça n’est pas comme la pluie... des milliers de cailloux & de coquillages sont emmêlés dans des tonnes d’algues rouges qui jonchent la plage...

le ressac silencieux de la mer qui descend... je ne bouge plus... face à l’océan je me dis qu’il n’y a pas de limites (l’horizon n’étant qu’1 illusion)... j’aspire cet air salé... je m’en imprègne... je suis là... je ne bouge plus... face à l’océan


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sur le souple tapis d’aiguilles de pin qui couvre le sable mes pas sont amortis… dans ce matin ensoleillé le calme du petit bois laisse entendre le pitt pitt des gouttes qui tombent des arbres humides… cyprès… chênes verts… pins… peupliers… fougères… romarins… tous les parfums arrivent un  à un… à cette heure les oiseaux sont silencieux… les lapins commencent à sortir… le ciel est bleu… figé par le froid de ce début d’automne… au sortir du bois je débouche sur la lande parsemée du mauve des chardons & du jaune des immortelles… je devine sur mes joues comme 1 caresse : 1 brise légère qui dessèche mes lèvres… le goût aromatique m’en parvient… je le sens dans ma bouche… la lande sent le curry… ce sont les immortelles… la mousse craque… les nuances de vert sont innombrables… je grimpe sur la dune parmi les oyats… ces hautes herbes aux brins épais qui retiennent le sable… arrivé en haut je domine l’île & là où elle s’étrécit je vois la mer de chaque côté… l’odeur d’iode remplace celle de la lande qui avait pris le relais de celle du bois… la mer est basse & la plage est jonchée de coquillages… l’océan est apaisé… à peine animé 1 léger ressac… les mouettes se laissent flotter sur l’eau… en rentrant il faudra que je pense à rentrer des bûches mais en attendant je reste immobile… même plus envie de marcher… l’horizon envahit mon regard… je sens que je fais partie d’1 grand tout


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souvenir doré d’il y a très longtemps d’1 après-midi bleu de ciel limpide au bord de la rivière avec son frère & 1 ami d’enfance…

les roches brûlantes

l’eau glacée

le torrent qui charrie des blocs de pierre qui rouleroulent bromultueusement

en face sur l’autre rive trop abrupte pour y dresser la tente les pins en formation serrée

en short torse nu les pieds nus échauffés par la marche & plongés dans l’eau vive les épaules la nuque cuisant au soleil

ils ne disent rien ne pensent à rien

ils se laissent berceller par le chant-parlé ondoyellant & roucailleux de la rivellière battellage de l’eau sur les rochers grondellement sourd des cailloux boulant dans le gromulltueux courrellant polyphonie magique de voix féeriques obstinées inlassables matellières & sonalités mêllées

ils respirent dans le soleil l’impalpable embrun qui s’éveille se relève & s’élève dans la transparence de l’air

odeur de l’eau

du flot jaillit l’écume qui s’envole en perles & éclabousse le granit

écailles de lumière sur la pierre miroitante

odeur de la pierre qui sèche rapidement

fusion avec la nature environnante universelle compréhension éternité fugace simultanéité harmonique

(pourquoi faudrait-il qu’il se passe quelque chose ?)


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