les 2ères pages du roman en cours :
les chats mangent-ils les
chauves-souris ? se demanda Alice
& les chats chauves mangent-ils les souris ?… & les mauves
houris ?
& la poule dit au dieu : je suis née avant toi
& le dieu répondit : pas du tout ! je t’ai créée… ainsi que tout le vaste monde
l’humanité est née d’1 vaste cronspiration inventée par des dieux qui n’existaient pas encore… voilà d’où sort
ce chaos dans lequel nous nous débattons… savoir s’ils en rient ou bien s’ils en pleurent n’est pas de notre ressort & certainement pas notre affaire… nous-mêmes en rions ou en pleurons… en
ignorant pourquoi… lorsqu’ils s’exilèrent ailleurs… bien plus loin que notre galaxie… laissant derrière eux ce bordel sans nom… ils laissèrent des traces… des empreintes… fourchues… barbues… que
les petits humains s’ingénièrent à gratter… d’abord avec leurs ongles… puis avec des technologies qu’ils améliorèrent siècle après siècle… l’outil devint si puissant qu’il devint 1 nouveau dieu…
alors quelques dieux jaloux d’avoir été ainsi supplantés revinrent se pencher sur notre petite planète… ils agitèrent leurs doigts pour remélanger tout… afin que le bordel originel dure encore 1
petit peu… on peut chaque jour inventer 1 nouveau dieu… 1 nouvelle religion… pour que le Temps donne l’impression de passer plus vite… ou moins vite… c’est selon… jeux à la con… histoires sans
queue ni tête où l’on se tient la barbichette entre barbus de tous poils… de toute manière le Temps ne passe pas : c’est nous qui passons
(car nous sommes dans le livre tapé à la machine par 1 singe qui a
l’éternité devant lui pour frapper les touches)
& si le monde était 1 point ?... ou plutôt fixez 1 point… c’est toute une immensité… les mecs qui
tournent pas rond à cause d’1 idée fixe sont montés sur vilebrequin
& c’est comme un rêve de femme entre 2 rêves… 1 rêve de femme rêvant le ciel gris le vent froid la côte
bromuillardeuse…
& cette femme qui est nue tournoie… chair blanche dans le vent gris… femme nue tournoyant… son visage caché
par sa chevelure couleur indistincte femme indistincte tournoyant bras ouverts comme mouette au ventre blanc dans ciel gris au rêve d’écho de trois notes d’un piano triste comme celui de Bud
Powell…
& qui résonne dans le vide de la boîte de jazz aux odeurs infectes de tabtab-rana refroidi…
1 rêve de femme quand la moitié du monde s’agrippe encore à la moiteur des draps dans cet instant fugitif où
l’aube n’est pas encore l’aurore… dans cet instant où loup & chien se retrouvent…
1 rêve de femme dans cet instant où on ne sait si l’amour est né cette nuit ou s’il vient d’en
mourir…
quand ne restent plus que quelques lampes tamtamtomisées encore allumées…
quand hip hip clients mâles friqués-brillants-grinçants & trop hip hip sûrs d’eux sont repartis légèrement
éméchés avec femmes sirènes à leur bras …
trop hip hip sûrs d’eux sont repartis légèrement éméchés… rototonnant leur champagne au nez des videurs durs
impeccables dans leur impassibilité… implacables dans leur impossibilité…
repartis avec à leur bras femmes sirènes végétariennes & trop sûres d’elles…
femmes sirènes aux jambes gymnastiquées & luisantes & interminablement interminables & admirablement
admirables & pilées & bronzées & ongles des pieds laqués & seins trop ronds qui tiennent tout seuls avec leurs tétons électreniques à cette heure biroutinière de fin de fête quand
elles savent qu’elles vont papa qu’elles vont papa qu’elles vont passer à la casserole…
qu’elles vont passer à la casserole : c’est un contrat tacite… le string sur les chevilles… la robe
moulante remontée jusqu’au nombril… & la moule enrobante jusqu’au nombril… mais en ignorant au fond si ce sont elles qui gagnent ce round avec leurs petits culs d’aluminium à faire coulisser
le piston ou bien les blérots libidinoeuds pantalons sur les chevilles qui les ont embarquées inoxydablement sur de larges banquettes arrières en cuir comme n’importe quelle pupute à 200
baballes…
souffles saccadés gémissements cuir qui grince respirations haletantes râles
des capotes tombent par les vitres baissées & de la fumée de cigarettes blondes s’envole… 1 tiens pour
l’enfer… 1 tiens pour le ciel…
1 rêve de femme aux cuisses humides quand les verres sales - traces de doigts traces de rouge - sont encore sur
les tables… quand les ronds d’alcool ont séché sur les plateaux vernis… quand les mégots de luxe jonchent le sol rayé par les talons aiguilles… quand les musiciens ont rangé leurs instruments
même le batteur… le batteur qui met toujours plus de temps que les autres à cause de toute sa quincaillerie ce qui a fait abandonner la batterie à Lester Young - tant mieux pour le saxo tant
mieux pour nous parmi les spectres - on rangera tout demain matin à moins qu’au terme de cette nuit blanche ce ne soit déjà l’aube ?
si tout était aussi simple…
ambiance…
1 mouette ça pense pas…
mais ça peut rêver…
de mer bleue de soleil de plage jaune & brûlante de poissons dorés qui sautent au ras des vagues & se
laissent becqueter…
d’1 grasse décharge sauvage au-dessus de laquelle tournoyer avec les copines en discutant foulard sac à main
prothèses mammaires salon de coiffure & en bavant sur les absentes qui font leur âge avec leur croupion qui tombe…
mon décalage horaire à moi il fait au moins 20 piges de large… je pense que je dois faire partie de ce genre de
mec… le genre de ces mecs qui tournent pas rond… 20 piges… autant dire perpète ! une vie comme un entonnoir : tout se rétrécit… au fur & à mesure qu’on avance…
heures plongeantes… heures profondes… vertigineuses… prises au jour
encore à venir… nuits qui comptent double… journées de plus de 24 heures… les heures d’insomnie sont interminables… heures de ressassement… le lit : table à ressasser
pensées fuyantes reviennent & disparaissent… se laissant à peine entrevoir… on entrepense… aucune logique
aucune ligne directrice… juste une ligne de fuite qui roule s’enroule se déroule se chamboule s’arcqueboule… pensées infinies inachevées… noms qui resurgissent sans mobile apparent… comptabilités
stupides interminables… angoisses subites…
Derniers échos de l'espace