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Jeudi 12 juin 2008

lourdeur de l'air... se coucher nus côte à côte sur les draps frais... les volets tirés avec juste une fente verticale laissant passer un bras de lumière & de vent entre deux pans d'ombre

obscurité violacée de ciel d'orage


du dehors brève clarté aveuglante lacérant les murs de la pièce où je me trouve seul alangui dans un fauteuil quelques secondes après : tonnerre ! le tonnerre qui tombe avec un grand bruit !

pluie se mettant à tomber en larges gouttes tièdes crépitant sur le toit sur les murs sur les volets

staccato explosant dans la maison rafraîchie par l'averse


au-dedans fermant les fenêtres parce que l'eau commence à pénétrer


du dehors lumière nouvelle du ciel éclairci


au-dedans me dressant à nouveau hors du fauteuil d'un coup de rein pour aller ouvrir les fenêtres


du dehors les bruits amortis de la vie citadine


au-dedans l'odeur de mon tabac mélangée à celle des roses dans les vases


du dehors saute de vent senteur mouillée pot-pourri de plantes en pleine végétation s'infiltrant cherchant à soulever l'atmosphère épaisse


au-dedans moi n'en finissant pas d'absorber... happant ces lambeaux célestes


du dehors la brise qui s'aplatit & l'odeur de roses qui m'assaille... où étais-je ?


au-dedans le bureau la table les stylos-plume les bouteilles d'encre les blocs de papier moi sur ma chaise assis le dos voûté attendant dans  l'instant semence de la minute à venir ce qui allait se produire fruit du hasard

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Dimanche 1 juin 2008

les 2ères pages du roman en cours :

les chats mangent-ils les chauves-souris ? se demanda Alice

& les chats chauves mangent-ils les souris ?… & les mauves houris ?

& la poule dit au dieu : je suis née avant toi

& le dieu répondit : pas du tout ! je t’ai créée… ainsi que tout le vaste monde

l’humanité est née d’1 vaste cronspiration inventée par des dieux qui n’existaient pas encore… voilà d’où sort ce chaos dans lequel nous nous débattons… savoir s’ils en rient ou bien s’ils en pleurent n’est pas de notre ressort & certainement pas notre affaire… nous-mêmes en rions ou en pleurons… en ignorant pourquoi… lorsqu’ils s’exilèrent ailleurs… bien plus loin que notre galaxie… laissant derrière eux ce bordel sans nom… ils laissèrent des traces… des empreintes… fourchues… barbues… que les petits humains s’ingénièrent à gratter… d’abord avec leurs ongles… puis avec des technologies qu’ils améliorèrent siècle après siècle… l’outil devint si puissant qu’il devint 1 nouveau dieu… alors quelques dieux jaloux d’avoir été ainsi supplantés revinrent se pencher sur notre petite planète… ils agitèrent leurs doigts pour remélanger tout… afin que le bordel originel dure encore 1 petit peu… on peut chaque jour inventer 1 nouveau dieu… 1 nouvelle religion… pour que le Temps donne l’impression de passer plus vite… ou moins vite… c’est selon… jeux à la con… histoires sans queue ni tête où l’on se tient la barbichette entre barbus de tous poils… de toute manière le Temps ne passe pas : c’est nous qui passons

 

(car nous sommes dans le livre tapé à la machine par 1 singe qui a l’éternité devant lui pour frapper les touches)

 

& si le monde était 1 point ?... ou plutôt fixez 1 point… c’est toute une immensité… les mecs qui tournent pas rond à cause d’1 idée fixe sont montés sur vilebrequin

 

& c’est comme un rêve de femme entre 2 rêves… 1 rêve de femme rêvant le ciel gris le vent froid la côte bromuillardeuse…

& cette femme qui est nue tournoie… chair blanche dans le vent gris… femme nue tournoyant… son visage caché par sa chevelure couleur indistincte femme indistincte tournoyant bras ouverts comme mouette au ventre blanc dans ciel gris au rêve d’écho de trois notes d’un piano triste comme celui de Bud Powell…

& qui résonne dans le vide de la boîte de jazz aux odeurs infectes de tabtab-rana refroidi…

1 rêve de femme quand la moitié du monde s’agrippe encore à la moiteur des draps dans cet instant fugitif où l’aube n’est pas encore l’aurore… dans cet instant où loup & chien se retrouvent…

1 rêve de femme dans cet instant où on ne sait si l’amour est né cette nuit ou s’il vient d’en mourir…

quand ne restent plus que quelques lampes tamtamtomisées encore allumées…

quand hip hip clients mâles friqués-brillants-grinçants & trop hip hip sûrs d’eux sont repartis légèrement éméchés avec femmes sirènes à leur bras …

trop hip hip sûrs d’eux sont repartis légèrement éméchés… rototonnant leur champagne au nez des videurs durs impeccables dans leur impassibilité… implacables dans leur impossibilité…

repartis avec à leur bras femmes sirènes végétariennes & trop sûres d’elles…

femmes sirènes aux jambes gymnastiquées & luisantes & interminablement interminables & admirablement admirables & pilées & bronzées & ongles des pieds laqués & seins trop ronds qui tiennent tout seuls avec leurs tétons électreniques à cette heure biroutinière de fin de fête quand elles savent qu’elles vont papa qu’elles vont papa qu’elles vont passer à la casserole…

qu’elles vont passer à la casserole : c’est un contrat tacite… le string sur les chevilles… la robe moulante remontée jusqu’au nombril… & la moule enrobante jusqu’au nombril… mais en ignorant au fond si ce sont elles qui gagnent ce round avec leurs petits culs d’aluminium à faire coulisser le piston ou bien les blérots libidinoeuds pantalons sur les chevilles qui les ont embarquées inoxydablement sur de larges banquettes arrières en cuir comme n’importe quelle pupute à 200 baballes…

souffles saccadés gémissements cuir qui grince respirations haletantes râles

des capotes tombent par les vitres baissées & de la fumée de cigarettes blondes s’envole… 1 tiens pour l’enfer… 1 tiens pour le ciel…

1 rêve de femme aux cuisses humides quand les verres sales - traces de doigts traces de rouge - sont encore sur les tables… quand les ronds d’alcool ont séché sur les plateaux vernis… quand les mégots de luxe jonchent le sol rayé par les talons aiguilles… quand les musiciens ont rangé leurs instruments même le batteur… le batteur qui met toujours plus de temps que les autres à cause de toute sa quincaillerie ce qui a fait abandonner la batterie à Lester Young - tant mieux pour le saxo tant mieux pour nous parmi les spectres - on rangera tout demain matin à moins qu’au terme de cette nuit blanche ce ne soit déjà l’aube ?

si tout était aussi simple…

ambiance…

1 mouette ça pense pas…

mais ça peut rêver…

de mer bleue de soleil de plage jaune & brûlante de poissons dorés qui sautent au ras des vagues & se laissent becqueter…

d’1 grasse décharge sauvage au-dessus de laquelle tournoyer avec les copines en discutant foulard sac à main prothèses mammaires salon de coiffure & en bavant sur les absentes qui font leur âge avec leur croupion qui tombe…

mon décalage horaire à moi il fait au moins 20 piges de large… je pense que je dois faire partie de ce genre de mec… le genre de ces mecs qui tournent pas rond… 20 piges… autant dire perpète ! une vie comme un entonnoir : tout se rétrécit… au fur & à mesure qu’on avance…

heures plongeantes… heures profondes… vertigineuses… prises au jour encore à venir… nuits qui comptent double… journées de plus de 24 heures… les heures d’insomnie sont interminables… heures de ressassement… le lit : table à ressasser

pensées fuyantes reviennent & disparaissent… se laissant à peine entrevoir… on entrepense… aucune logique aucune ligne directrice… juste une ligne de fuite qui roule s’enroule se déroule se chamboule s’arcqueboule… pensées infinies inachevées… noms qui resurgissent sans mobile apparent… comptabilités stupides interminables… angoisses subites…

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Vendredi 30 mai 2008

1 semaine que l'automne avait commencé à se manifester... précédé de bourrasques & de pluies froides... l'atmosphère de vacances était passée... durant le chaud été qui venait de s'éteindre ils avaient pris tous leurs repas dans le jardin... souvent en début de soirée des amis passaient… l'heure de l'apéritif arrivait… on sortait les boissons l'eau fraîche les glaçons les verres… on s'installait autour de la table bancale... profitant des heures douces dans le déclin du jour... puis on improvisait 1 repas en installant le barbecue... fraternité joyeuse

le jeune homme prenait généralement son petit déjeuner avec Eve avant qu'elle parte travailler... ensuite il faisait 1 peu de ménage... prenait 1 douche... & allait faire 1 tennis ou bien se mettait directement à écrire… grâce à cette passion qu'ils vivaient & au climat de paix dans lequel ils évoluaient il avait écrit 1 roman & 1 autre s'annonçait… romans diurnes... leur ton était différent des textes précédents... mais l'écriture nocturne lui manquait... avec l'automne les dîners se terminaient plus tôt... & souvent il retournait à son bureau jusqu'au petit matin

Eve veillait parfois jusqu'à minuit... 1 heure du matin... leur chambre à l'étage était spacieuse... ils avaient pu conserver presque totalement leurs mobiliers respectifs pour aménager cette maison

elle s'installait donc au lit ou dans 1 fauteuil pour lire

il se retrouvait avec l'impression d'être seul dans la plénitude de la nuit… il était reconnaissant à Eve des précautions qu'elle prenait qui lui permettaient de se concentrer sur son itinéraire absolument solitaire... de temps en temps ils se rencontraient à l'improviste dans la cuisine pour boire du café ou du thé

elle ne remontait pas toujours seule

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Mercredi 28 mai 2008

la nuit était tiède quand ils sortirent vers 1 heure du matin

j'ai envie de marcher 1 peu... tu préfères rentrer ?... non... je suis d'accord... je ne travaille pas avant 14 heures... il fait bon... & puis je n'ai pas très sommeil...

 

ils longeaient lentement les berges de la Seine... échangeant peu de mots... laissant se nouer de nouveau ce lien plus subtil que la parole... convergence du sentiment amoureux

ils s'assirent sur 1 banc… c'était comme s'ils venaient de passer non pas quelques heures ensemble mais plusieurs jours sans se quitter

en retenant sa respiration il glissa 1 bras autour de ses épaules... elle se serra contre lui... éprouvant exactement la même chose que lui... comme si leur union était inéluctable... alors... en 1 temps infiniment long leurs lèvres se joignirent... & ce second baiser dura à nouveau 1 temps infiniment long

 

les lumières de la ville qui se reflétaient sur l'eau calme du fleuve

les bruits qui s’estompaient au-dessus d’eux

les bateaux-mouche qui glissaient sur le ventre

 

ils ne pensaient plus... ne respiraient plus

ils se tenaient hiératiques... statues devant l'éternité

 

lorsqu'ils reprirent contact dans le Temps ils avançaient tendrement enlacés

ils jouissaient de la vie qui s'exhalait par tous les pores de la Ville... absorbant toutes les vibrations nocturnes

d'autres couples passaient en silence avec la conscience de se refléter les uns dans les autres... silhouettes se fondant dans l'ombre

 

la voiture stoppa devant l'immeuble d'Eve… celle-ci scrutait le jeune homme dans la pénombre…

tu veux monter ?

quelques secondes s'effondrèrent

oui

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Samedi 24 mai 2008

c'était 1 des dernières fois qu'il passait la porte cochère de cet immeuble chargé de tant de souvenirs... le déménagement s'effectuerait la semaine suivante... les copains avaient été réquisitionnés... on ne va pas poser 1 plaque commémorative !... de toute façon... les souvenirs sont dans la tête... dans le marbre ce ne sont que des mots creux... songeait le jeune homme avant de pénétrer sous le porche

1 éclat blanc perçu fugitivement du coin de l’œil le retint sur le seuil… il recula de 2 pas & haussa son regard jusqu'à la fenêtre de la chambre d'Eve... elle devait être dissimulée derrière le voile translucide des rideaux... le mouvement qu'il avait deviné devait être celui de l'ouverture de la croisée & de l'apparition fugace d'1 féminité exquise qu'il tentait maintenant d'approfondir... posté là & transformé en voyeur il ne nota pas la vanité de la situation... pourtant cette femme... dans les minutes qui suivraient il la prendrait dans ses bras & savourerait sa chair parfumée... ce recul irréfléchi lui procurait 1 sensation étrangement excitante... la femme qu'il aimait était pour 1 minute 1 inconnue ignorante du regard qui la scrutait intensément... inconnue parce qu'ignorante... sans la conscience... sans pose éventuelle... vraie en elle-même... à cette seconde... elle ne le connaissait pas... elle vivait... respirait... se mouvait... hors de lui... il se soumettait à cette vision... à ce corps à peine perceptible derrière ce voile... & dont les proportions parvenaient cependant à imposer leur harmonie... plus que cette nudité séduisante... c'était 1 vérité de cette beauté... sa profondeur... qu'il tentait d'atteindre : l'angle insoupçonné... l'innocence fragile & solitaire dans laquelle elle s'abandonnait & qui en faisait cette perfection instinctive qu'elle offrait en toute méconnaissance… elle restait dans le cadre... miniature vivante & splendide... sans doute... d'après les gestes qu'il distinguait mal... coiffait-elle sa longue & épaisse chevelure... mais il ne cherchait pas à mieux voir... le mystère de cette scène muette l'émouvait tel quel… lorsque d'1 secousse elle ôtait la brosse de ses cheveux tout son corps s'arquait & opérait 1 quart de tour... alors 1 bonnet de soutien-gorge apparaissait le temps d'1 clin d’œil… elle retourna vers l'intérieur de la pièce

il resta sans bouger

elle reparut

elle fit glisser les rideaux... écarta les 2 battants de la fenêtre en les ramenant totalement vers l'intérieur... & se révéla dans l'été souriant

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Mardi 13 mai 2008

Où... pensa Raskolnikov en reprenant son chemin... où donc ai-je lu l'histoire d’un condamné à mort qui... une heure avant l'exécution... dit ou pense que s'il devait vivre quelque part sur un sommet... sur un rocher où il n'y eut qu'une plate-forme si étroite qu'on ne put tout juste qu'y poser les deux pieds... que tout autour ce fut l'abîme... l'océan... les ténèbres éternelles... une solitude... une tempête éternelle... et qu'il fallût rester ainsi debout... sur un pied carré d'espace... toute sa vie... mille ans... toute l'éternité - il vaudrait mieux vivre ainsi que de mourir maintenant ! Vivre seulement... vivre & vivre ! Quelque soit la vie - mais vivre !... Comme c'est vrai ! Mon Dieu... comme c'est vrai ! L'homme est un lâche !... & lâche aussi celui qui... à cause de cela... le traite de lâche... ajouta-t-il au bout d'1 instant.

rester toute l'éternité debout comme 1 flamant rose qui serait 1 yogi... cela doit être profondément ennuyeux à la longue?... le yogi hausse les épaules d'1 air fataliste... il ne respire pas car il économise même l'air - la vie est si chère... il pose le pied par terre & se casse en se grattant les couilles... quelques morpions dérangés dans leur sieste jaillissent de ses poils pubiens entortillés... 1 jour ici... 1 autre jour là... nous sommes peu de choses !pense l'1 d'eux plus lucide que ses congénères

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Vendredi 9 mai 2008

c’est dimanche… ce pourrait être samedi ou lundi… je travaille chez moi à mes bouquins le jour ou la nuit… le jour & la nuit… ça dépend… seules les heures comptent… jusqu’à la dernière… voilà qui rend libre

j’ai le temps d’écrire presque 1 livre par an… ma baraque est payée… je vis bien mais pas de quoi rouler en Porsche… si l’argent est un étalon je ne suis pas riche… mais si l’on considère comme plus importante la liberté d’esprit… le fait de n’avoir de compte à rendre qu’à 1 strict minimum de personnes – autant que la vie en société le permet - & moi je n’en connais qu’1 : mon percepteur… alors je me crois bien loti : pas de boulot à heures fixes 6 jours par semaine… pas de patron me jugeant sur mes résultats par rapports à des objectifs que je n’ai pas choisis… pas marié… pas de gamelle à remplir pour 1 animal domestique… en quelque sorte 1 vie d’irresponsable lucide & déterminé à préserver cette petite paix égoïste… penser aux autres en restant individualiste… & profiter du luxe suprême : avoir du temps… du temps pour ne pas avoir à se dire en se levant le matin : quelle est la liste des corvées aujourd’hui ?… du temps pour se balader… flâner… s’asseoir à 1 terrasse de café pour siroter une boisson… & avoir le sentiment d’être son propre maître… pas besoin d’accumuler des stock-options au détriment des smicards… le vrai luxe n’est pas là… le vrai luxe c’est le temps que l’on peut s’accorder à soi-même & entre gens de bonne volonté

c’est comme ça que j’ai trouvé 1 équilibre relatif… c’est pas l’bonheur… ça fait pas d’vagues… des fois je m’demande quand même si ça peut suffire à faire 1 vie ? que resterait-il pour prouver que j’ai existé si je disparaissais aujourd’hui ?… des souvenirs dans la mémoire de quelques proches & quoi d’autre ?… mes livres puisque quelques 1 ont paru mais sans me rendre très connu… alors ? je me demande aussi si beaucoup de gens se posent cette question ? la vie quotidienne les grignote & quand elle les a bouffés… digérés… ça ne change rien… pas plus que quand ils avaient vécu… c’est pas bien brillant… tout ça passe bien trop vite… tant de vies uniques qui deviennent rapidement des vies sans importance puis des morts sans importance… tout ça mérite mieux…

mon petit vélo fait tranquillement ses ronds dans ma tête…

mais on peut considérer autrement la chose : comme 1 suite d’entremêlages de cuisses où je représente la part masculine… & quoi d’autre ? le soir je retrouve mes vieux maîtres… ironiques… sceptiques… poétiques… tels qu’en eux-mêmes pour l’éternité… alors là je laisse mes oripeaux de cinquantenaire en jean & je mets 1 vieux pantalon de velours 1 vieux gilet de laine sur mon polo & avec 1 pipe à la bouche je bricole sur mon clavier de plastique

1 pot de café sur le bord du bureau

il y a maintenant très longtemps 1 copine qui m’avait croisé dans la rue m’avait confié que je donnais l’impression d’avoir 1 double vie : d’être là sans y être… côté lumière côté ombre… tout ça vient du regard

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Samedi 3 mai 2008

J. Bronsbody est le double des jours maussades

non qu'il soit maussade lui-même... non...  mais il a eu la malchance de naître 1 sale jour d'automne où tout semblait... était gris... sans teinte... c'était 1 jour chassieux... brouillasseux... bruineux... aucun rapport avec les automnes saisons dorées etc.

en automne... les arbres sont dépouillés... les feuilles mortes gisent en tas & pourrissent ainsi... il erre dans 1 univers de gris... pas de chance pour J. Bronsbody... c'est toujours dans la rue que l'on peut le rencontrer... parce qu’il ne parait que dehors & certains jours... que les autres jours il reste au chaud... invisible... ignorant le monde... la seconde raison... c'est que si 1 jour vous le croisez... hé bien vous ne pourrez pas vous tromper... vous n'aurez pas à hésiter... parce que lorsqu'il sort il est seul... l'âme est morte... le cœur est mort... seul en dedans & seul dans les rues à déambuler sous 1 urine froide... ce jour là vous serez 2... ou alors vous serez bien seul... je ne vous le souhaite pas... dans ces jours là les quais de gare sont désolés... & pourtant... 1 quai de gare de banlieue c'est déjà pas grand-chose... mais quand c'est désolé c'est plus que tout... c'est moins que tout... c'est plus que l'ennui... c'est 1000 ans de solitude qui vous ravagent l'âme & le cœur en 1 revers de vent humide & froid... 1 vent empoisonné qui vous laisse frissonnant sur 1 banc mouillé... en face de panneaux publicitaires décolorés aux sourires pas enjôleurs du tout... laborieux & usés à être là sous la pluie... le vent... & les regards indifférents... alors dans ces jours là... 1 gare... ça n'est rien du tout... ça n'est qu'1 lieu de passage où personne ne passe... on s'y rend pour rencontrer quelqu'1... 1 regard... 1 lueur de compréhension... on s'y rend avec 1 détermination obtuse... aveugle... il faut bien tenter d'aller quelque part... non ? & finalement on ne va nulle part... dans ces jours là les 3 pendules accrochées aux 3 poteaux des 3 quais de l'unique gare présentent 1 ballet mystérieux... les 3 grandes aiguilles des petites secondes miment la chanson silencieuse... en bas c'est la demie... ensuite... moins le quart de la minute à venir qui vient qui vient... ça y est... les 3 sœurs entament 1 nouvelle tranche du grand gâteau sans rien prophétiser... la tarte à la crème de tous les siècles... il n'y a plus que le Temps... plus rien... rien... sauf 1 J. Bronsbody qui se consume cyniquement... non... peut-être pas... avec 1 froide détresse qui ronge qui ronge

1 quai de gare 1 fin d'après-midi 1 dimanche de banlieue : le Vide

il n'attend pas vraiment 1 train... il est là parce que pour quelqu'1 qui n'est plus qu'1 enveloppe sans rien dedans... 1 gare impersonnelle sous 1 ciel sans teinte dans 1 ville sans nom c'est ce qui vient à l'esprit... c'est tellement symbolique 1 gare... 1 express déchire la somnolence humide avec 1 brutalité exceptionnelle... & s'évanouit aussi vite... lorsqu'on est seul sur le quai... secoué par le vent qui ignore qu'il vous fait mal... que le seul train qui soit passé ne s'est pas arrêté... qu'aucune rumeur ne laisse deviner 1 quelconque Ailleurs... alors la petite gare semble être le monde entier... las de sa grise médiocrité

il est pelotonné dans sa chaude veste... le col relevé... le buste penché sur ses genoux serrés... attendant 1 miracle... il n'y a pas de miracle... il y a le bruit de la pluie sur les quais goudronnés... il y a les rails luisants... les paquets vides de cigarettes... les tickets utilisés... tout ça & du reste entre les cailloux... mais pas de miracle

J. Bronsbody est le compagnon solitaire... l'homme de la solitude malheureuse... celui qui va parmi ses souvenirs... l'homme des jours où les souvenirs font mal...  J. Bronsbody n'est pas 1 raté... pas non plus 1 type qui a réussi... 1 type sans importance qui vit sa vie intermittente avec lucidité... humant l'air du Temps... donnant aux choses des noms qu'elles n'ont plus... aux rues des architectures qu'elles n'ont plus

J. Bronsbody... c'est le type qui déambule

parce que le grand fleuve n'a jamais remonté son cours habituel des choses J. Bronsbody n'est jamais revenu en arrière : il s'est installé

J. Bronsbody alluma 1 long cigarillo qu'il tenait à la bouche depuis 1 moment déjà... & descendit l'escalier pour arriver au dehors... 47 secondes & 8 dixièmes plus tard il accomplissait le premier pas sur le trottoir goudronné : 1 p'tit pas pour l'homme... mais 1 grand saut pour l'humanité... déclara-t-il en substance à la cantonade... mais la cantonade était réduite... seuls 2 militaires saouls occupaient la scène de la rue... & ne se préoccupaient pas du tout de J. Bronsbody... ce dernier fit 1 second pas... puis 1 troisième... 1 quatrième... & sur sa lancée alla jusqu'à l'urinoir de l'autre côté de la chaussée car ses toilettes étaient bouchées... se trouver face à face avec sa propre merde qui flotte dans la cuvette menaçant de déborder n'est pas plaisant... aussi J. Bronsbody décida-t-il de ne pas remonter immédiatement chez lui... il suivit la rue jusqu'au premier carrefour & la laissa continuer seule... tourna à droite... ensuite à gauche... encore à gauche... à droite à nouveau... tout droit enfin

arriva en 1 basse plaine... au pied d'1 montagne

ne prit pas de ticket... se plaça directement sur le quai & attendit qu'1 train survienne & s'arrête... restait debout... se moquant au fond de savoir si 1 train arriverait ou non... n'ayant qu'1 envie : se fondre au quai... à la gare... à la ville... & ne plus exister... indifférent au vent & à la pluie froide... le train survint sans siffler gare... il monta dedans... il attendait que quelque chose se produise... 1 secousse... le train s'ébranla & laissa 1 goutte d'huile en quittant la gare... il ne savait pas où il descendrait... peu importait... il descendit à la première gare & se retrouva dans 1 ville de son passé... là également les rues étaient désertes... toujours quelques minutes gagnées sur cette journée... il marcha beaucoup

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Dimanche 6 avril 2008

je regarde les vivants & je sens que je m’éloigne... je me retire... mes yeux ne fixent plus rien... ils sont en dedans... ils sont déjà partis en éclaireurs... pour éclairer quoi ? où ? les choses & les êtres ne les retiennent plus… qui a dit que les yeux sont le reflet de l’âme ? en ce cas je me regarde dans la glace & je sens qu’il est bien tard... un long voyage a commencé... L'homme que j'étais, je ne le suis plus... j'ai oublié qui a déjà écrit cette phrase... peut-être est-ce moi ?... j'en suis probablement à mes dernières heures & je suis incapable de faire un bilan de ma vie... est-ce normal ? je ne sais pas... j'ai le cœur serré je voudrais pleurer... ça me ferait du bien mais je n'y arrive pas… j'ai aimé la vie ça oui... j’ai même essayé d’aimer quelque chose qui aurait été au-dessus de nous... qu'en reste-t-il ? y ai-je réellement cru ? j'en aurai bien eu besoin... je suis usé… trop d'énergie dépensée... peut-être pas toujours comme il eut fallu... non... sûrement pas... toujours à fuir... mes responsabilités ma famille mes amis... ma vie en somme... les voyages ne forment pas la jeunesse : ils la dispersent... on se donne des excuses c'est tout… quand ai-je été moi-même ?... je ne vois que 2 moments : quand j'écrivais & quand je dormais... j'ai perdu le sommeil & je suis désormais incapable d'écrire... quel effort devrai-je parvenir à produire pour retourner en moi-même & me remettre à mon bureau ? un effort de titan enchaîné... d'ange blessé dans sa chute... mon esprit est devenu si lent... je suis trop lent & sans humour... ce que je peux m'emmerder moi-même... vieux con... juste bon à radoter là dans mes odeurs... assis sur la cuvette des chiottes... les chiottes : le dernier refuge de l'homme postindustriel... le seul endroit où il a le droit de n'être pas dérangé sauf par ses intestins... pas de téléphone pas de secrétaire ennuyée ou de responsable dirigiste… pas de politique pas de conflit pas de môme ou de conjoint(e)... là aussi on est soi-même... on n'est même que soi : c'est ça qui est universel... le penseur de Rodin... le Bouddha assis... Léopold Bloom... la Joconde : tous sur leurs chiottes… qui réalise ce que serait notre vie sans p-q. ? la différence entre le singe & nous c'est le p-q…

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Dimanche 6 avril 2008

le soleil d’hiver disparaissait derrière les arbres du jardin dans le déchirement crépusculaire… la nuit pas encore là se faisait désirer... question de minutes… ses plis de satin se dessinaient peu à peu en flots sombres sur la ville perdue dans une brume fluorescente tchernobylienne voilant le jour violet... anamorphose caïmaïeutique d’un ciel fondant comme une glace myrtille cassis pistache vanille dégoulinant sur le bitume cloqué

les gens devaient rentrer chez eux tête dans les épaules les pieds devant... vent du soir... prout de nuit…

peut-être sur des bancs des amoureux langues mêlées mains dans les cheveux jus dans les slips... en manque de chambre d’hôtel... tandis que des voitures arrêtées aux feux rouges romromaient leur diesel ? ouvrant leurs phares grandsyeux & pinceaudant la chaussée tricolorisée ?

peut-être une nouvelle guerre allait-elle se déclarer pendant que l’acier remontait à Wall Street ?

peut-être un enfant ouvrait-il l’Odyssée pour la première fois & ne lâcherait plus le livre avant la fin de la nuit caché sous sa couette avec une lampe de poche ?

peut-être un marin coulait-il lentement dans l’océan, renonçant à crier ? acceptant que l’eau salée emplisse ses poumons, s’apaisant dans la mort ?

peut-être Falstaff jouait-il petite musique de muid pour se consoler de son roi qui l’avait abandonné ?

peut-être un enfant de Bosnie de Tchétchénie, du Kosovo du Congo ou d’ailleurs cherchait-il ses parents parmi des cadavres ?

peut-être un philosophe en son jardin regardait-il pousser l’gazon ?

peut-être un cosmonaute russe & une astronaute huessienne s’envoyaient-ils en l’air en abaisanteur ?

peut-être un p’tit malin mettait-il au point la technologie d’après-demain pour c’qu’on en a à foutre au lieu de se taper une bière ou une blonde comme quelqu’un de normal & de foutre la paix au monde au lieu de se prendre pour un prophète ?

peut-être un vieux ou une vieille solitaire clam’çait dans son lit dans une vieille odeur de pet rance, oublié de ses enfants ?

peut-être un aventurier arrivait-il à pied par la Chine en prenant un canard sous le pont ?

peut-être en Algérie un chanteur survivant continuait-il la bataille du Raï ?

moi, dans mon intérieur j’entendais le feu ronfler dans la cheminée... le bois qui craquait... des pétarades de motos... des sifflements d’avions... le spiqueur à la radio... des oiseaux sur le toit... des fourmis dans le jardin... & l’araignée tissant sa toile dans un angle du plafond… à la dérive rien ne se mélangeait... tout se superposait... & je peinais à rendre cela dans le texte... les choses sont tellement plus que ce qu’elles paraissent... on fait la langue en parlant... en écrivant... pour ne pas laisser mourir les mots... tant qu’ainsi on résiste la langue évite l’acacadémisme… des vagues brûlantes me rougissaient le front… le clavier de plastique commençait à fondre... les mots dégouttelaient de l’écran... mon corps prenait feu & les flammes s’échappant par les fenêtres embrasaient le jardin dans la rumeur de la ville

alors créature de feu je sortis... courant & hurlant l’âme arrachée... destination la fin du monde...

par Eric LOW publié dans : PROSES
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