homme qui marche à la pensée vagabonde… cette sensation d'être spectateur, je la recherche quand je passe dans des rues que je ne connais pas… il y a aussi celles qu’on ne reconnait plus, parce que ça n'est pas l'heure habituelle... que les gens sont rentrés chez eux... que l’on est seul dans ces rues molles qui attendent le lent demain à venir, quand le jour s’est déjà noyé dans les ombres qui remontent
les rideaux ne sont pas tirés & dans chaque fenêtre des êtres se déplacent, comme dans un aquarium ils circulent derrière la vitre, inconscients de mon regard en empathie
je sais qu’il y a là-haut des peines & des joies, des tracas & de l’insouciance, de l’ennui & de l’enthousiasme, du sommeil & de la veille, de l’amertume & du miel, de la colère & de la tendresse, des mensonges à ne pas révéler, des remords & des regrets éternels avec lesquels il faut bien vivre
j'aime être le piéton dans l’intervalle… à la marge de la ville, & absorber la semi-vie qui suinte des intérieurs crépusculaires comme la chaleur s'échappe par de vieilles fenêtres qui ferment mal... la réalité transpire par tous les pores des façades… je n'observe pas, je ressens : atmosphères, psychologies, émois, détresses... malgré moi j’assimile tout ça, je m’en nourris, je l’annexe, je l’accapare… ogre nocturne des ignorances douillettes & des innocences inquiètes… pêcheur qui voit ses filets se lancer d’eux-mêmes dans le cours des choses, & rapporter ce que leur tamis a retenu
mais je ne garde rien pour moi : je restitue au grand jour ce que je prends comme un rôdeur… j’évoque les états d’âme, les lieux, les objets… je propose l’alchimique énigme, à chacun de trouver en soi la clé
avec ma pipe qui ronchonne à cause du tabac trop humide, rêveur & méditatif, je suis celui qui déambule pour vous
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