les murs blancs reflétaient cette curieuse luminosité du ciel qu’on ne trouvait qu’ici, & beaucoup de volets bleus étaient fermés… maisons muettes jusqu’au printemps
le rose mourant de rosiers tardifs sur le bleu myosotis des portes & volets sur le blanc assombri des murs sous l’ocre des tuiles dans le bleu lavandé du ciel rejoignant le gris vert de l’océan
cette pluie triste & silencieuse n’avait rien de revigorant… elle se laissait guider par le vent & s’abattait sans force sur l’Ile, c’en était désespérant de
médiocrité
les jours qui suivirent commencèrent à se ressembler les uns les autres…
l’atmosphère était dégueulasse
il faisait moins froid, & il cessait rarement de pleuvoir
difficile de sortir longtemps
il fallait enfiler bottes & cirés pour se battre contre les rafales violentes & tourbillonnantes, presque de force à les soulever de terre, rabattant les capuches… il fallait pénétrer dans l’épais rideau de pluie, & progresser contre ce souffle énorme le corps tout entier plié en avant, la tête baissée & rentrée dans les épaules, mais cela n’évitait pas d’avoir le visage exposé, vite trempé désagréablement par la pluie froide…
c’était comme de plonger dans un univers entier qui semblait être devenu liquide… les rares passants qui se dépenchaient ne pensaient plus qu’à mettre un pied devant l’autre dans la tourmente, évitant les flaques par habitude, sans y voir aucune dérision s’y refléter, & rasant les murs pour éviter les longues gerbes d’eau projetées par les voitures filant sur la chaussée submergée
le ciel n’était plus visible... même les arbres nus du jardin devenaient des ombres brouillées, fantômes gris & ternes agités par le vent mugissant ; même les pins d’un vert sombre paraissaient tristes, d’ailleurs dans ce pays venteux une bonne partie de l’année, ils poussaient de biais, rabattus depuis leur naissance par la bourrasque
dans cette tempête, la mer en furie se soulevait pour se jeter sur la plage en vagues écumeuses gigantesques qui explosaient sur la jetée en pierre comme pour tout engloutir… à marée haute, l’eau montait jusqu’aux premières marches de l’escalier en bois... quel contraste avec le paysage d’été, tout de sécheresse accablante, méconnaissable dans l’air & l’eau mélangés, déchaînés
pendant les rares accalmies, quand ils ouvraient une porte, les effluves exhalés par la terre gorgée d’eau s’efforçaient d’entrer, mais ils étaient refoulés par le souffle chaud de l’intérieur entretenu par le poêle & la cheminée où la combustion était permanente… la réserve de bois était au sec depuis l’été sous l’appentis adossé à la maison, & elle était en quantité suffisante pour passer l’hiver entier au chaud s’il avait fallu
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