c’est dimanche… ce pourrait être samedi ou lundi… je travaille chez moi à mes bouquins le jour ou la nuit… le jour & la nuit… ça dépend… seules les heures comptent… jusqu’à la dernière… voilà qui rend libre
j’ai le temps d’écrire presque 1 livre par an… ma baraque est payée… je vis bien mais pas de quoi rouler en Porsche… si l’argent est un étalon je ne suis pas riche… mais si l’on considère comme plus importante la liberté d’esprit… le fait de n’avoir de compte à rendre qu’à 1 strict minimum de personnes – autant que la vie en société le permet - & moi je n’en connais qu’1 : mon percepteur… alors je me crois bien loti : pas de boulot à heures fixes 6 jours par semaine… pas de patron me jugeant sur mes résultats par rapports à des objectifs que je n’ai pas choisis… pas marié… pas de gamelle à remplir pour 1 animal domestique… en quelque sorte 1 vie d’irresponsable lucide & déterminé à préserver cette petite paix égoïste… penser aux autres en restant individualiste… & profiter du luxe suprême : avoir du temps… du temps pour ne pas avoir à se dire en se levant le matin : quelle est la liste des corvées aujourd’hui ?… du temps pour se balader… flâner… s’asseoir à 1 terrasse de café pour siroter une boisson… & avoir le sentiment d’être son propre maître… pas besoin d’accumuler des stock-options au détriment des smicards… le vrai luxe n’est pas là… le vrai luxe c’est le temps que l’on peut s’accorder à soi-même & entre gens de bonne volonté
c’est comme ça que j’ai trouvé 1 équilibre relatif… c’est pas l’bonheur… ça fait pas d’vagues… des fois je m’demande quand même si ça peut suffire à faire 1 vie ? que resterait-il pour prouver que j’ai existé si je disparaissais aujourd’hui ?… des souvenirs dans la mémoire de quelques proches & quoi d’autre ?… mes livres puisque quelques 1 ont paru mais sans me rendre très connu… alors ? je me demande aussi si beaucoup de gens se posent cette question ? la vie quotidienne les grignote & quand elle les a bouffés… digérés… ça ne change rien… pas plus que quand ils avaient vécu… c’est pas bien brillant… tout ça passe bien trop vite… tant de vies uniques qui deviennent rapidement des vies sans importance puis des morts sans importance… tout ça mérite mieux…
mon petit vélo fait tranquillement ses ronds dans ma tête…
mais on peut considérer autrement la chose : comme 1 suite d’entremêlages de cuisses où je représente la part masculine… & quoi d’autre ? le soir je retrouve mes vieux maîtres… ironiques… sceptiques… poétiques… tels qu’en eux-mêmes pour l’éternité… alors là je laisse mes oripeaux de cinquantenaire en jean & je mets 1 vieux pantalon de velours 1 vieux gilet de laine sur mon polo & avec 1 pipe à la bouche je bricole sur mon clavier de plastique
1 pot de café sur le bord du bureau
il y a maintenant très longtemps 1 copine qui m’avait croisé dans la rue m’avait confié que je donnais l’impression d’avoir 1 double vie : d’être là sans y être… côté lumière côté ombre… tout ça vient du regard
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