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Dimension parallèle

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Samedi 3 mai 2008

J. Bronsbody est le double des jours maussades

non qu'il soit maussade lui-même... non...  mais il a eu la malchance de naître 1 sale jour d'automne où tout semblait... était gris... sans teinte... c'était 1 jour chassieux... brouillasseux... bruineux... aucun rapport avec les automnes saisons dorées etc.

en automne... les arbres sont dépouillés... les feuilles mortes gisent en tas & pourrissent ainsi... il erre dans 1 univers de gris... pas de chance pour J. Bronsbody... c'est toujours dans la rue que l'on peut le rencontrer... parce qu’il ne parait que dehors & certains jours... que les autres jours il reste au chaud... invisible... ignorant le monde... la seconde raison... c'est que si 1 jour vous le croisez... hé bien vous ne pourrez pas vous tromper... vous n'aurez pas à hésiter... parce que lorsqu'il sort il est seul... l'âme est morte... le cœur est mort... seul en dedans & seul dans les rues à déambuler sous 1 urine froide... ce jour là vous serez 2... ou alors vous serez bien seul... je ne vous le souhaite pas... dans ces jours là les quais de gare sont désolés... & pourtant... 1 quai de gare de banlieue c'est déjà pas grand-chose... mais quand c'est désolé c'est plus que tout... c'est moins que tout... c'est plus que l'ennui... c'est 1000 ans de solitude qui vous ravagent l'âme & le cœur en 1 revers de vent humide & froid... 1 vent empoisonné qui vous laisse frissonnant sur 1 banc mouillé... en face de panneaux publicitaires décolorés aux sourires pas enjôleurs du tout... laborieux & usés à être là sous la pluie... le vent... & les regards indifférents... alors dans ces jours là... 1 gare... ça n'est rien du tout... ça n'est qu'1 lieu de passage où personne ne passe... on s'y rend pour rencontrer quelqu'1... 1 regard... 1 lueur de compréhension... on s'y rend avec 1 détermination obtuse... aveugle... il faut bien tenter d'aller quelque part... non ? & finalement on ne va nulle part... dans ces jours là les 3 pendules accrochées aux 3 poteaux des 3 quais de l'unique gare présentent 1 ballet mystérieux... les 3 grandes aiguilles des petites secondes miment la chanson silencieuse... en bas c'est la demie... ensuite... moins le quart de la minute à venir qui vient qui vient... ça y est... les 3 sœurs entament 1 nouvelle tranche du grand gâteau sans rien prophétiser... la tarte à la crème de tous les siècles... il n'y a plus que le Temps... plus rien... rien... sauf 1 J. Bronsbody qui se consume cyniquement... non... peut-être pas... avec 1 froide détresse qui ronge qui ronge

1 quai de gare 1 fin d'après-midi 1 dimanche de banlieue : le Vide

il n'attend pas vraiment 1 train... il est là parce que pour quelqu'1 qui n'est plus qu'1 enveloppe sans rien dedans... 1 gare impersonnelle sous 1 ciel sans teinte dans 1 ville sans nom c'est ce qui vient à l'esprit... c'est tellement symbolique 1 gare... 1 express déchire la somnolence humide avec 1 brutalité exceptionnelle... & s'évanouit aussi vite... lorsqu'on est seul sur le quai... secoué par le vent qui ignore qu'il vous fait mal... que le seul train qui soit passé ne s'est pas arrêté... qu'aucune rumeur ne laisse deviner 1 quelconque Ailleurs... alors la petite gare semble être le monde entier... las de sa grise médiocrité

il est pelotonné dans sa chaude veste... le col relevé... le buste penché sur ses genoux serrés... attendant 1 miracle... il n'y a pas de miracle... il y a le bruit de la pluie sur les quais goudronnés... il y a les rails luisants... les paquets vides de cigarettes... les tickets utilisés... tout ça & du reste entre les cailloux... mais pas de miracle

J. Bronsbody est le compagnon solitaire... l'homme de la solitude malheureuse... celui qui va parmi ses souvenirs... l'homme des jours où les souvenirs font mal...  J. Bronsbody n'est pas 1 raté... pas non plus 1 type qui a réussi... 1 type sans importance qui vit sa vie intermittente avec lucidité... humant l'air du Temps... donnant aux choses des noms qu'elles n'ont plus... aux rues des architectures qu'elles n'ont plus

J. Bronsbody... c'est le type qui déambule

parce que le grand fleuve n'a jamais remonté son cours habituel des choses J. Bronsbody n'est jamais revenu en arrière : il s'est installé

J. Bronsbody alluma 1 long cigarillo qu'il tenait à la bouche depuis 1 moment déjà... & descendit l'escalier pour arriver au dehors... 47 secondes & 8 dixièmes plus tard il accomplissait le premier pas sur le trottoir goudronné : 1 p'tit pas pour l'homme... mais 1 grand saut pour l'humanité... déclara-t-il en substance à la cantonade... mais la cantonade était réduite... seuls 2 militaires saouls occupaient la scène de la rue... & ne se préoccupaient pas du tout de J. Bronsbody... ce dernier fit 1 second pas... puis 1 troisième... 1 quatrième... & sur sa lancée alla jusqu'à l'urinoir de l'autre côté de la chaussée car ses toilettes étaient bouchées... se trouver face à face avec sa propre merde qui flotte dans la cuvette menaçant de déborder n'est pas plaisant... aussi J. Bronsbody décida-t-il de ne pas remonter immédiatement chez lui... il suivit la rue jusqu'au premier carrefour & la laissa continuer seule... tourna à droite... ensuite à gauche... encore à gauche... à droite à nouveau... tout droit enfin

arriva en 1 basse plaine... au pied d'1 montagne

ne prit pas de ticket... se plaça directement sur le quai & attendit qu'1 train survienne & s'arrête... restait debout... se moquant au fond de savoir si 1 train arriverait ou non... n'ayant qu'1 envie : se fondre au quai... à la gare... à la ville... & ne plus exister... indifférent au vent & à la pluie froide... le train survint sans siffler gare... il monta dedans... il attendait que quelque chose se produise... 1 secousse... le train s'ébranla & laissa 1 goutte d'huile en quittant la gare... il ne savait pas où il descendrait... peu importait... il descendit à la première gare & se retrouva dans 1 ville de son passé... là également les rues étaient désertes... toujours quelques minutes gagnées sur cette journée... il marcha beaucoup

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Commentaires

Errant solitaire sur un chemin de mots au milieu de nulle part poursuivant ses pas, réitérant ses pas…
Jusqu’à…
et tu le regardes partir, là solitaire, allant s’amenuisant…
un peu dépité de ne pouvoir le suivre...
commentaire n° : 1 posté par : Le Nez Nu Phare (site web) le: 03/05/2008 20:42:22
content de ne pas le suivre

j'en parlerai à mon dépité
réponse de : Eric LOW (site web) le: 04/05/2008 08:23:02
dans tes textes, il y a souvent comme un thème récurrent le départ soudain. Ce moment où on lâche tout en troquant le rien contre le nulle part. J'aime bien...
commentaire n° : 2 posté par : dique (site web) le: 03/05/2008 22:47:36
je ne m'en étais pas rendu compte... en même temps il ne s'agit que d'extraits... mais c'est vrai que je sais tirer 1 trait sur les choses & les gens quand j'estime cela ... nécessaire (?) déjà ado : j'estimais que c'était 1 quesiton de préservation personnelle... c'était peut-être très con... hélas je n'ai pas changé
réponse de : Eric LOW (site web) le: 04/05/2008 08:26:35
je me suis dit...un nouveau texte...c'est presque comme une lumière...ferait il moins noir en dessous...au niveau de l'homme c'est encore la grisaille...et toujours des problèmes de chiottes...s'il n'espère rien il attend encore quelque chose...et ça le meut ..l'émeut encore...à suivre ou à ne pas suivre...
commentaire n° : 3 posté par : andrée wizem le: 04/05/2008 14:01:13
les chiottes : encore 1 pb récurrent !....
canard wc nous sauvera !
loué soit canard wc !
réponse de : Eric LOW (site web) le: 04/05/2008 14:41:54
changer de gare ne change pas le train-train (ok elle est mauvaise)... j'ai cette faculté aussi (en supposant que cela en soit une)... d'occulter (c'est pas un gros mot) des évènements, des choses où même des gens... pourquoi , j'en sais rien, peut être parce qu'il ne me suffit pas de les effacer de mon présent , mais aussi de mon passé.
commentaire n° : 4 posté par : Véro (site web) le: 04/05/2008 21:39:47
J'ai pas le temps de lire, faut que j'aille faire la cuisine, mais je reviendrai !
commentaire n° : 5 posté par : gdb (site web) le: 05/05/2008 17:39:24
bon appétit
réponse de : Eric LOW (site web) le: 05/05/2008 18:37:59
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