J. Bronsbody est le double des jours maussades
non qu'il soit maussade lui-même... non... mais il a eu la malchance de naître 1 sale jour d'automne où tout semblait... était gris... sans teinte... c'était 1 jour chassieux... brouillasseux... bruineux... aucun rapport avec les automnes saisons dorées etc.
en automne... les arbres sont dépouillés... les feuilles mortes gisent en tas & pourrissent ainsi... il erre dans 1 univers de gris... pas de chance pour J. Bronsbody... c'est toujours dans la rue que l'on peut le rencontrer... parce qu’il ne parait que dehors & certains jours... que les autres jours il reste au chaud... invisible... ignorant le monde... la seconde raison... c'est que si 1 jour vous le croisez... hé bien vous ne pourrez pas vous tromper... vous n'aurez pas à hésiter... parce que lorsqu'il sort il est seul... l'âme est morte... le cœur est mort... seul en dedans & seul dans les rues à déambuler sous 1 urine froide... ce jour là vous serez 2... ou alors vous serez bien seul... je ne vous le souhaite pas... dans ces jours là les quais de gare sont désolés... & pourtant... 1 quai de gare de banlieue c'est déjà pas grand-chose... mais quand c'est désolé c'est plus que tout... c'est moins que tout... c'est plus que l'ennui... c'est 1000 ans de solitude qui vous ravagent l'âme & le cœur en 1 revers de vent humide & froid... 1 vent empoisonné qui vous laisse frissonnant sur 1 banc mouillé... en face de panneaux publicitaires décolorés aux sourires pas enjôleurs du tout... laborieux & usés à être là sous la pluie... le vent... & les regards indifférents... alors dans ces jours là... 1 gare... ça n'est rien du tout... ça n'est qu'1 lieu de passage où personne ne passe... on s'y rend pour rencontrer quelqu'1... 1 regard... 1 lueur de compréhension... on s'y rend avec 1 détermination obtuse... aveugle... il faut bien tenter d'aller quelque part... non ? & finalement on ne va nulle part... dans ces jours là les 3 pendules accrochées aux 3 poteaux des 3 quais de l'unique gare présentent 1 ballet mystérieux... les 3 grandes aiguilles des petites secondes miment la chanson silencieuse... en bas c'est la demie... ensuite... moins le quart de la minute à venir qui vient qui vient... ça y est... les 3 sœurs entament 1 nouvelle tranche du grand gâteau sans rien prophétiser... la tarte à la crème de tous les siècles... il n'y a plus que le Temps... plus rien... rien... sauf 1 J. Bronsbody qui se consume cyniquement... non... peut-être pas... avec 1 froide détresse qui ronge qui ronge
1 quai de gare 1 fin d'après-midi 1 dimanche de banlieue : le Vide
il n'attend pas vraiment 1 train... il est là parce que pour quelqu'1 qui n'est plus qu'1 enveloppe sans rien dedans... 1 gare impersonnelle sous 1 ciel sans teinte dans 1 ville sans nom c'est ce qui vient à l'esprit... c'est tellement symbolique 1 gare... 1 express déchire la somnolence humide avec 1 brutalité exceptionnelle... & s'évanouit aussi vite... lorsqu'on est seul sur le quai... secoué par le vent qui ignore qu'il vous fait mal... que le seul train qui soit passé ne s'est pas arrêté... qu'aucune rumeur ne laisse deviner 1 quelconque Ailleurs... alors la petite gare semble être le monde entier... las de sa grise médiocrité
il est pelotonné dans sa chaude veste... le col relevé... le buste penché sur ses genoux serrés... attendant 1 miracle... il n'y a pas de miracle... il y a le bruit de la pluie sur les quais goudronnés... il y a les rails luisants... les paquets vides de cigarettes... les tickets utilisés... tout ça & du reste entre les cailloux... mais pas de miracle
J. Bronsbody est le compagnon solitaire... l'homme de la solitude malheureuse... celui qui va parmi ses souvenirs... l'homme des jours où les souvenirs font mal... J. Bronsbody n'est pas 1 raté... pas non plus 1 type qui a réussi... 1 type sans importance qui vit sa vie intermittente avec lucidité... humant l'air du Temps... donnant aux choses des noms qu'elles n'ont plus... aux rues des architectures qu'elles n'ont plus
J. Bronsbody... c'est le type qui déambule
parce que le grand fleuve n'a jamais remonté son cours habituel des choses J. Bronsbody n'est jamais revenu en arrière : il s'est installé
J. Bronsbody alluma 1 long cigarillo qu'il tenait à la bouche depuis 1 moment déjà... & descendit l'escalier pour arriver au dehors... 47 secondes & 8 dixièmes plus tard il accomplissait le premier pas sur le trottoir goudronné : 1 p'tit pas pour l'homme... mais 1 grand saut pour l'humanité... déclara-t-il en substance à la cantonade... mais la cantonade était réduite... seuls 2 militaires saouls occupaient la scène de la rue... & ne se préoccupaient pas du tout de J. Bronsbody... ce dernier fit 1 second pas... puis 1 troisième... 1 quatrième... & sur sa lancée alla jusqu'à l'urinoir de l'autre côté de la chaussée car ses toilettes étaient bouchées... se trouver face à face avec sa propre merde qui flotte dans la cuvette menaçant de déborder n'est pas plaisant... aussi J. Bronsbody décida-t-il de ne pas remonter immédiatement chez lui... il suivit la rue jusqu'au premier carrefour & la laissa continuer seule... tourna à droite... ensuite à gauche... encore à gauche... à droite à nouveau... tout droit enfin
arriva en 1 basse plaine... au pied d'1 montagne
ne prit pas de ticket... se plaça directement sur le quai & attendit qu'1 train survienne & s'arrête... restait debout... se moquant au fond de savoir si 1 train arriverait ou non... n'ayant qu'1 envie : se fondre au quai... à la gare... à la ville... & ne plus exister... indifférent au vent & à la pluie froide... le train survint sans siffler gare... il monta dedans... il attendait que quelque chose se produise... 1 secousse... le train s'ébranla & laissa 1 goutte d'huile en quittant la gare... il ne savait pas où il descendrait... peu importait... il descendit à la première gare & se retrouva dans 1 ville de son passé... là également les rues étaient désertes... toujours quelques minutes gagnées sur cette journée... il marcha beaucoup
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