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Dimension parallèle

Derniers échos de l'espace

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Dimanche 6 avril 2008

le soleil d’hiver disparaissait derrière les arbres du jardin dans le déchirement crépusculaire… la nuit pas encore là se faisait désirer... question de minutes… ses plis de satin se dessinaient peu à peu en flots sombres sur la ville perdue dans une brume fluorescente tchernobylienne voilant le jour violet... anamorphose caïmaïeutique d’un ciel fondant comme une glace myrtille cassis pistache vanille dégoulinant sur le bitume cloqué

les gens devaient rentrer chez eux tête dans les épaules les pieds devant... vent du soir... prout de nuit…

peut-être sur des bancs des amoureux langues mêlées mains dans les cheveux jus dans les slips... en manque de chambre d’hôtel... tandis que des voitures arrêtées aux feux rouges romromaient leur diesel ? ouvrant leurs phares grandsyeux & pinceaudant la chaussée tricolorisée ?

peut-être une nouvelle guerre allait-elle se déclarer pendant que l’acier remontait à Wall Street ?

peut-être un enfant ouvrait-il l’Odyssée pour la première fois & ne lâcherait plus le livre avant la fin de la nuit caché sous sa couette avec une lampe de poche ?

peut-être un marin coulait-il lentement dans l’océan, renonçant à crier ? acceptant que l’eau salée emplisse ses poumons, s’apaisant dans la mort ?

peut-être Falstaff jouait-il petite musique de muid pour se consoler de son roi qui l’avait abandonné ?

peut-être un enfant de Bosnie de Tchétchénie, du Kosovo du Congo ou d’ailleurs cherchait-il ses parents parmi des cadavres ?

peut-être un philosophe en son jardin regardait-il pousser l’gazon ?

peut-être un cosmonaute russe & une astronaute huessienne s’envoyaient-ils en l’air en abaisanteur ?

peut-être un p’tit malin mettait-il au point la technologie d’après-demain pour c’qu’on en a à foutre au lieu de se taper une bière ou une blonde comme quelqu’un de normal & de foutre la paix au monde au lieu de se prendre pour un prophète ?

peut-être un vieux ou une vieille solitaire clam’çait dans son lit dans une vieille odeur de pet rance, oublié de ses enfants ?

peut-être un aventurier arrivait-il à pied par la Chine en prenant un canard sous le pont ?

peut-être en Algérie un chanteur survivant continuait-il la bataille du Raï ?

moi, dans mon intérieur j’entendais le feu ronfler dans la cheminée... le bois qui craquait... des pétarades de motos... des sifflements d’avions... le spiqueur à la radio... des oiseaux sur le toit... des fourmis dans le jardin... & l’araignée tissant sa toile dans un angle du plafond… à la dérive rien ne se mélangeait... tout se superposait... & je peinais à rendre cela dans le texte... les choses sont tellement plus que ce qu’elles paraissent... on fait la langue en parlant... en écrivant... pour ne pas laisser mourir les mots... tant qu’ainsi on résiste la langue évite l’acacadémisme… des vagues brûlantes me rougissaient le front… le clavier de plastique commençait à fondre... les mots dégouttelaient de l’écran... mon corps prenait feu & les flammes s’échappant par les fenêtres embrasaient le jardin dans la rumeur de la ville

alors créature de feu je sortis... courant & hurlant l’âme arrachée... destination la fin du monde...

par Eric LOW publié dans : PROSES
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