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Dimension parallèle

Derniers échos de l'espace

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Dimanche 6 avril 2008

que se passe-t-il si l'on prend la 1ère phrase d' "Ulysse" de Joyce & la dernière phrase du "Voyage au bout de la nuit" de Céline ?

Majestueux & dodu, Buck Mulligan parut en haut des marches, porteur d’un bol mousseux sur lequel reposaient en croix rasoir & glace à main...

Il s’était si tard levé que sa rutababarbe serait difficile à raser, & l’eau ne serait sans doute pas assez chaude… c’était chaque fois pareil en maintes ivresses quand il se soûlait de vin de messe & de maintes vesses !… il émergeait vers trois ou quatre heures de l’après-midi… des aigreurs à l’estomac & la langue chargée & le pénis pendant violacé juste bon à pisser un jus marron trop chargé en sucres... une voix murmurait à son O’Reille la Fine gagne, la Fine gagne... sa silhouette de dinde de Noël se dindynant au rythme des rumourds du fleuve oscillait sur le pont de la péniche alanguie contre la berge, vieux bateau flottant comme peau de saucisson sur l’eau verdâtre... pourtant il gardait la tête haute, & les trois mentons en avant n’enlevaient rien à la noblesse qui transparaissait encore dans son profil à la Oscar Wilde... les immeubles jaillissant si haut vers les nuées semblaient rejetés en arrière... haut-le-corps pour éviter de sentir les effluves mulliganiesques... trois crânes rasés allumèrent leurs clopes à la flamme d’une allumette unique... les visages grimaçants rougeoyaient... regards agités, dents jaunes... les tenues mi-litaires mi-locdu sentaient la crasse & la haine... N clairement tatoué sur leurs nuques... on pouvait le lire comme tête de Nœud, mais ils n’y avaient pas pensé... la liberté, c’est le désir éclairé... sa bougie à lui ne s’allumait plus souvent... Buck Mulligan, dindynausaurus gaëlicus... il se pencha vers la flotte, convaincu que s’il y avait un truc pas buvable c’était bien ça... il inspira à plein poumon son petit déjeuner : un large bol d’air à l’odeur de chou ranci, emplissant ses soufflets comme une cornemuse, puis élevant lentement les bras en croix, il expira avec force, émettant un grave & long son rond de son ponton ON ON ON ON ON… il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, & la ville entière, & le ciel & la campagne & nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.

par Eric LOW publié dans : PROSES
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