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Dimension parallèle

Derniers échos de l'espace

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Vendredi 30 mai 2008

1 semaine que l'automne avait commencé à se manifester... précédé de bourrasques & de pluies froides... l'atmosphère de vacances était passée... durant le chaud été qui venait de s'éteindre ils avaient pris tous leurs repas dans le jardin... souvent en début de soirée des amis passaient… l'heure de l'apéritif arrivait… on sortait les boissons l'eau fraîche les glaçons les verres… on s'installait autour de la table bancale... profitant des heures douces dans le déclin du jour... puis on improvisait 1 repas en installant le barbecue... fraternité joyeuse

le jeune homme prenait généralement son petit déjeuner avec Eve avant qu'elle parte travailler... ensuite il faisait 1 peu de ménage... prenait 1 douche... & allait faire 1 tennis ou bien se mettait directement à écrire… grâce à cette passion qu'ils vivaient & au climat de paix dans lequel ils évoluaient il avait écrit 1 roman & 1 autre s'annonçait… romans diurnes... leur ton était différent des textes précédents... mais l'écriture nocturne lui manquait... avec l'automne les dîners se terminaient plus tôt... & souvent il retournait à son bureau jusqu'au petit matin

Eve veillait parfois jusqu'à minuit... 1 heure du matin... leur chambre à l'étage était spacieuse... ils avaient pu conserver presque totalement leurs mobiliers respectifs pour aménager cette maison

elle s'installait donc au lit ou dans 1 fauteuil pour lire

il se retrouvait avec l'impression d'être seul dans la plénitude de la nuit… il était reconnaissant à Eve des précautions qu'elle prenait qui lui permettaient de se concentrer sur son itinéraire absolument solitaire... de temps en temps ils se rencontraient à l'improviste dans la cuisine pour boire du café ou du thé

elle ne remontait pas toujours seule

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Mercredi 28 mai 2008

la nuit était tiède quand ils sortirent vers 1 heure du matin

j'ai envie de marcher 1 peu... tu préfères rentrer ?... non... je suis d'accord... je ne travaille pas avant 14 heures... il fait bon... & puis je n'ai pas très sommeil...

 

ils longeaient lentement les berges de la Seine... échangeant peu de mots... laissant se nouer de nouveau ce lien plus subtil que la parole... convergence du sentiment amoureux

ils s'assirent sur 1 banc… c'était comme s'ils venaient de passer non pas quelques heures ensemble mais plusieurs jours sans se quitter

en retenant sa respiration il glissa 1 bras autour de ses épaules... elle se serra contre lui... éprouvant exactement la même chose que lui... comme si leur union était inéluctable... alors... en 1 temps infiniment long leurs lèvres se joignirent... & ce second baiser dura à nouveau 1 temps infiniment long

 

les lumières de la ville qui se reflétaient sur l'eau calme du fleuve

les bruits qui s’estompaient au-dessus d’eux

les bateaux-mouche qui glissaient sur le ventre

 

ils ne pensaient plus... ne respiraient plus

ils se tenaient hiératiques... statues devant l'éternité

 

lorsqu'ils reprirent contact dans le Temps ils avançaient tendrement enlacés

ils jouissaient de la vie qui s'exhalait par tous les pores de la Ville... absorbant toutes les vibrations nocturnes

d'autres couples passaient en silence avec la conscience de se refléter les uns dans les autres... silhouettes se fondant dans l'ombre

 

la voiture stoppa devant l'immeuble d'Eve… celle-ci scrutait le jeune homme dans la pénombre…

tu veux monter ?

quelques secondes s'effondrèrent

oui

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Samedi 24 mai 2008

c'était 1 des dernières fois qu'il passait la porte cochère de cet immeuble chargé de tant de souvenirs... le déménagement s'effectuerait la semaine suivante... les copains avaient été réquisitionnés... on ne va pas poser 1 plaque commémorative !... de toute façon... les souvenirs sont dans la tête... dans le marbre ce ne sont que des mots creux... songeait le jeune homme avant de pénétrer sous le porche

1 éclat blanc perçu fugitivement du coin de l’œil le retint sur le seuil… il recula de 2 pas & haussa son regard jusqu'à la fenêtre de la chambre d'Eve... elle devait être dissimulée derrière le voile translucide des rideaux... le mouvement qu'il avait deviné devait être celui de l'ouverture de la croisée & de l'apparition fugace d'1 féminité exquise qu'il tentait maintenant d'approfondir... posté là & transformé en voyeur il ne nota pas la vanité de la situation... pourtant cette femme... dans les minutes qui suivraient il la prendrait dans ses bras & savourerait sa chair parfumée... ce recul irréfléchi lui procurait 1 sensation étrangement excitante... la femme qu'il aimait était pour 1 minute 1 inconnue ignorante du regard qui la scrutait intensément... inconnue parce qu'ignorante... sans la conscience... sans pose éventuelle... vraie en elle-même... à cette seconde... elle ne le connaissait pas... elle vivait... respirait... se mouvait... hors de lui... il se soumettait à cette vision... à ce corps à peine perceptible derrière ce voile... & dont les proportions parvenaient cependant à imposer leur harmonie... plus que cette nudité séduisante... c'était 1 vérité de cette beauté... sa profondeur... qu'il tentait d'atteindre : l'angle insoupçonné... l'innocence fragile & solitaire dans laquelle elle s'abandonnait & qui en faisait cette perfection instinctive qu'elle offrait en toute méconnaissance… elle restait dans le cadre... miniature vivante & splendide... sans doute... d'après les gestes qu'il distinguait mal... coiffait-elle sa longue & épaisse chevelure... mais il ne cherchait pas à mieux voir... le mystère de cette scène muette l'émouvait tel quel… lorsque d'1 secousse elle ôtait la brosse de ses cheveux tout son corps s'arquait & opérait 1 quart de tour... alors 1 bonnet de soutien-gorge apparaissait le temps d'1 clin d’œil… elle retourna vers l'intérieur de la pièce

il resta sans bouger

elle reparut

elle fit glisser les rideaux... écarta les 2 battants de la fenêtre en les ramenant totalement vers l'intérieur... & se révéla dans l'été souriant

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Mercredi 21 mai 2008


cette nuit j’ai rêvé… 1 cauchemar plutôt

je voyais des spectres pénitents avancer têtes baissées en flottant dans l’air… ils déambulaient près d’1 vieille abbaye… je ne connais pas ce lieu… je ne sais pas comment il est venu dans mon esprit

l’atmosphère était lugubre

je me suis éveillé en sueur & j’en frissonne encore rien que d’y penser

je ne suis pas croyant… je ne sais pas prier…

mais comme je voudrais pouvoir

par Eric LOW publié dans : VISIONS
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Lundi 19 mai 2008


cette maison me terrifie
je ne me souviens plus comment je m'y suis retrouvé...
je crois que je cherchais 1 endroit retiré pour mettre au point 1 roman que j'achevais... je ne voulais pas être dérangé
l'agent immobilier a poussé la porte qui a grincé & poliment m'a laissé le précéder...
& je me suis réveillé sans savoir s'il faisait jour ou nuit... j'étais seul
j'ai voulu sortir... la porte est restée immobile malgré mes efforts
les fenêtres à guillotine n'ont pas plus bougé
j'ai voulu casser 1 vitre avec 1 vieille chaise & c'est la chaise qui a volé en éclats... je me suis blessé à la main & mon sang a éclaboussé le plancher
c'est alors que j'ai vu des traces brunes par terre... 1 sang plus ancien que le mien avait déjà coulé ici
j'ignore depuis combien de temps elle me retient prisonnier... je m'endors quand je tombe de fatigue... je me réveille... ma montre est cassée... plus d'heure... plus de date...
je ne ressens pas la faim
dans le vieux salon je me sens à l'abri... relativement... des présences invisibles que je sens rôder
par Eric LOW publié dans : VISIONS
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Jeudi 15 mai 2008


je sais que je vous ai déjà parlé de l'escalier...
mais je n'avais pas encore osé vous parler du grenier...
parce que je n'y suis allé qu'1 seule fois... 1 unique fois...
& que depuis il hante mes nuits...
depuis ce soir où ayant 1 peu bu j'ai gravi ces marches maudites à 4 pattes en lançant des imprécations pour conjurer les spectres...
j'ai poussé d'1 main la porte vermoulue qui s'est réduite en poussière...
& sous la charpente... du sol à la poutre faîtière il y avait cette gigantesque toile... cette horreur... & collées à la poutre... guettant la proie qui viendrait bien 1 soir... ces monstres qui m'appelaient... me charmaient de leurs chants...
je ne sais combien de temps j'ai hésité... tellement tenté de les rejoindre... mais parmi les brumes de mon îvresse 1 partie de mon esprit luttait... luttait...
je crois que j'ai hurlé pour couvrir ces voix & qu'en faisant demi tour j'ai dégringolé les marches pourries...
ça n'est qu'au matin que je me suis éveillé... le corps douloureux & les pensées incertaines...
je suis prisonnier de cette maison... mais je ne me laisserai pas faire...
depuis je ne dors plus...
je sais qu'elles attendent...
elles sont patientes...
combien de temps résisterai-je ?
par Eric LOW publié dans : VISIONS
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Mercredi 14 mai 2008


j'aime me promener au lever du jour lorsque la brume enserre encore la forêt comme 1 linge humide
l'odeur lourde de l'humus
le silence qui précède le réveil des oiseaux
& ces créatures magiques qui ne se sont pas encore dissipées avec le soleil
avant que les hommes ne prennent orgueilleusement possession illusoire de la terre & des arbres
par Eric LOW publié dans : VISIONS
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Mardi 13 mai 2008

Où... pensa Raskolnikov en reprenant son chemin... où donc ai-je lu l'histoire d’un condamné à mort qui... une heure avant l'exécution... dit ou pense que s'il devait vivre quelque part sur un sommet... sur un rocher où il n'y eut qu'une plate-forme si étroite qu'on ne put tout juste qu'y poser les deux pieds... que tout autour ce fut l'abîme... l'océan... les ténèbres éternelles... une solitude... une tempête éternelle... et qu'il fallût rester ainsi debout... sur un pied carré d'espace... toute sa vie... mille ans... toute l'éternité - il vaudrait mieux vivre ainsi que de mourir maintenant ! Vivre seulement... vivre & vivre ! Quelque soit la vie - mais vivre !... Comme c'est vrai ! Mon Dieu... comme c'est vrai ! L'homme est un lâche !... & lâche aussi celui qui... à cause de cela... le traite de lâche... ajouta-t-il au bout d'1 instant.

rester toute l'éternité debout comme 1 flamant rose qui serait 1 yogi... cela doit être profondément ennuyeux à la longue?... le yogi hausse les épaules d'1 air fataliste... il ne respire pas car il économise même l'air - la vie est si chère... il pose le pied par terre & se casse en se grattant les couilles... quelques morpions dérangés dans leur sieste jaillissent de ses poils pubiens entortillés... 1 jour ici... 1 autre jour là... nous sommes peu de choses !pense l'1 d'eux plus lucide que ses congénères

par Eric LOW publié dans : PROSES
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Dimanche 11 mai 2008


jamais je n 'osais regarder cet escalier
j'avais toujours l'impression d'1 présence funeste
les murs lépreux les marches pourries la rampe branlante
& cette odeur... 1 odeur de moisi... de décomposition...
cette maison abandonnée n'était qu'1 cri de douleur
par Eric LOW publié dans : VISIONS
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Vendredi 9 mai 2008


l'aube allait se lever
& sous le regard des 3 lunes le géant avançait au milieu de ses troupes
la multitude était prodigieuse
il n'y aurait pas de quartier
on savait que lorsque les 3 lunes réapparaîtraient
la terre serait gorgée du sang des milliers de morts
dont les existences n'auraient été que brèves illusions
c'était la mort en marche
les vies aussitôt dissipées
pas plus consistantes que les ombres qui les avaient toujours accompagnées
s'évanouiraient même dans les souvenirs
par Eric LOW publié dans : VISIONS
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