1 semaine que l'automne avait commencé à se manifester... précédé de bourrasques & de pluies froides...
l'atmosphère de vacances était passée... durant le chaud été qui venait de s'éteindre ils avaient pris tous leurs repas dans le jardin... souvent en début de soirée des amis passaient… l'heure de
l'apéritif arrivait… on sortait les boissons l'eau fraîche les glaçons les verres… on s'installait autour de la table bancale... profitant des heures douces dans le déclin du jour... puis on
improvisait 1 repas en installant le barbecue... fraternité joyeuse
le jeune homme prenait généralement son petit déjeuner avec Eve avant qu'elle parte travailler... ensuite il
faisait 1 peu de ménage... prenait 1 douche... & allait faire 1 tennis ou bien se mettait directement à écrire… grâce à cette passion qu'ils vivaient & au climat de paix dans lequel ils
évoluaient il avait écrit 1 roman & 1 autre s'annonçait… romans diurnes... leur ton était différent des textes précédents... mais l'écriture nocturne lui manquait... avec l'automne les dîners
se terminaient plus tôt... & souvent il retournait à son bureau jusqu'au petit matin
Eve veillait parfois jusqu'à minuit... 1 heure du matin... leur chambre à l'étage était spacieuse... ils avaient
pu conserver presque totalement leurs mobiliers respectifs pour aménager cette maison
elle s'installait donc au lit ou dans 1 fauteuil pour lire
il se retrouvait avec l'impression d'être seul dans la plénitude de la nuit… il était reconnaissant à Eve des
précautions qu'elle prenait qui lui permettaient de se concentrer sur son itinéraire absolument solitaire... de temps en temps ils se rencontraient à l'improviste dans la cuisine pour boire du
café ou du thé
elle ne remontait pas toujours seule
par Eric LOW
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la nuit était tiède quand ils sortirent vers 1 heure du matin
j'ai envie de marcher 1 peu... tu préfères rentrer ?... non... je suis d'accord... je ne travaille pas avant 14
heures... il fait bon... & puis je n'ai pas très sommeil...
ils longeaient lentement les berges de la Seine... échangeant peu de mots... laissant se nouer de nouveau ce
lien plus subtil que la parole... convergence du sentiment amoureux
ils s'assirent sur 1 banc… c'était comme s'ils venaient de passer non pas quelques heures ensemble mais
plusieurs jours sans se quitter
en retenant sa respiration il glissa 1 bras autour de ses épaules... elle se serra contre lui... éprouvant
exactement la même chose que lui... comme si leur union était inéluctable... alors... en 1 temps infiniment long leurs lèvres se joignirent... & ce second baiser dura à nouveau 1 temps
infiniment long
les lumières de la ville qui se reflétaient sur l'eau calme du fleuve
les bruits qui s’estompaient au-dessus d’eux
les bateaux-mouche qui glissaient sur le ventre
ils ne pensaient plus... ne respiraient plus
ils se tenaient hiératiques... statues devant l'éternité
lorsqu'ils reprirent contact dans le Temps ils avançaient tendrement enlacés
ils jouissaient de la vie qui s'exhalait par tous les pores de la Ville... absorbant toutes les vibrations
nocturnes
d'autres couples passaient en silence avec la conscience de se refléter les uns dans les autres... silhouettes
se fondant dans l'ombre
la voiture stoppa devant l'immeuble d'Eve… celle-ci scrutait le jeune homme dans la pénombre…
tu veux monter ?
quelques secondes s'effondrèrent
oui
par Eric LOW
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c'était 1 des dernières fois qu'il passait la porte cochère de cet immeuble
chargé de tant de souvenirs... le déménagement s'effectuerait la semaine suivante... les copains avaient été réquisitionnés... on ne va pas poser 1 plaque commémorative !... de toute façon... les
souvenirs sont dans la tête... dans le marbre ce ne sont que des mots creux... songeait le jeune homme avant de pénétrer sous le porche
1 éclat blanc perçu fugitivement du coin de l’œil le retint sur le seuil… il
recula de 2 pas & haussa son regard jusqu'à la fenêtre de la chambre d'Eve... elle devait être dissimulée derrière le voile translucide des rideaux... le mouvement qu'il avait deviné devait
être celui de l'ouverture de la croisée & de l'apparition fugace d'1 féminité exquise qu'il tentait maintenant d'approfondir... posté là & transformé en voyeur il ne nota pas la vanité de
la situation... pourtant cette femme... dans les minutes qui suivraient il la prendrait dans ses bras & savourerait sa chair parfumée... ce recul irréfléchi lui procurait 1 sensation
étrangement excitante... la femme qu'il aimait était pour 1 minute 1 inconnue ignorante du regard qui la scrutait intensément... inconnue parce qu'ignorante... sans la conscience... sans pose
éventuelle... vraie en elle-même... à cette seconde... elle ne le connaissait pas... elle vivait... respirait... se mouvait... hors de lui... il se soumettait à cette vision... à ce corps à peine
perceptible derrière ce voile... & dont les proportions parvenaient cependant à imposer leur harmonie... plus que cette nudité séduisante... c'était 1 vérité de cette beauté... sa
profondeur... qu'il tentait d'atteindre : l'angle insoupçonné... l'innocence fragile & solitaire dans laquelle elle s'abandonnait & qui en faisait cette perfection instinctive qu'elle
offrait en toute méconnaissance… elle restait dans le cadre... miniature vivante & splendide... sans doute... d'après les gestes qu'il distinguait mal... coiffait-elle sa longue & épaisse
chevelure... mais il ne cherchait pas à mieux voir... le mystère de cette scène muette l'émouvait tel quel… lorsque d'1 secousse elle ôtait la brosse de ses cheveux tout son corps s'arquait &
opérait 1 quart de tour... alors 1 bonnet de soutien-gorge apparaissait le temps d'1 clin d’œil… elle retourna vers l'intérieur de la pièce
il resta sans bouger
elle reparut
elle fit glisser les rideaux... écarta les 2 battants de la fenêtre en les
ramenant totalement vers l'intérieur... & se révéla dans l'été souriant
par Eric LOW
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cette nuit j’ai rêvé… 1 cauchemar plutôt
je voyais des spectres pénitents avancer têtes baissées en flottant dans l’air… ils
déambulaient près d’1 vieille abbaye… je ne connais pas ce lieu… je ne sais pas comment il est venu dans mon esprit
l’atmosphère était lugubre
je me suis éveillé en sueur & j’en frissonne encore rien que d’y penser
je ne suis pas croyant… je ne sais pas prier…
mais comme je voudrais pouvoir
par Eric LOW
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Où... pensa Raskolnikov en reprenant son chemin... où donc ai-je lu l'histoire d’un condamné à mort qui...
une heure avant l'exécution... dit ou pense que s'il devait vivre quelque part sur un sommet... sur un rocher où il n'y eut qu'une plate-forme si étroite qu'on ne put tout juste qu'y poser les
deux pieds... que tout autour ce fut l'abîme... l'océan... les ténèbres éternelles... une solitude... une tempête éternelle... et qu'il fallût rester ainsi debout... sur un pied carré d'espace...
toute sa vie... mille ans... toute l'éternité - il vaudrait mieux vivre ainsi que de mourir maintenant ! Vivre seulement... vivre & vivre ! Quelque soit la vie - mais vivre !... Comme c'est
vrai ! Mon Dieu... comme c'est vrai ! L'homme est un lâche !... & lâche aussi celui qui... à cause de cela... le traite de lâche... ajouta-t-il au bout d'1 instant.
rester toute l'éternité debout comme 1 flamant rose qui serait 1 yogi... cela doit être profondément ennuyeux à
la longue?... le yogi hausse les épaules d'1 air fataliste... il ne respire pas car il économise même l'air - la vie est si chère... il pose le pied par terre & se casse en se grattant les
couilles... quelques morpions dérangés dans leur sieste jaillissent de ses poils pubiens entortillés... 1 jour ici... 1 autre jour là... nous sommes peu de choses !pense l'1 d'eux plus lucide que
ses congénères
par Eric LOW
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