Vendredi 29 février 2008
c’est un paysage parcouru par le Vent… depuis des millénaires le Vent circule de façon
continue…
il ne va pas par rafales… il est permanent… il est là depuis toujours
le Vent est imprévisible… il change de direction… parfois… sans prévenir… on ne sait jamais quand … ça
prend comme ça : d’un coup
il ne tourbillonne pas pour vous rendre fou… non… il va dans une direction pendant un certain temps :
des jours… des semaines… & subitement il tourne
& même parfois s’inverse totalement… & avec la même force part dans une autre
direction
on ne sent qu’au tout dernier moment que cela va se produire : il s’arrête comme pour se donner le
temps de réfléchir… trois secondes… quatre au maximum… & il repart dans une nouvelle direction exactement avec la même force… immédiatement
le Vent est invisible… impossible de le voir : le Vent n’a pas de forme… pas de couleur… pas
d’épaisseur… & pourtant on sait qu’il est là… on sent sa présence… on peut l’entendre
le Vent est indescriptible... on ne peut le voir souffler mais on voit sur quoi il souffle… & partout
on peut voir son action : il a modelé le Pays du Vent
le vent use tout… il a érodé les montagnes qui ne sont plus que des collines arrondies... si les éléphants
existaient au Pays du Vent on dirait que de loin les montagnes ressemblent à une succession de dos d’éléphants ... en se rapprochant on verrait qu’elles sont creusées par le sable que le Vent
emporte depuis des siècles… & cela fait comme des milliers d’yeux vides qui ne regardent plus rien
le Pays du Vent est avant tout un pays de sable... le Vent a tout effacé grâce au sable... voici très
longtemps… il y a eu des mers… des lacs… mais le Vent a soulevé les eaux qui ne sont plus jamais revenues… il n’est resté que le sable… & les montagnes… qui s’amenuisent
pas d’eau au Pays du Vent… rien qui permette à la vie de subsister
mais alors ?…
quelles sont ces silhouettes que l’on peut distinguer ? courbées contre le Vent ?
on sait bien qu’on ne peut vivre… ni même survivre ici
si on regarde bien l’un d’eux disparaît… ou bien un autre apparaît… de temps à autres




ce matin ça avait encore changé… il semble que tout soit organisé en cités ouvrières… les façades de
briques noircies s’alignent sur des kilomètres le long d’1 rue unique conduisant vers l’usine qui crache ses fumées… jour & nuit il y a le bruit des hauts-fourneaux… le sommeil est court
& difficile… le soir on se jette épuisé sur le lit & quand la sirène de l’usine se déclenche pour appeler les équipes de jour on a l’impression qu’on vient juste de s’allonger… au-delà il
y a des champs & au milieu de la verdure il y a le château… ceint d’1 haut mur… nous n’avons pas le droit de nous en approcher… je commence à avoir 1 théorie : la planète change afin que
nous n’ayons pas le temps de nous habituer & de commencer à pouvoir communiquer entre nous…
des mares glaireuses aux bois humides cette planète est pourrie… ça fait maintenant 2 jours que tout
s’est brutalement métamorphosé & pas en mieux… végétaux marrons pierres grisâtres boues noirâtres… tout donne l’air d’avoir été inondé & pas encore vidangé… l’air lui-même semble
être 1 copie du brouillard londonien des années 1900… jaune… gras… lourd… les gens croisés ont 1 allure simiesque… ils marchent voûtés… les bras ballants… en se dandinant 1 peu… quand
j’essaie de leur parler ils haussent des épaules & grognent… les rues des villes ne sont plus rectilignes : elles serpentent… elles ont presque l’air vivantes… les chaussées & les
trottoirs luisants commandent à nos pas… vers des lieux improbables de corvées que l’on accomplit en échange d’1 infâme brouet… la semaine dernière c’était pas mieux… dans 1 autre genre…
gratte-ciels aux parois de verre de béton & d’acier fuyant au-delà d’1 ciel métallique… tout était récuré électrifié survitaminé… la masse laborieuse semblait charger au pas de course vers
des bureaux en activité 24 heures sur 24… pas 1 mégot ou 1 chouinegomme au sol… des caméras tous les 10 mètres & des haut-parleurs pour donner les consignes du jour ou interpeller les Dèv…
impossible de se parler…
ceux d’En-Haut regardent... parlent... analysent... la Machine fait le tri... 1
succession à grande vitesse d’images défile... des individus... des mondes... des tentatives...
rien
Derniers échos de l'espace