la Ville est nerveuse… l’excitation de la Ville semble gagner tout le monde tout le temps… sauf moi… je ne marche pas à l’allure des Autres… je flâne… les mains dans les poches… la pipe à la bouche… néons fulgurants… murs tagués… feux tricolorisés… automobiles aveugles… des grands des petits des gros des maigres des minces blonds bruns roux… cheveux longs cheveux courts crânes rasés… mèches collées au gel… piercings qui trouent les peaux… peaux sombres peaux claires… les filles… oh les filles !... ces filles verticales qui arpentent les trottoirs gras… manucurépilées… botoxées… aux hanches qui ondulent… aux jambes gymnastiquées… aux seins luminescents… aux lèvres brillantes… aux bijoux éclatants… des grandes des petites des rousses des blondes des brunes… toutes & tous qui me visent sans me voir… je suis dans 1 autre rythme temporel… ça foisonne ça grouille ça fourmille ça serpente ça coléoptère ça termite ça chenille… 1 fièvre sinistre agite la Ville… les cours de la bourse montent & dégringolent à vitesse électronique… la mode du lendemain a déjà remplacé la mode du jour… mille métros vomissent leur contingent d’automates… dix guerres se déclenchent & s’achèvent chaque seconde… cent tours s’érigent à la minute… mille tramways circulent à 1 vitesse folle… dix mille portes automatiques s’ouvrent & se ferment à 1 cadence d’usine… dix mille enseignes clignotent mille fois par seconde… les dix mille nouvelles fraîches de la minute à venir remplacent les dix mille nouvelles obsolètes de la minute précédente… cent mille lampadaires riment avec cent mille dromadaires… trois millions d’escalators montent & descendent leur chargement d’humains laborieux comme emportés par 1 tornade… 1 milliard de satellites balancent leur sauce dans des torrents d’ondes qui me grillent l’encéphale… dix milliards d’antennes balancent leur sauce qui me grille l’encéphale… cent milliards de radios balancent leur sauce qui me grille l’encéphale… mon cerveau liquéfié absorbe toute cette merde comme 1 serpillière plongée dans 1 égout synectique triste ragoût & ces sacrés talons aiguilles qui me percent le crâne comme autant de poinçons sur mon cortex & je vois les étoiles dans la pollution lumineuse… comment je peux voir les étoiles là-dedans ?! je vois les comètes… il faut 1 mort pour 1 vie ! les rats fuient le ragoût de la Méduse… par centaine de milliards… ils ne discutent pas les ragoûts & les couleurs… les dégoûts & les douleurs… les virus s’étendent & transmutent à la vitesse de la lumière… & je me traine au milieu de tout ça… mes gestes sont lents… si lents… personne ne remarque que je suis si lent… je flotte… je m’évade… je ne peine plus… j’ai le flanc droit ouvert & par cette blessure s'échappe 1 filet de fumée 1 fumet de filet le corps coupé en deux par 1 lame de fond de vérité je ne sens pas la métamorphose qui se poursuit & le fossé qui s'élargit entre moi & la vie entre moi & la planète… mon corps se décompose & l'odeur est insoutenable & porteuse de germes mortels des orants prient à hautre voix quel est donc ce mystère vacillant comme 1 songe qui sombre à jamais dans l'oubli ? les offrandes propitiatoires les sacrifices les sacrilèges rien n'a suffit… le Balancier est entré dans la vie de l'Homme… rien n'a suffit ou bien ça n'était pas approprié… les sinistres mandibules se rapprochent… le Temps s’arrête… je plane dans 1 vide obscur… les mandibules grossissent… grossissent…
CRAAAC !
derniers échos de l'espace