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Publié dans : Bruits de l'Univers
épisode 1 ICI
épisode 2 ICI

John Smith était toujours assis en tailleur à la même place

souplement il fit demi-tour pour me faire face & je sus qu’il me voyait… & je sentis que non seulement il me voyait mais qu’il me sondait dans ce que j’avais de plus intime pensée… il lisait dans mon esprit plus avant que moi-même dans mon sommeil le plus profond… il ne me volait rien… il naviguait dans mon cerveau de connexion en connexion à la vitesse de la lumière & percevait ce que j’avais enfoui en moi au point de l’ignorer moi-même

ses yeux était deux fenêtres sur l’Univers : j’y vis l’explosion originelle… j’y vis les galaxies se former & se déplacer à leur vitesse folle & repousser les confins de l’Univers… des milliards d’étoiles naissaient puis explosaient silencieusement dans la nuit sidérale

 

& John Smith m’ouvrit son esprit

& saisi d’1 vertige sans nom j’y plongeai

 

né voici des milliers d’années d’1 homme & d’1 femme John Smith n’avait plus d’âge

né d’1 homme qui se battait contre les tigres farouches pour leur dérober leurs proies

né d’1 femme qui avait crié en le mettant au monde à l’ombre d’1 arbre aux vastes branches par 1 jour de soleil aveuglant

John Smith n’avait jamais parlé… n’avait jamais crié

contre l’avis du shaman du clan ses parents l’avaient gardé en vie… l’avaient protégé

il avait grandi & pris de la force à l’écart des autres enfants qui le craignaient : le shaman n’avait-il pas prédit qu’il serait 1 malédiction pour le clan ?

1 nuit que l’orage éclatait & que la foudre enflammait des arbres proches le clan avait sorti de force John Smith & ses parents de leur abri fait de peaux d’animaux & les avait trainés sous l’arbre des ancêtres pour leur trancher la gorge avec le couteau du rituel

tout le monde criait dans cette nuit terrible & jamais depuis des milliers d’années John Smith n’avait oublié les râles de ses parents égorgés comme des animaux de sacrifice

pendant que des hommes & des femmes le maintenaient il vit leurs vies s’échapper dans des jets de sang que la pluie battante mélangeait à la terre

il vit l’amour de ses parents s’enfuir avec leurs dernières forces

John Smith ne pouvait hurler sa peur & sa rage

pourtant 1 cri monta en lui & il crut que son crâne explosait

toutes les mains qui le tenaient prisonnier lâchèrent prise & il vit ses tortionnaires s’affaisser

morts

il se tourna vers le clan effrayé & le shaman qui lui lançait des imprécations en traçant dans l’air des signes mystérieux avec le couteau ruisselant du sang de ses parents

alors il fixa le shaman en premier

& le shaman s’écroula

mort

puis il les regarda dans les yeux les 1 après les autres

les 1 après les autres ils tombèrent sans vie sur le sol

tous y passèrent : hommes femmes enfants

tous

 

la pluie tombait toujours dans cette nuit qui ne finissait pas

il allongea côte à côte les dépouilles de ses parents & les recouvrit de pierres

& il laissa les autres pour qu’ils pourrissent & que les charognards s’en repaissent

 

à compter de cette nuit d’horreur John Smith fut toujours seul


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Publié dans : Bruits de l'Univers

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Publié dans : Bruits de l'Univers

épisode 1 ICI


ma curiosité était passée… je ne ressentais plus qu’1 engourdissement général à regarder ce type silencieux & immobile… moi qui ai pourtant des habitudes régulières je ne ressentais même pas la faim… j’avais fumé près de la moitié de mon tabac & ma pipe était si brûlante que je ne pouvais la tenir par le fourneau

j’ai regardé ma montre à la lueur de mon briquet : vingt-trois heures ! onze heures du soir ! on était là depuis plus de six heures ! je ne m’étais pas rendu compte du temps passé !

 

est arrivé le moment où j’ai vaguement distingué 1 sorte de brouillard à deux mètres environ devant John Smith… cette brume curieuse ondulait & se compactait assez rapidement & subitement sept vieillards étaient là ! debout !

je me souviens m’être dit rapidement : si ce sont les sept nains moi je suis Blanche-Neige !... mais j’étais si stupéfait de cette apparition que je ne me suis même pas trouvé drôle… j’essayais de bien les voir mais c’était malaisé : ils vibraient comme sur 1 mauvaise retransmission télévisée… mieux que ça en fait : ils étaient en trois dimensions… aujourd’hui je connais le mot -& n’importe quel môme de dix ans aussi- mais à l’époque seuls les spécialistes devaient connaître ça : j’avais devant moi des projections holographiques… des hologrammes

ou peut-être bien plus que ça : comme s’ils étaient vraiment en chair & en os… dématérialisés là & rematérialisés ici…

j’ai dit sept « vieillards » mais peut-être pas si vieux ? ils avaient forme humaine… ils avaient le crâne chauve… ils se tenaient 1 peu voûtés… mais en fait leur « peau » n’était pas ridée : en regardant mieux ça n’était pas de la peau… plutôt des écailles… mais hors de question pour moi de les approcher ! j’étais cloué sur place… pas de peur… non… plutôt pétrifié par 1 sentiment d’étrangeté indicible

 

ils fixaient John Smith & je me doutais qu’il réagissait à leur présence… même de dos il semblait enfin actif… ils avaient l’air en conversation… mais je n’entendais rien… télépathie ! ils communiquaient par la pensée !

je n’étais même pas surpris que John Smith soit en relation avec des êtres venus visiblement d’ailleurs que de la Terre… je m’étais si souvent dit qu’il n’avait d’humain que l’enveloppe corporelle que j’ai admis instantanément qu’il taille 1 bavette avec des extra-terrestres !

& puis ils ont disparus dans leur brouillard

j’ai eu l’impression de me réveiller… j’avais peut-être rêvé tout ça ?


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Publié dans : Le Livre de l'Obscur

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Publié dans : Bruits de l'Univers

celui qui vous dirait qu’il a connu –voire « bien connu »- John Smith serait 1 menteur ! nous montrons à chacun 1 facette de nous-mêmes & l’ensemble du puzzle reste inconnu à tous… & probablement à nous-mêmes !

John Smith ne montrait rien : voir c’est recevoir le reflet de ce qui est projeté… à sa façon John Smith ne renvoyait rien

lui adresser la parole était 1 gageure : il ne fallait pas être face à lui ni croiser son regard… de la fenêtre de mon bureau qui donnait sur la rue combien en ai-je vu lui adresser la parole & rester plantés là hébétés en se demandant ce qu’ils avaient dit & à qui ?

il vivait si renfermé en lui-même qu’il absorbait tout : lumière, paroles, pensées… & que rien n’échappait à cette force d’attraction dont il était apparemment inconscient

ce qui l’entourait semblait irrésistiblement attiré par lui & s’y dissoudre pour ne jamais reparaître

de ce que j’en voyais je ne crois pas qu’il ai répondu 1 seule fois… je me demande même s’il avait entendu ?

John Smith était le nom que je lui donnais quand je pensais à lui… & je crois que beaucoup firent comme moi… parce qu’on n’a jamais su qui il était ?… comment il se nommait ?

quand est-il apparu ? même la mémoire a effacé cela… je suis incapable de dire s’il a toujours été là ?... ou même s’il n’a jamais été là ?

 

en 1971 je vivotais... faisant publier dans le journal local de petits textes… tantôt billets d’humeur tantôt courtes nouvelles… j’habitais la maison que mes parents m’avaient léguée… mes besoins étaient réduits… mes légumes venaient de mon jardin que j’entretenais quotidiennement… mon seul luxe c’était -c'est encore aujourd'hui- mon tabac : dès le début d’après-midi où j’allume ma première pipe jusqu’au soir où je me couche je bourre pipe sur pipe en les alternant pour les laisser refroidir

avec cette vie bien modeste je gérais mon temps comme bon me semblait

 

c’est ainsi qu’un jour –vers seize heures- je suis sorti avec l’idée bizarre de suivre John Smith

remarquez : ça n’est pas plus bizarre que de voir 1 fois de plus 1 automobiliste manquer de renverser John Smith traversant la chaussée sans conscience du danger & de voir ensuite le chauffeur se gratter la tête en se demandant pourquoi il a stoppé au milieu de la rue !

j’ai vite décroché ma vieille veste près de la porte & suis sorti pour le rejoindre

je laisse toujours 1 pipe & 1 paquet de tabac dans 1 poche… alors en marchant je me suis préparé 1 pipe… je l’ai bien calée entre mes dents & j’ai accéléré le pas… car autre chose caractérisait John Smith… c’était son allure : il semblait déambuler comme 1 promeneur oisif & pourtant j’ai été obligé de ranger ma pipe pour mieux respirer à cause de la cadence que cette filature m’imposait !

il est sorti de la ville par l’unique route

il faut dire que la rue principale qui traverse de part en part notre cité ne fait pas 1 kilomètre de long !... la plupart de mes concitoyens habitent dans leurs fermes… ils ne viennent pas en ville tous les jours… ils descendent au ravitaillement avec leur pick-up …  on ne se rassemble tous que lors des fêtes annuelles… parfois je me dis même qu’1 « étranger » qui s’arrête chez nous ne peut être que quelqu’1 qui s’est égaré !

John Smith était toujours à pied… au bout de trente minutes nous étions en pleine campagne vraiment à l’écart de tout… je n’entendais même plus les tracteurs dans les champs… il a grimpé sur 1 colline & là il s’est assis en tailleur & il n’a plus bougé

pas 1 fois il ne s’était retourné

je me suis arrêté à deux mètres derrière lui… il devait forcément m’entendre ! j’avais le souffle court : la pipe & le manque d’exercice ne me faisaient pas du bien ! pourtant il est resté immobile… avait-il les yeux ouverts ? contemplait-il les bois & les champs qui couvraient le paysage à perte de vue ?

je me suis assis également : mais pas assez souple pour m’asseoir en tailleur j’ai choisi 1 bonne grosse pierre comme siège… au bout de dix minutes je n’en pouvais plus de sentir les arêtes me couper la circulation sanguine dans les fesses habituées au douillet coussin de mon fauteuil de bureau & je me suis redressé

il ne bougeait toujours pas… j’ai ressorti ma pipe & je l’ai rallumée

la brise l’a enveloppé 1 instant de ma fumée mais il n’a pas réagi… je n’en fus pas surpris

je savais déjà qu’il était insensible à ce qui l’environnait… c’était l’environnement qui réagissait à sa présence : pas le contraire

on pouvait savoir qu’il était là rien qu’en observant autour de lui les oiseaux devenir silencieux & battre des ailes pour s’éloigner

j’ai marché 1 peu pour me dégourdir les jambes mais sans passer devant lui

le soleil s’est couché… je ne m’étais pas rendu compte que plusieurs heures avaient passé

 

les étoiles ont commencé à briller

John Smith a levé la tête.. c’était son premier mouvement depuis qu’il était là

& il s’est à nouveau figé


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Publié dans : Vertiges

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Publié dans : Vertiges

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Publié dans : Bruits de l'Univers

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Publié dans : Bruits de l'Univers

la Nuit

 

quand le Temps est suspendu

quand le monde assoupi

règle ses comptes avec son inconscient

certains veillent

 

les comptes sont plus longs à faire

ils ne dorment pas

ils guettent

 

la bouche brûlée par le tabac

les yeux fixés sur l'Immobile

 

la Réalité transpire

& l'Univers brasse toujours ses échos immémoriaux


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Publié dans : Paysages

presque chaque soir ils allaient saluer la mer cavalière

la houle où croulent & roulent & coulent les espoirs du jour

les oiseaux pêcheurs les horizons lointains

rêves d’aventures au futur ignoré

un temps de conjugaison qui n’existe que dans les songes

 

la nuit arrivait par la ligne d’horizon

comme 1 navire au ventre gonflé de lourds secrets

comme 1 vapeur obscure

comme 1 pur souvenir

 

au loin au-delà de ce rideau

le calme puissant du géant océan

les faisait embarquer sur 1 caravelle

pour aller découvrir des îles et des jungles

aux noms exotiques comme des oiseaux de paradis

la nature primitive l’originel éden

 

dans l’embrun soulevés

ils s’abandonnaient au vertige

jusqu’au point invisible qu’on appelle le point de fuite

 

la mer ne dort jamais

& pourtant à cette heure béate

elle semblait si apaisée

que sa sérénité s’étendait toute aux êtres vivants aux pierres & au ciel

à la croupe des dunes au buisson du bois au ventre de la lande

aux cuisses des ruisseaux aux chevilles des maisons aux pieds des rochers

à l’absence des vierges au cri des nouveaux nés au sanglot des soldats

au galop des chevaux aux larmes des crocodiles à l’envol des cygnes

aux grappes d’or et de miel attendant la vendange pour pleurer l’élixir

aux blés en touffes de blondeur à la mélopée des marins vendangeurs

 

& la nuit se fondait dans l’azur éphémère

& la Lune éthérée vague et solitaire

éclairait leur tendresse & leurs âmes confondues


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Publié dans : Incertitudes
réimpression du n°17 du Bulletin des Sciences et des Technologies :
TOUT SUR L'INVASION DES ESCARGOTS DE L'ESPACE !

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Publié dans : Incertitudes
Sheernin : si tu nous regardes...


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Publié dans : Désirs

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Publié dans : Nocturnes

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Publié dans : Incertitudes
vous saurez TOUT si vous lisez :

CECI

& vous ne pourrez plus dire : "je ne savais pas !"

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