la Nuit
quand le Temps est suspendu
quand le monde assoupi
règle ses comptes avec son inconscient
certains veillent
les comptes sont plus longs à faire
ils ne dorment pas
ils guettent
la bouche brûlée par le tabac
les yeux fixés sur l'Immobile
la Réalité transpire
& l'Univers brasse toujours ses échos immémoriaux
presque chaque soir ils allaient saluer la mer cavalière
la houle où croulent & roulent & coulent les espoirs du jour
les oiseaux pêcheurs les horizons lointains
rêves d’aventures au futur ignoré
un temps de conjugaison qui n’existe que dans les songes
la nuit arrivait par la ligne d’horizon
comme 1 navire au ventre gonflé de lourds secrets
comme 1 vapeur obscure
comme 1 pur souvenir
au loin au-delà de ce rideau
le calme puissant du géant océan
les faisait embarquer sur 1 caravelle
pour aller découvrir des îles et des jungles
aux noms exotiques comme des oiseaux de paradis
la nature primitive l’originel éden
dans l’embrun soulevés
ils s’abandonnaient au vertige
jusqu’au point invisible qu’on appelle le point de fuite
la mer ne dort jamais
& pourtant à cette heure béate
elle semblait si apaisée
que sa sérénité s’étendait toute aux êtres vivants aux pierres & au ciel
à la croupe des dunes au buisson du bois au ventre de la lande
aux cuisses des ruisseaux aux chevilles des maisons aux pieds des rochers
à l’absence des vierges au cri des nouveaux nés au sanglot des soldats
au galop des chevaux aux larmes des crocodiles à l’envol des cygnes
aux grappes d’or et de miel attendant la vendange pour pleurer l’élixir
aux blés en touffes de blondeur à la mélopée des marins vendangeurs
& la nuit se fondait dans l’azur éphémère
& la Lune éthérée vague et solitaire
éclairait leur tendresse & leurs âmes confondues
sur 1 Tumulus d’Abus
l’Artiste Pathétique lance aux Soleils d’1 Instemps
ses volutes arborescentes
altérations merdiques tragiques métaphysiques
du Bonhomme spéculatif…
le Non-Être se réjouit de sa Non-Existence
1 Obscénité est lâchée : l’Écho n’en veut pas…
elle disparait dans l’insondable gouffre de la chrétienne charité
cache sexe du Saigneur perdu dans ses vignes
linceul absorbé dans l’émerveillement d’1 monde décrépit
où se fondent les ombres
où l’aspect cul-à-tifs l’emporte sur l’aspect merde-aux-zoïdes
lorsque l’on dispose d’1 tel potentiel de Tourbillon
la Mort s’effa
d’elle-mê
fétide putride nauséabonde atomisée
l’Ogre a faim : il part à la recherche d’1 Proie facile
ses Grandes Couilles laissent 1 double Sillon sur le trottoir bitumeux
d’1 Ville maintenant désertée par les Enfants
sinistres Reliques des mauvais jours d’avant avant
perdu dans des rêves érotiques & constipétoires
je ne me lasse pas de la statue de marbre froid
qui me tend 1 index accusateur
mais je n’ai pas à me justifier aux yeux aveugles d’1 statue
polie & immémoriale glacée comme le Temps arrêté
Pennis est ma statue préférée : Pennis est la bonne anglaise
je la saute tous les lundi : c’est la semaine anglaise
c’est ma préférée
c’est d’ailleurs la seule que j’ai
la seule qui me reste
on m’a enlevé les autres
quelquefois dans mon sommeil
je rêve que j’en trace les contours du bout de mes doigts
& elle dodeline de la tête
quand elle éternue c’est qu’elle a atteint l’orgasme
j’aime bien Pennis : elle sait rester à sa place
ça n’est pas rien pour 1 statue
Pennis c’est le Beau plus ressemblant
1 nuit que j’étais ivre & curieux de cette déesse goguenarde
je l’ai renversée sur le divan
Pennis est 1 statue de marbre froid
froide comme le Temps qui fuit
sournois voleur & rapace
dans la Nuit qui est là
qui conserve les poses
qui conserve les pauses
je me retiens encore
l’Anomalie Est
dans la Nature
elle Est la Nature
la Nature de la Nature
des choses & des sons
des roses & des sens
l’Esprit enfin révélé à Lui-même écope les dernières gouttes d’1 jus figé
les Parfums capiteux se bousculent au Portillon des éprouvettes à Beauté
& le Monde devient s’1 sensibilité exquise
l’aberration succédanée devient floue
l’éternel relatif devient suppliant
l’Équivoque est la cataractéristique majeure
de cette Quête intrigante qui déconcerte
l’électromagnétisme se propage
je me retiens encore
l’Illusion généralisée se découvre
devant les cortèges officiels & dans le réchauffé des plats nets
dans le Néant l’Être se réfléchit
miroir à quiproquo coco
le métro ouvre sa gueule d’où émerge la rue
la rue meurt
le dIEU tousse : on l’envoie chier
il y va
trainant tristement derrière lUI sON pot
lié par 1 pelucheuse ficelle à sON maigre poignet
il a perdu ses Textes
Sinaï rien y comprendre
dans le Ciel passent des avions & la Foule applaudit
le spectacle avait commencé en avance mais moi j’étais en retard
je me retiens encore
passe-moi le Ciel !
des enfants jouaient à la marelle
1 noyé de fraiche date flottait paresseusement à la surface du canal
les gens massés sur les gradins regardaient le torero éventré
les anges tripotaient le bout de leurs ailes : ils se plumaient pour la soupe
le parler du Quotidien se promenait dans des lieux communs
1 jour fait-il 1 différence quand le gladiateur sur sa croix agonise ?
les Rochers qui nous semblent éternels
sont entamés par les siècles passés
je me retiens encore
1 jeune femme quitta le lit de son amant
cédant à sa diarrhée les clés de son existentialisme
à l’orchestre on jouait Mozart
au paradis on jouait Bach
j’observais impassiblement
les arbres dans le vent
les douze chiens errants
le martèlement du Temps
aux Puces les opus !
mes sens renouent rapidement avec l’ennui & la léthargie
le sommeil sans rêve approche
je me retiens encore
à la surface des jours des heures de chaque instant
sur les écailles de Toute Chose
tombentombent les Masques
cortège funèbre de sensations usées & de ressouvenirs & d’habitudes & de manies
tournetourne le Monde qui se donne 1 mal de chien
les flots paresseux d’1 Temps désarticulé conduisent la Vie
jusqu’au terme incertain
le Miroir incandescent de la Réalité obtuse & obstinée
ne vaincra son reflet que par l’esprit de Ruse
le Cosmos dans sa soulographie se balade dans la Nuit
nous sommes Là ! il n’y a pas Rien !
mais je me retiens encore
chers auditeurs je suis en direct du Palais Présidentiel où notre Président-Monarque vient de reprendre ses fonctions après 1 journée où il a souhaité s’éloigner des caméras & des micros – estimant (& avec quel à-propos !) que dix heures par jour de présence médiatique risquait à la longue de saturer l’auditoire & de brouiller son message…
nous voulons d’ailleurs – en notre nom à tous – le rassurer : non Cher Président ! nous en voulons encore !
revenons au direct pour vous informer des dernières décisions de Moi-Moi-Moi-1er-&-Ma-Femme-&-Mon-Fils :
1. nous venons de changer de 1er ministre : en effet le précédent pour aussi insignifiant qu’il fut a crû pouvoir s’exprimer hier à la radio pour exprimer sa joie de travailler pour 1 Président aussi éclairé… il a parlé sans autorisation : toute initiative personnelle est 1 faute personnelle… donc suivie d’1 sanction personnelle
2. finalement c’est tout le gouvernement qui va être remanié : eh oui ! en nous annonçant le changement de 1er ministre notre Bien Aimé-Président s’est aperçu qu’en fait les autres ne lui revenaient pas non plus
3. 1 fois que le gouvernement sera en place notre Si Cher Président nommera les parlementaires : il nous a en effet expliqué hors micro que c’était plus simple & plus rapide… il faut être modernes & réactifs : pourquoi perdre du temps en campagnes électorales brouillonnes & incompréhensibles pour de toute façon finir avec 1 parlement aux ordres ?... il a donc révisé la Constitution la nuit dernière pendant sa partie de scrabble avec le gratin du showbizz… la prochaine étape pourrait être de supprimer le parlement qui ne sert pas à grand-chose finalement… « c’est ce que veulent les Français… ils m’ont élu pour ça… je tiens toutes mes promesses… même celles que je leur ai cachées… »
le gouvernement se met aussitôt au travail : je vous livre l’information comme je la vois se dérouler sous mes yeux…
le ministre de la Confiture passe la parole à la secrétaire d’état aux Citations De Jaurès Pour Faire Chier La Gauche
qui reprend de la tête & la renvoie dans les pieds du ministre du Tapis qui se prend les pieds dedans
le sous-secrétaire d’état à l’Economie de Moyens improvise 1 quadrille pour tenter de dribbler la Ministre du Saucisson & du Nutella… mais 1 quadrille à deux ça n’existe pas !... attendez ! si ! notre Président Roleix vient de publier 1 décret rétroactif instituant le quadrille à deux : madame Touvamoinpire entame donc 1 tour de piste avec monsieur Touvabien… c’est fantastique : ils vont si bien ensemble…
le temps de passer à 1 valse puis à 1 paso doble notre noble Sire Président dévoile 1 sein de sa femme en disant : « hein qu’elle a de beaux nichons ma femme hein ? »
& il sourit en se tournant vers son Ministre des Coaches du Périnée Présidentiel pour lui donner 1 petite tape sur les fesses
1 opposition de fort mauvais goût crie : « ouh ! ouh ! » mais la Police de la Pensée Unique & Présidentielle intervient pour évacuer ces sinistres mauvais plaisants qui ne respectent pas l’Élu des Dieux du CAC 40
oh mais que vois-je ?... le ministre du Jogging & des Yachts d’Amis a l’air de s’être foulé 1 orteil ?... nous attendons confirmation… oui c’est bien cela !... 1 cellule psychologique vient donc prendre en charge les militants du Parti Présidentiel Donc Unique… le Haut-Commissaire aux Flippers siffle la mi-temps… je rends l’antenne aux studios pour 1 page de publicité
visage au savon & à l’eau froide
paraît que l’avenir appartient à ceux qui s’lavent tôt…
cuisine
café
radio
rrrrôôââârrr
tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… comme la moto qui sillonne les rues… la chasse semble ouverte… tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… pourtant la nuit on est toujours seul...je l’aime & je la déteste à la fois
comme d’habitude les nouvelles sont nulles
derniers échos de l'espace