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Vendredi 9 mai 2008
publié dans : PROSES

c’est dimanche… ce pourrait être samedi ou lundi… je travaille chez moi à mes bouquins le jour ou la nuit… le jour & la nuit… ça dépend… seules les heures comptent… jusqu’à la dernière… voilà qui rend libre

j’ai le temps d’écrire presque 1 livre par an… ma baraque est payée… je vis bien mais pas de quoi rouler en Porsche… si l’argent est un étalon je ne suis pas riche… mais si l’on considère comme plus importante la liberté d’esprit… le fait de n’avoir de compte à rendre qu’à 1 strict minimum de personnes – autant que la vie en société le permet - & moi je n’en connais qu’1 : mon percepteur… alors je me crois bien loti : pas de boulot à heures fixes 6 jours par semaine… pas de patron me jugeant sur mes résultats par rapports à des objectifs que je n’ai pas choisis… pas marié… pas de gamelle à remplir pour 1 animal domestique… en quelque sorte 1 vie d’irresponsable lucide & déterminé à préserver cette petite paix égoïste… penser aux autres en restant individualiste… & profiter du luxe suprême : avoir du temps… du temps pour ne pas avoir à se dire en se levant le matin : quelle est la liste des corvées aujourd’hui ?… du temps pour se balader… flâner… s’asseoir à 1 terrasse de café pour siroter une boisson… & avoir le sentiment d’être son propre maître… pas besoin d’accumuler des stock-options au détriment des smicards… le vrai luxe n’est pas là… le vrai luxe c’est le temps que l’on peut s’accorder à soi-même & entre gens de bonne volonté

c’est comme ça que j’ai trouvé 1 équilibre relatif… c’est pas l’bonheur… ça fait pas d’vagues… des fois je m’demande quand même si ça peut suffire à faire 1 vie ? que resterait-il pour prouver que j’ai existé si je disparaissais aujourd’hui ?… des souvenirs dans la mémoire de quelques proches & quoi d’autre ?… mes livres puisque quelques 1 ont paru mais sans me rendre très connu… alors ? je me demande aussi si beaucoup de gens se posent cette question ? la vie quotidienne les grignote & quand elle les a bouffés… digérés… ça ne change rien… pas plus que quand ils avaient vécu… c’est pas bien brillant… tout ça passe bien trop vite… tant de vies uniques qui deviennent rapidement des vies sans importance puis des morts sans importance… tout ça mérite mieux…

mon petit vélo fait tranquillement ses ronds dans ma tête…

mais on peut considérer autrement la chose : comme 1 suite d’entremêlages de cuisses où je représente la part masculine… & quoi d’autre ? le soir je retrouve mes vieux maîtres… ironiques… sceptiques… poétiques… tels qu’en eux-mêmes pour l’éternité… alors là je laisse mes oripeaux de cinquantenaire en jean & je mets 1 vieux pantalon de velours 1 vieux gilet de laine sur mon polo & avec 1 pipe à la bouche je bricole sur mon clavier de plastique

1 pot de café sur le bord du bureau

il y a maintenant très longtemps 1 copine qui m’avait croisé dans la rue m’avait confié que je donnais l’impression d’avoir 1 double vie : d’être là sans y être… côté lumière côté ombre… tout ça vient du regard


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Dimanche 4 mai 2008
publié dans : VISIONS
VOUS QUI ENTREZ, LAISSEZ TOUTE ESPÉRANCE.



Plaintes, soupirs et clameurs et hauts cris
Résonnaient là, parmi l'air sans étoiles



Langues de toutes races et paroles horribles,
Mots de douleur et accents de colère



Ce sont plaintes et cris et lamentations



Et nul espoir jamais ne les conforte

 

Le sable prenait feu pour doubler la souffrance



(Dante, La Comédie, chants 1 à 14)

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Samedi 3 mai 2008
publié dans : PROSES

J. Bronsbody est le double des jours maussades

non qu'il soit maussade lui-même... non...  mais il a eu la malchance de naître 1 sale jour d'automne où tout semblait... était gris... sans teinte... c'était 1 jour chassieux... brouillasseux... bruineux... aucun rapport avec les automnes saisons dorées etc.

en automne... les arbres sont dépouillés... les feuilles mortes gisent en tas & pourrissent ainsi... il erre dans 1 univers de gris... pas de chance pour J. Bronsbody... c'est toujours dans la rue que l'on peut le rencontrer... parce qu’il ne parait que dehors & certains jours... que les autres jours il reste au chaud... invisible... ignorant le monde... la seconde raison... c'est que si 1 jour vous le croisez... hé bien vous ne pourrez pas vous tromper... vous n'aurez pas à hésiter... parce que lorsqu'il sort il est seul... l'âme est morte... le cœur est mort... seul en dedans & seul dans les rues à déambuler sous 1 urine froide... ce jour là vous serez 2... ou alors vous serez bien seul... je ne vous le souhaite pas... dans ces jours là les quais de gare sont désolés... & pourtant... 1 quai de gare de banlieue c'est déjà pas grand-chose... mais quand c'est désolé c'est plus que tout... c'est moins que tout... c'est plus que l'ennui... c'est 1000 ans de solitude qui vous ravagent l'âme & le cœur en 1 revers de vent humide & froid... 1 vent empoisonné qui vous laisse frissonnant sur 1 banc mouillé... en face de panneaux publicitaires décolorés aux sourires pas enjôleurs du tout... laborieux & usés à être là sous la pluie... le vent... & les regards indifférents... alors dans ces jours là... 1 gare... ça n'est rien du tout... ça n'est qu'1 lieu de passage où personne ne passe... on s'y rend pour rencontrer quelqu'1... 1 regard... 1 lueur de compréhension... on s'y rend avec 1 détermination obtuse... aveugle... il faut bien tenter d'aller quelque part... non ? & finalement on ne va nulle part... dans ces jours là les 3 pendules accrochées aux 3 poteaux des 3 quais de l'unique gare présentent 1 ballet mystérieux... les 3 grandes aiguilles des petites secondes miment la chanson silencieuse... en bas c'est la demie... ensuite... moins le quart de la minute à venir qui vient qui vient... ça y est... les 3 sœurs entament 1 nouvelle tranche du grand gâteau sans rien prophétiser... la tarte à la crème de tous les siècles... il n'y a plus que le Temps... plus rien... rien... sauf 1 J. Bronsbody qui se consume cyniquement... non... peut-être pas... avec 1 froide détresse qui ronge qui ronge

1 quai de gare 1 fin d'après-midi 1 dimanche de banlieue : le Vide

il n'attend pas vraiment 1 train... il est là parce que pour quelqu'1 qui n'est plus qu'1 enveloppe sans rien dedans... 1 gare impersonnelle sous 1 ciel sans teinte dans 1 ville sans nom c'est ce qui vient à l'esprit... c'est tellement symbolique 1 gare... 1 express déchire la somnolence humide avec 1 brutalité exceptionnelle... & s'évanouit aussi vite... lorsqu'on est seul sur le quai... secoué par le vent qui ignore qu'il vous fait mal... que le seul train qui soit passé ne s'est pas arrêté... qu'aucune rumeur ne laisse deviner 1 quelconque Ailleurs... alors la petite gare semble être le monde entier... las de sa grise médiocrité

il est pelotonné dans sa chaude veste... le col relevé... le buste penché sur ses genoux serrés... attendant 1 miracle... il n'y a pas de miracle... il y a le bruit de la pluie sur les quais goudronnés... il y a les rails luisants... les paquets vides de cigarettes... les tickets utilisés... tout ça & du reste entre les cailloux... mais pas de miracle

J. Bronsbody est le compagnon solitaire... l'homme de la solitude malheureuse... celui qui va parmi ses souvenirs... l'homme des jours où les souvenirs font mal...  J. Bronsbody n'est pas 1 raté... pas non plus 1 type qui a réussi... 1 type sans importance qui vit sa vie intermittente avec lucidité... humant l'air du Temps... donnant aux choses des noms qu'elles n'ont plus... aux rues des architectures qu'elles n'ont plus

J. Bronsbody... c'est le type qui déambule

parce que le grand fleuve n'a jamais remonté son cours habituel des choses J. Bronsbody n'est jamais revenu en arrière : il s'est installé

J. Bronsbody alluma 1 long cigarillo qu'il tenait à la bouche depuis 1 moment déjà... & descendit l'escalier pour arriver au dehors... 47 secondes & 8 dixièmes plus tard il accomplissait le premier pas sur le trottoir goudronné : 1 p'tit pas pour l'homme... mais 1 grand saut pour l'humanité... déclara-t-il en substance à la cantonade... mais la cantonade était réduite... seuls 2 militaires saouls occupaient la scène de la rue... & ne se préoccupaient pas du tout de J. Bronsbody... ce dernier fit 1 second pas... puis 1 troisième... 1 quatrième... & sur sa lancée alla jusqu'à l'urinoir de l'autre côté de la chaussée car ses toilettes étaient bouchées... se trouver face à face avec sa propre merde qui flotte dans la cuvette menaçant de déborder n'est pas plaisant... aussi J. Bronsbody décida-t-il de ne pas remonter immédiatement chez lui... il suivit la rue jusqu'au premier carrefour & la laissa continuer seule... tourna à droite... ensuite à gauche... encore à gauche... à droite à nouveau... tout droit enfin

arriva en 1 basse plaine... au pied d'1 montagne

ne prit pas de ticket... se plaça directement sur le quai & attendit qu'1 train survienne & s'arrête... restait debout... se moquant au fond de savoir si 1 train arriverait ou non... n'ayant qu'1 envie : se fondre au quai... à la gare... à la ville... & ne plus exister... indifférent au vent & à la pluie froide... le train survint sans siffler gare... il monta dedans... il attendait que quelque chose se produise... 1 secousse... le train s'ébranla & laissa 1 goutte d'huile en quittant la gare... il ne savait pas où il descendrait... peu importait... il descendit à la première gare & se retrouva dans 1 ville de son passé... là également les rues étaient désertes... toujours quelques minutes gagnées sur cette journée... il marcha beaucoup


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Vendredi 2 mai 2008
publié dans : VISIONS

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Dimanche 6 avril 2008
publié dans : PROSES

je regarde les vivants & je sens que je m’éloigne... je me retire... mes yeux ne fixent plus rien... ils sont en dedans... ils sont déjà partis en éclaireurs... pour éclairer quoi ? où ? les choses & les êtres ne les retiennent plus… qui a dit que les yeux sont le reflet de l’âme ? en ce cas je me regarde dans la glace & je sens qu’il est bien tard... un long voyage a commencé... L'homme que j'étais, je ne le suis plus... j'ai oublié qui a déjà écrit cette phrase... peut-être est-ce moi ?... j'en suis probablement à mes dernières heures & je suis incapable de faire un bilan de ma vie... est-ce normal ? je ne sais pas... j'ai le cœur serré je voudrais pleurer... ça me ferait du bien mais je n'y arrive pas… j'ai aimé la vie ça oui... j’ai même essayé d’aimer quelque chose qui aurait été au-dessus de nous... qu'en reste-t-il ? y ai-je réellement cru ? j'en aurai bien eu besoin... je suis usé… trop d'énergie dépensée... peut-être pas toujours comme il eut fallu... non... sûrement pas... toujours à fuir... mes responsabilités ma famille mes amis... ma vie en somme... les voyages ne forment pas la jeunesse : ils la dispersent... on se donne des excuses c'est tout… quand ai-je été moi-même ?... je ne vois que 2 moments : quand j'écrivais & quand je dormais... j'ai perdu le sommeil & je suis désormais incapable d'écrire... quel effort devrai-je parvenir à produire pour retourner en moi-même & me remettre à mon bureau ? un effort de titan enchaîné... d'ange blessé dans sa chute... mon esprit est devenu si lent... je suis trop lent & sans humour... ce que je peux m'emmerder moi-même... vieux con... juste bon à radoter là dans mes odeurs... assis sur la cuvette des chiottes... les chiottes : le dernier refuge de l'homme postindustriel... le seul endroit où il a le droit de n'être pas dérangé sauf par ses intestins... pas de téléphone pas de secrétaire ennuyée ou de responsable dirigiste… pas de politique pas de conflit pas de môme ou de conjoint(e)... là aussi on est soi-même... on n'est même que soi : c'est ça qui est universel... le penseur de Rodin... le Bouddha assis... Léopold Bloom... la Joconde : tous sur leurs chiottes… qui réalise ce que serait notre vie sans p-q. ? la différence entre le singe & nous c'est le p-q…


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Dimanche 6 avril 2008
publié dans : PROSES

le soleil d’hiver disparaissait derrière les arbres du jardin dans le déchirement crépusculaire… la nuit pas encore là se faisait désirer... question de minutes… ses plis de satin se dessinaient peu à peu en flots sombres sur la ville perdue dans une brume fluorescente tchernobylienne voilant le jour violet... anamorphose caïmaïeutique d’un ciel fondant comme une glace myrtille cassis pistache vanille dégoulinant sur le bitume cloqué

les gens devaient rentrer chez eux tête dans les épaules les pieds devant... vent du soir... prout de nuit…

peut-être sur des bancs des amoureux langues mêlées mains dans les cheveux jus dans les slips... en manque de chambre d’hôtel... tandis que des voitures arrêtées aux feux rouges romromaient leur diesel ? ouvrant leurs phares grandsyeux & pinceaudant la chaussée tricolorisée ?

peut-être une nouvelle guerre allait-elle se déclarer pendant que l’acier remontait à Wall Street ?

peut-être un enfant ouvrait-il l’Odyssée pour la première fois & ne lâcherait plus le livre avant la fin de la nuit caché sous sa couette avec une lampe de poche ?

peut-être un marin coulait-il lentement dans l’océan, renonçant à crier ? acceptant que l’eau salée emplisse ses poumons, s’apaisant dans la mort ?

peut-être Falstaff jouait-il petite musique de muid pour se consoler de son roi qui l’avait abandonné ?

peut-être un enfant de Bosnie de Tchétchénie, du Kosovo du Congo ou d’ailleurs cherchait-il ses parents parmi des cadavres ?

peut-être un philosophe en son jardin regardait-il pousser l’gazon ?

peut-être un cosmonaute russe & une astronaute huessienne s’envoyaient-ils en l’air en abaisanteur ?

peut-être un p’tit malin mettait-il au point la technologie d’après-demain pour c’qu’on en a à foutre au lieu de se taper une bière ou une blonde comme quelqu’un de normal & de foutre la paix au monde au lieu de se prendre pour un prophète ?

peut-être un vieux ou une vieille solitaire clam’çait dans son lit dans une vieille odeur de pet rance, oublié de ses enfants ?

peut-être un aventurier arrivait-il à pied par la Chine en prenant un canard sous le pont ?

peut-être en Algérie un chanteur survivant continuait-il la bataille du Raï ?

moi, dans mon intérieur j’entendais le feu ronfler dans la cheminée... le bois qui craquait... des pétarades de motos... des sifflements d’avions... le spiqueur à la radio... des oiseaux sur le toit... des fourmis dans le jardin... & l’araignée tissant sa toile dans un angle du plafond… à la dérive rien ne se mélangeait... tout se superposait... & je peinais à rendre cela dans le texte... les choses sont tellement plus que ce qu’elles paraissent... on fait la langue en parlant... en écrivant... pour ne pas laisser mourir les mots... tant qu’ainsi on résiste la langue évite l’acacadémisme… des vagues brûlantes me rougissaient le front… le clavier de plastique commençait à fondre... les mots dégouttelaient de l’écran... mon corps prenait feu & les flammes s’échappant par les fenêtres embrasaient le jardin dans la rumeur de la ville

alors créature de feu je sortis... courant & hurlant l’âme arrachée... destination la fin du monde...


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Dimanche 6 avril 2008
publié dans : PROSES

que se passe-t-il si l'on prend la 1ère phrase d' "Ulysse" de Joyce & la dernière phrase du "Voyage au bout de la nuit" de Céline ?

Majestueux & dodu, Buck Mulligan parut en haut des marches, porteur d’un bol mousseux sur lequel reposaient en croix rasoir & glace à main...

Il s’était si tard levé que sa rutababarbe serait difficile à raser, & l’eau ne serait sans doute pas assez chaude… c’était chaque fois pareil en maintes ivresses quand il se soûlait de vin de messe & de maintes vesses !… il émergeait vers trois ou quatre heures de l’après-midi… des aigreurs à l’estomac & la langue chargée & le pénis pendant violacé juste bon à pisser un jus marron trop chargé en sucres... une voix murmurait à son O’Reille la Fine gagne, la Fine gagne... sa silhouette de dinde de Noël se dindynant au rythme des rumourds du fleuve oscillait sur le pont de la péniche alanguie contre la berge, vieux bateau flottant comme peau de saucisson sur l’eau verdâtre... pourtant il gardait la tête haute, & les trois mentons en avant n’enlevaient rien à la noblesse qui transparaissait encore dans son profil à la Oscar Wilde... les immeubles jaillissant si haut vers les nuées semblaient rejetés en arrière... haut-le-corps pour éviter de sentir les effluves mulliganiesques... trois crânes rasés allumèrent leurs clopes à la flamme d’une allumette unique... les visages grimaçants rougeoyaient... regards agités, dents jaunes... les tenues mi-litaires mi-locdu sentaient la crasse & la haine... N clairement tatoué sur leurs nuques... on pouvait le lire comme tête de Nœud, mais ils n’y avaient pas pensé... la liberté, c’est le désir éclairé... sa bougie à lui ne s’allumait plus souvent... Buck Mulligan, dindynausaurus gaëlicus... il se pencha vers la flotte, convaincu que s’il y avait un truc pas buvable c’était bien ça... il inspira à plein poumon son petit déjeuner : un large bol d’air à l’odeur de chou ranci, emplissant ses soufflets comme une cornemuse, puis élevant lentement les bras en croix, il expira avec force, émettant un grave & long son rond de son ponton ON ON ON ON ON… il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, & la ville entière, & le ciel & la campagne & nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.


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Dimanche 6 avril 2008
publié dans : PROSES
 

chiffons guenilles hardes loques fripes nippes oripeaux haillons enfants de la patrie le jour de croire est-il arrivé ?

fesses de Bloom sur la cuvette & le cul blanc de Molly sur la commode… le noirpetipoilu de Molly ouvert aux souvenirs… gracieuse Molly de mon étudiante vie… parfumée Molly… bloum bloum… tendre Molly… bloum bloum… les bras de Molly… le con de Molly… la langue de Molly… bloum bloum poudinnngue… ah Molly ! bloum bloum… dans mes bras & tu as dit Oui je veux viens oui oui Ô oui Ô oui Ô OUI… & quand la cloche a sonné tout est parti & c’était l’heure… tendres visions comme visions d’enfer ne naissent que de nuit le corps en repos & l’esprit en roupette libre… ma Molly aux tétons comme des édredons… au cul comme un oreiller qu’a dit O’Reilly… Paddy l’a pas dit mais moi je le savions… tu me l’avais dit que tu me voulais moi Dedalus… dit le Phallus… dit sac à puces… dit le mangeur de lotus… dit Claudius Humerus empereur à ses heures… dit bite à l’air… dit bras d’enfant… dit le mangeur de pucelle… dit l’écrasebouilleur de dragon… mais qu’est-ce qui prouve qu’on rêve ?

ne pas rater le coche veuillez cocher la bonne case encore un cochemare

l'engrenage se met en route... le mécanisme grince un peu, mais il faut se lever... cela seul suffit à lubrifier la journée qui s'annonce : un peu plus dingue que la précédente... un peu moins que la suivante…

un jour la roue s'arrêtera & nous serons en dessous, ratatinés... mais ce jour là, d'autres se lèveront... les épaules déjà voûtées le front déjà plissé... pour la pousser... sans même avoir le temps de se demander à quoi ressemblera la vie des enfants de leurs enfants ?


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : POÈMES

après avoir déambulé durant 1 éternité

c’est-à-dire moins d’1 instant

& plus que mille ans

dans les ténébreux passages souterrains

des profondeurs telluriennes

là où les spectres ne connaissent pas le Temps

puisqu’il n’y a pas de matière

il surgit parfois lorsqu’1 porte s’entrouvre

aux heures les plus profondes de la nuit

comme dans 1 plein jour

c’est le père d’Ulysse

c’est le père de Hamlet

c’est la longue cohorte de tous les pères

appelés par tous les fils

ils n’apparaissent que voilés

dans les surfaces miroirs

étangs

vitres

photographies

rêves

on attend qu’ils expliquent

mais ils ne disent rien

ils laissent les questions en suspens

le fils est devenu père

le père redevient fils

on devine seulement leur présence sans dimension

dans 1 vibration différente désynchronisée

ils ne renseignent ni sur la Vie

ni sur la Mort

ils ne rassurent pas

ils ne consolent pas

ils n’ont aucune tâche définie

sinon de provoquer les insomnies

ils sont comme le murmure de la fontaine

comme 1 chuchotement

comme le vent dans les branches

ils ne sont ni la Paix ni la Souffrance

ils ne sont ni le Remord ni le Regret

leur manque de chair les rend inutiles

 

 

& pourtant


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : PROSES

bientôt Noël… ça faisait des années qu’il n’avait pas neigé au mois de décembre… il ne dormait pas parce qu’il n’avait plus de cigarettes… des heures qu’il avait envie d’1 cigarette… il était énervé… à cause de ça… tellement de boulot qu’il n’avait pas trouvé le temps d’aller pisser… encore moins d’aller acheter des clopes… rien d’ouvert dans cette banlieue à cette heure… deux heures du matin & la bouche qui clapait comme celle d’1 poisson hors de l’eau… rien à fumer… les cendriers irrémédiablement vides… trop la manie de les nettoyer pour limiter les odeurs dégueulasses de tabac froid… donc même pas 1 mégot à rallumer… jamais il ne les remplissait… vieux garçon méticuleux… vieilles habitudes… vieille vie… moroses les idées à deux heures du matin quand on est en manque de clopes… tout de même pas aller sonner chez 1 voisin pour demander 1 clope non ?... risqué… très risqué… 1 pote à qui téléphoner pour ça ?... ben voyons !... l’impression d’être 1 boulimique avec 1 frigo vide… des placards vides… énervé de ne pouvoir fumer… énervé d’être aussi accroc… énervé de cet énervement… de cette indécision…  en rébellion contre lui-même… se planta devant la fenêtre : il commençait à y avoir 1 jolie couche de neige sur le sol… plus encore sur le rebord de fenêtre… tenté il ouvrit la fenêtre… instantanément il se sentit enveloppé d’1 manteau de froid… mais ça ne le dérangeait pas… son corps restait encore chaud malgré le simple tisheurt & le caleçon qui lui suffisaient dans l’appartement… les flocons descendaient mollement… 1 flocon se posa sur son nez & fondit immédiatement… il sortit la langue pour en capturer 1… rien du tout… il prit dans sa main 1 peu de neige… la referma… l’ouvrit… la minuscule boule de neige était là… scintillante dans l’obscurité étrange… il la regarda jusqu’à ce qu’elle eut totalement fondu… alors il referma la fenêtre… il avait froid maintenant… il s’essuya la main avec 1 serviette dans la salle de bain & partit dans la cuisine s’asseoir sur 1 chaise… le regard vide posé sur le poste de radio sur la table… il prit le poste… l’alluma puis l’éteignit aussitôt… le ralluma… l’éteignit… se leva pour ouvrir 1 porte de placard… 1 autre… sans rien chercher de spécial… gestes sans but… esprit absent… se rassit… la main chercha le paquet de cigarettes en glissant à plat sur la table… mouvement machinal vite interrompu… y’en n’a pas y’en n’a pas !... décida de retourner se pieuter… lit trop grand… donc froid… pas encore habitué à prendre toute la place… à se vautrer au milieu… en travers… il resta allongé au bord du matelas… son côté à lui… du côté de la porte… en fait parce que c’était le côté gauche du lit & que toute sa vie il avait toujours dormi du côté gauche du lit… déjà gamin… parce que le côté droit était contre le mur & qu’il n’aimait pas être collé contre la paroi froide… enfin… côté gauche parce qu’il dormait sur le ventre… ce serait le côté droit s’il se mettait sur le dos… mais s’il se mettait sur le dos il ronflait… elle supportait… elle ne le réveillait pas pour ça mais le matin elle lui disait… avec des cernes sous les yeux… sans le regarder… le nez dans son bol de café elle lui disait simplement qu’il avait encore ronflé cette nuit… pas vraiment 1 reproche… pire… ce qu’il fallait de mélange de détachement & de dédain pour qu’il se sentit coupable & réduit à moins que rien… il roula vers l’autre bord… aussi froid… l’oreiller… aucune odeur… elle avait tout emporté… même son odeur


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : POÈMES

la mer est 1 surface

qui me renvoie comme 1 miroir

elle ne veut pas de moi

comme je ne veux pas d’elle

l’océan profond m’appelle

je m’y glisserai lentement

comme dans 1 lit moelleux

& j’y sombrerai

comme dans le sommeil

coulant comme 1 plomb

vers l’adieu à l’ennui

comme 1 marin des débris & des épaves

qui gisent immobiles pour des siècles & des siècles

non comme ces marins le nez au vent

qui filent sur l’eau en traçant 1 sillon qui se ferme derrière eux

sur le fond je me coucherai mollement

les yeux ouverts là où la lumière ne parvient plus

sous ce lourd manteau de profondeurs abyssales

entre carcasses de galions & carcasses de baleines

là où tout finit en se ressemblant

là où renaît 1 vie microscopique qui se laisse porter vers la surface

& qui enflera & se métamorphosera au cours de cette ascension silencieuse

la vie

à la surface des choses

avec ses illusions

la vie qui se laisse aspirer vers le ciel

comme la mouche attirée par l’ampoule

& qui va se griller dessus

aussi haut que le ciel suis-je allé

aussi profond que l’océan vais-je couler

las des oripeaux du crotidien

mes os blanchiront au fond de la mer évaporée

pendant des milliers d’années

sous 1 soleil refroidi

parmi des milliards d’ossements également blanchis

imprimés dans la vase durcie

palimpseste d’1 monde où tout sera

à recommencer


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : POÈMES

« jamais deux fois dans le même fleuve »

remonter le courant jusqu'à la source

poser ses filets dans le flot

penser plus fort certains mots

retenir certains mots

laisser les autres s’écouler à travers le tamis

faire ses choix

 

toujours la même & jamais la même

la langue

que l’on tisse

 

toujours la même & jamais la même

la langue que l’on tisse

filet qui s’étend aux mailles qui s’étrécissent

sur les mots sont sautant dans le parler courant

 

toujours la même & jamais la même

la langue

la tentative de simplicité n'est pas celle de la simplification : il faut laisser aller les accidents de langage qui dévoilent aux yeux de tous l'intuition de quelques uns... il faut accepter le probable contre le banal... la mesure utilisée sera l'excitation du lecteur… se dépouiller du verbiage indigeste... non essentiel... de la ligne... de la page inutiles... c'est aussi se défaire moralement de toutes les sornettes du temps qui court : se poser dans le Temps... descendre en soi pour remonter plus haut...


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : PROSES

le bois commence à dix pas de la maison… la balade matinale commence tout de suite… un pull & une bonne vieille veste de velours suffisent… pas de vent... un brouillard épais qui ne laisse résonner que le bruit du ressac… la température est convenable… le bois traversé sous les arbres aux parfums réveillées & qui gouttegouttent en pitt pitt crépitant sur les feuilles inférieures, sur le sol jonché d’aiguilles de pin… la lande enveloppée d’une nuée blanchâtre… enfin la dune descendante permettant de débarquer sur la plage couverte d’un abondant tapis d’algues déchiré par endroits donnant de loin l’illusion de sombres gisants libérés par le flot après un drame au large si lointain… lui-même absent

la mer est presque plate... les vagues pressenties d’après le grondement sourd ne sont qu’un faible remous de l’eau sur le sable, le brouillard est comme un mur qui renvoie les sons amplifiés

l’odeur est maintenant celle des algues salées qui jonchent le rivage

tous les sens sont sollicités

on y voit à 30 mètres... maximum... les blockhaus se sont évanouis dans 1 gris cotonneux... un vent tiède de nord-ouest pousse les embruns vers la dune... des dizaines d’aiguillons humides me piquent le visage... ça n’est pas comme la pluie... des milliers de cailloux & de coquillages sont emmêlés dans des tonnes d’algues rouges qui jonchent la plage...

le ressac silencieux de la mer qui descend... je ne bouge plus... face à l’océan je me dis qu’il n’y a pas de limites (l’horizon n’étant qu’1 illusion)... j’aspire cet air salé... je m’en imprègne... je suis là... je ne bouge plus... face à l’océan


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : PROSES

attendre que le téléphone sonne… qu’il sonne !… qu’il sonne comme s’il allait apporter une idée neuve à la page blanche qui attend !

la page blanche qui attend comme une taverne ! une taverne avant l’ouverture ! quand les verres sont lavés les cendriers essuyés les bouteilles bien alignées !… & les entraîneuses qui arrivent pour se changer avant d’allumer les clients crédules !… la page blanche ouvre ses cuisses & attend le bon vouloir de celui qui va se coucher dessus !… la page blanche qui ressortira de l’histoire noircie comme le poivrot de la dernière heure… celle de la fermeture… la page blanche est une garce qui ne se donne pas si facilement !

 

écouter un vieux disque !… comme s’il allait apporter la solution à l’inertie créatrice ! il tournetourne sur la platine… & le mouvement centripète qui ramène la tête de lecture au centre de tout l’amène finalement vers la presque fin… ce silence en réalité plein de grattouillis… révélant qu’il y a encore quelque chose... quelque chose qu’il faut deviner !… après un génial Charlie Parker il y a autre chose !… des fantômes chuchotant ! des anciennes vies errantes, irrésolues !… allumez votre téléviseur en pleine nuit... à l’instant improbable – coincé entre deux secondes certaines - où vraiment TOUS les programmes sont achevés… comme en écho de leur murmure percevez des ombres qui se bousculent en vain pour vous rejoindre

 

répéter une fois encore le rituel du bourrage et de l’allumage de la pipe en attendant le mot qui déclenchera la logorrhée ! les mots ne s’envoleront pas comme la fumée ! ils pèseront lourds ! les mots sont infaillibles !

(seuls les hommes sont faillibles !)

 

démarrer sur un son ! sur un mot ! plutôt que sur une idée, un concept !… voilà sa façon !… refus de l’imagination ! refus de l’inspiration ! juste de l’oreille pour écouter les mots : pas là pour raconter des histoires ! y’a les romanciers pour ça !

 

faire ses gammes au clavier de cet ordinarrateur pour faire revenir les mots enfouis !…

(se mettre en travail !)

 

commencer les phrases sans majuscule & les laisser (non les achever) en suspens ! pas même un point ou trois points de suspension pour finir selon les formes admises ! la majuscule en début de phrase comme le point final est si bourgeoise ! si conventionnelle ! faut-il suivre une pseudo cadence ? une pseudo respiration ? laisser le lecteur respirer comme il souhaite ! laisser le découpage de la page impulser un rythme ! laissons la pensée suivre ses flux

dans un premier roman j’étais si satisfait de moi-même de jouer avec le point-virgule ! je voulais le réhabiliter ce point-virgule abandonné par les feignants à la facilité de la petite virgule qui scie chaque phrase comme on ferait des cure-dents d’une grosse bûche ! mais ce plaisir de la connaissance d’une convention si formelle m’est heureusement passé…

(utile mais dépassée !)

 

sur le gros son Hawkins, de note en note… grimper la montagne puis se laisser roulerboulercaboulerrouler sur l’autre versant en riant de joie !… jusqu’à la montagne suivante sur la trompette Eldridge…

 

(là-haut les neiges sont éternellement étincelantes, & chaque cristal qui les compose brille même en pleine nuit)

 

il faut revenir à la vie simple ! les sentiments y sont simples ! les manières y sont simples ! rien ne vient inutilement compliquer la vie de chaque jour comme des notions de rentabilité plus rentable que le rentable ! d’efficacité plus efficace que l’efficace ! de rapidité plus rapide que le rapide ! de blanc plus blanc que le blanc ! de record plus record que le record ! de prise de tête plus prise de tête que prise de tête

 

(chaque cristal est particulier & renferme pourtant en lui toute la neige)

 

à son rythme marcher !… sans s’essouffler à celui d’une mécanique ou d’une électronique !… à sa pensée laisser le temps de naviguer au hasard pour produire de l’inattendu ! de l’exceptionnel !… à la marche laisser le temps ! pour faire surgir les sensations & engendrer des mots ! des mots qui vont se dérouler en se jouant des obstacles !… & rentrer se calfeutrer pour couvrir la page de ces mots ancrés dans la mémoire !…


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Mardi 1 avril 2008
publié dans : LES UNIVERS PARALLÈLES

la terre si sèche laisse l’eau ruisseler... au bas de la pente les ruisseaux se forment... ils grossissent se rejoignent... la pluie tombe toujours... les fleuves en crue débordent & bouillonnent en se jetant dans la mer qui se gonfle... sur la Pangée ultime !...