je venais de dire bonsoir à mes étudiants… il était vingt & une heures… cette douzaine de jeunes gens & jeunes filles s’était inscrite à mon cours car ils travaillaient pour payer leurs études… je les soupçonnais même de m’avoir choisi plus pour mon horaire que pour ma matière… j’enseigne l’archéologie…
quant à moi, célibataire sans enfant, dormant peu, ne sortant pas le soir, ça ne me dérangeait pas de donner des cours à cette heure… & j’essayais honnêtement d’éveiller chez eux quelque intérêt pour la civilisation pré-babylonienne & le mythe parlant de créatures homme-loup gigantesques sur des tablettes récemment découvertes en Irak : depuis que la paix est revenue après le départ des uhéssiens les fouilles ont pu reprendre… ce sous-sol ne contient heureusement pas que du pétrole… il recèle des merveilles qui sont à l’origine de notre civilisation occidentale…
en sortant de la faculté, une tour des années 70, verre & béton… vraiment ringarde…
je faillis déraper sur le trottoir gras & mouillé… luisant sous la pâle Lune pleine…
j’entendis une voiture s’arrêter à côté de moi & des rires à l’intérieur…
Professeur ! montez ! on va vous déposer quelque part !
chacun savait que je ne conduisais pas, & que j’allais à pied à la station de métro à cinq cents mètres…
peut-être parce que je venais de me casser à moitié la figure, je dérogeai à ma règle de ne pas frayer avec mes étudiants, & montai à l’arrière, tassé contre la portière pour ne pas sentir mon bras contre une généreuse poitrine qui semblait se laisser volontairement frôler…
- Soyez gentils de me laisser au métro »
- Attendez, Professeur, on va prendre un pot vers Saint-Michel, venez avec nous !…
- Merci, non, je ne bois pas… & j’ai du travail qui m’attend… des copies à corriger…
- Allez, Professeur… détendez-vous…
la plantureuse fille brune qui semblait se coller à moi me regardait de ses yeux verts très étirés qui brillaient dans l’obscurité… ce regard était hypnotique… il m’envoûta… & je ne suis pas sûr de parler au sens figuré…
en fait je ne sais si elle a dit « détendez-vous » ou bien « étendez-vous »… parce qu’à partir de ce moment jusqu’au lendemain matin, je ne suis pas très sûr de ce que j’ai vu & de ce que j’ai fait…
je me souviens de chants… de danses… mais ça doit être un mauvais rêve… ou un cauchemar… je revois des scènes où nous étions comme des loups, nus, hurlant & nous jetant la bouche écumante sur des victimes terrorisées… je revois des scènes de luxure éprouvante où la jeune fille au regard étrange m’embrassait à pleine bouche & me chevauchait extatiquement en hurlant à la Lune…
je me souviens encore… des journaux relatant les deux cadavres déchiquetés, la gorge ouverte, retrouvés sur le Quai des Grands Augustins… la police étonnée attendait les conclusions de vétérinaires spécialistes de la faune sauvage…
je me souviens m’être réveillé chez moi, allongé sur le sol, sale & débraillé…
& surtout je me souviens du goût du sang humain… & je sais que j’ai aimé ça…







derniers échos de l'espace