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ACTIVITES PARANORMALES

je reçois à l’instant un objet émouvant dont je ne sais s’il annonce la fin du monde connu ou s’il le sauvera ?... pour qui a pu suivre ces sept dernières années les expéditions scientifiques de David Hauguel (alias Dick Shaver) & moi-même, expéditions lointaines qui nous ont conduit (sous l’égide du Grand Kan Ivan Rebroff) de la Mongolie jusqu’à la Terre Creuse au Royaume d’Agartha, qui ont connu l’épisode malheureux (enfin pas tant que ça…) durant lequel mon compagnon a été piégé par un courrier qu’il ne fallait pas ouvrir, puis translaté jusqu’à Pluton avant que cette planète ne disparaisse (épisode au cours duquel il a été contraint d’épouser une jeune & ravissante beauté du cru mesurant 4 m de haut pour 3 tonnes de bonne viande nourrie à la pizza surgelée), pour qui nous a connu ainsi –disais-je avant de m’interrompre moi-même grossièrement ; pour qui se souvient également de mes recherches –impulsées par son intuition légendaire- sur le port du kebab à Istanbul, nul doute qu’on accueillera avec émotion l’arrivée étrange par l’entremise du facteur (rien n’est plus étrange que ce qui paraît au premier abord comme normal… normal, trop normal ?…) d’un objet mesurant environ 228 mm x 152 mm x 5 mm

en ouvrant l’objet, on tombe sur des révélations qui posent tant de questions qu’alors on  ne doute plus que David est bien de l’espèce rare qu’on appelle (faute de mieux) un Initié

depuis quelques années, en effet, notre cher David nous entraine dans les failles temporelles & vers des mondes parallèles, parfois à notre insu... il nous fait entrevoir les réalités insoupçonnées… car il n’y a pas UNE mais DES réalités… ça serait trop simple… la réalité n’est pas une & indivisible comme devrait l’être notre chère République à laquelle nous tentons de nous accrocher malgré les vents contraires… non : la réalité est un miroir brisé, & chaque éclat nous indique des reflets de Choses invisibles

 

que nous révèlent finalement les textes & photos recueillis par David dans cette boite magique qui ressemble à un livre -mais qui est plus que ça ?

l’Humanité… la sienne, la nôtre… David possède à l’extrême une qualité que si peu d’entre nous osent utiliser : l’empathie

il est en empathie avec le monde, avec les êtres animés & inanimés… & il pousse si loin cette qualité qu’il ose la pousser jusqu’à la sympathie : David est en sympathie avec le monde

David ose… comme le grand Shakespeare le fait dire à Macbeth, il « ose tout ce qui sied à un homme, qui ose au-delà n’en est plus un »

 

à travers tous ses textes & toutes ses photos (celles qu’il a réalisées & celles qu’il réinterprète), David révèle –malgré lui- qu’il ose investir sa modestie, sa sagacité, sa curiosité & sa bonté envers l’humanité

 

& c’est en poète que lui viennent des phrases inouïes telles que :

 

« Allongés comme des troncs fraîchement abattus attendant la scierie. »

 

« Des méduses sortaient le soir de l’eau pour aller se jeter aux visages des promeneurs et brûler leurs traits. »

 

« L’abolition de toute distance est un parfum. »

 

mais je m’arrête là pour vous laisser la surprise de ces phrases brèves pour la plupart, brèves mais pas sèches

 

je pense qu’il est un nostalgique optimiste, qu’il est juste un mec normal qui s’assume comme tel, qui s’en amuse, & donc comme il y en a trop peu… ce qui prouve, finalement, qu’il est supérieurement intelligent

nous avons le même âge... c’est un âge auquel on peut enfin se permettre de n’être pas envieux des qualités de ceux que nous rencontrons, de n’être pas en rivalité comme trop de zouaves qui se prennent pour des mâles dominants surveillant si l’autre n’a pas une Rolex plus grosse que la sienne

 

évidemment ce que je dis n’est pas sérieux, être sérieux serait aller « au-delà »

David n’est pas sérieux non plus

c’est ainsi que je me sens en grande fraternité spirituelle avec lui, & que je vous encourage à aller faire un tour dans sa petite boite magique –bien que je regrette tellement de textes & de photos qui ne s’y trouvent pas… mais qui feront peut-être l’objet d’une prochaine livraison ?

 

une dernière citation tout de même, les mots ultimes de ce recueil dans lesquels on retrouve tout David :

 

« Qu’est-ce que c’est ?

 

Qu’est-ce que c’est ?

 

Allons-y »

 

monde paranormal

Par Eric LOW - Publié dans : Vertiges
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il marcha longtemps cet après-midi... écoutant la brise dans les arbres, prêtant attention à son monologue intérieur, à sa petite musique intime…  existe-t-il des moments plus libres que ceux où l’on marche seul en laissant le champ libre à ses pensées changeantes & ondoyantes dans lesquelles de temps en temps une ligne se forme & accepte de se laisser suivre ? on ne cherche pas à aller à la rencontre de qui que ce soit, de quoi que ce soi… sans but, sans horaire, les pieds bien sur la terre on marche : pour se sentir respirer avec l’univers… on ne se promène pas : dans une ivresse tranquille on absorbe, jusqu’à la joie, la paix… on l’accueille, elle fond en nous & nous donne le souffle pour prolonger le chemin…  il marcha longtemps…

Par Eric LOW - Publié dans : Paysages
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la transparence n’est pas donnée… le poète est à l’œuvre… l’œuvre n’est pas au poète !... il n’y a rien à révéler dans l’eau claire... il creuse, il cherche à faire son trou... & le dérisoire l’y fera chuter… c’est la chute de l’ange blessé… les sœurs filandières tirent les ficelles… elles font leur pelote… & au bout l’écheveau devient l’échafaud… c’est aux contours de ce trouble que s’élabore la connaissance... c’est à genoux qu’il avance dans le Temps... comme Pénélope tissant à genoux tout le jour, chaque jour, le suaire, pour défaire chaque nuit l’ouvrage du jour… le Temps tisse ses instants les secondes deviennent des minutes les minutes des heures sur le canevas universel tictacticatactictac & puis bradabraam ! & encore bradabraam ! le Temps devient lourlourd ! pif ! paf ! prends ça ! collé au sol ! tes épaules touchent ! un ! deux ! trois ! quatre ! cinq ! six ! sept ! huit ! neuf ! DIX ! TERMINÉ ! FINITA ! t’es rien de plus qu’une crêpe desséchée au fond d’une vieille poêle centenaire ! si on veut te décoller pour te foutre dans l’trou, y’faut y aller au burin !

relire les poèmes de Malcolm Lowry au son de la musique de John Coltrane… les images évidentes, brutales, jaillissantes de Malcolm Lowry

…Un citron mort comme une vieille recroquevillée par le froid

…Jamais si orgueilleux qu’à son heure dernière

…Et avec un clin d’œil des étoiles s’allument

…Comme si la charpente avait soif d’un linceul

avec son désespoir cinglant & sa métaphysique de matelot ivre, ivre de tempêtes & d’amours contrariés ! son ironie déchirée ! & ses souvenirs d’églises & de bars mexicains

chaque ligne est une histoire & en éveille d’autres…

Malcolm Lowry : la Paix enfin soit sur toi !

Par Eric LOW - Publié dans : Nocturnes
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pendant un temps il avait cru devoir prendre des résolutions supposées bonnes... comme toutes les fois où l'on se décide à décider… désormais... plus de résolutions... avait envie d'écrire & écrivait... alors que la société soit pourrie par la tête, que le système soit révoltant, cynique... il n’en pouvait plus… c’était l’époque durant laquelle il débattait des heures entières avec ses copains sur cette société qui nous manipule, nous endort, nous conditionne… les uns & les autres avaient été copains de lycée : de la seconde jusqu’au Bac ils avaient eu quelques profs qui arrivaient à la trentaine avec les cheveux longs, des jeans effrangés & des sabots aux pieds… qui avaient fait Mai 68 même pas dix ans avant… libertaires, la rhétorique bien huilée & sans prosélytisme ils avaient ouvert les esprits de ces jeunes lycéens… sans leur imposer leurs propres idées, ils leur avaient appris à ne pas prendre les choses comme elles semblent être, comme on les donne… mais à poser des questions, à se poser des questions, & pour cela à se cultiver par les livres, les journaux, les films pour se constituer un fond de connaissances & ne rien tenir pour acquis qui ne soit d’abord décortiqué, évalué, démontré… ils découvraient les concepts d’idéologie, d’idéologie dominante, leur réflexion parcourait la réflexion écologiste naissante, la psychanalyse, l’économie, le scientisme… on est tous conditionnés devint pendant un temps la phrase qui revint le plus dans leurs débats, jusqu’à devenir la blague qu’ils se renvoyaient chaque fois qu’ils hésitaient dans leurs propos : ouais, de toute manière on est tous conditionnés, alors… la fumée des Camels filtre empuantissait les cafés ou les chambres dans lesquels ils s’entassaient pour refaire le monde… marrant comme à chaque époque les jeunes ont une marque de cigarettes favorite… à cette époque, c’était les Camels… la moitié fumait des Camels… celles & ceux qui fumaient cette marque tenaient à faire circuler la légende selon laquelle cette marque de tabac mettait de l’opium dedans… & parait-il qu’il y avait dans le dessin sur le paquet des messages subliminaux en le regardant comme ci… ou comme ça… il n’avait jamais compris… marketing quand tu nous tient… lui ne s’était mis à fumer qu’après le Bac, & il préférait la pipe, il trouvait la cigarette aussi agréable que du foin… ces années de fin d’adolescence avaient été formatrices, toute sa vie il en garderait l’empreinte… les débats au lycée avaient rencontré sa propre révolte au bon moment… le pays étouffait sous les vieux remugles autoritaires du gaullisme puis d’une droite faussement libérale qui se pensait propriétaire du pouvoir politique, qui redécoupait les circonscriptions électorales pour s’assurer de le garder encore un peu, qui envoyait systématiquement des brigades de CRS contre toute manifestation d’ouvriers ou d’étudiants… amocher des manifestants n’était pas une bavure à l’époque, on n’utilisait pas encore ce mot, c’était trop courant… dominants comme dominés vivaient encore sur les schémas anciens, le règne de l’individualisme forcené, du chacun pour soi & de la résignation n’avaient pas encore pris possession de toute la planète, le sens de classe restait vivace… quelques années plus tard le libéralisme économique triompherait & parviendrait à dissoudre le concept même de solidarité… unissons-nous est un vieux slogan électoral, mais diviser pour mieux régner est une tactique bien plus vieille encore de tous ceux qui se sont installés au pouvoir, démocratiquement ou non… littéralement possédé par l’écriture, gardant sa révolte en lui, il devait tenter de se replier sur lui-même pour résister, pour vivre à peu près comme il le souhaitait… cela ne résultait pas d’un raisonnement, c’était une réaction presqu’animale… à son insu, ces bouillonnements passionnés nourriraient le feu de son écriture, pas comme thème central, plutôt comme une réserve d’énergie… pour vivre heureux, vivons caché… situation moins équivoque que celle de tous ceux qui peinent toute la saintesainte journée... sacrées poires qui tombent le jour où le système les cueille pour les avaler... il écrivait... que demander de plus ? après deux ans d'un emploi à heures fixes dans une firme structurée... hiérarchisée... comportant toutes les guéguerres mesquines... imbéciles... entre les services... au sein même des services... comme dans toute organisation semblable... avec l'éventail complet de lâchetés... de compromissions... de haines... de jalousies... de discriminations... avec la médiocrité générale au service d'objectifs d'une bêtise rare & que chacun pris dans l’urgence du crotidien semble considérer comme la cause première & le but unique de son existence sur Terre... avait eu l'impression malsaine à faire vomir que tout allait de travers... qu'il s'était totalement fourvoyé... en deux ans il n’avait réussi qu’à faire ressembler sa vie à un vieux chiffon plein de cambouis... & sa gueule en prenait également l'allure dans la ville puante qu'est Paris... loin du grand air & du soleil... & il avait tout lâché... & pour la première fois depuis deux ans il avait écrit quelques pages qui lui avaient donné le sentiment d'écrire & non de se répéter boueusement… deux ans à boire... à mal manger... à aller de fille en fille & à peu dormir... pour se retrouver le matin dans un bureau le moral à zéro d'être un jeune cadre dynamique plein d'avenir... & une idée en tête : que vienne le soir pour retrouver un ou deux amis & rencontrer des filles ! quelle bassesse vers laquelle il avait doucement glissé... en colère contre lui-même... mais se considérant comme enfermé dans le cercle du travail & du salaire... si désespéré qu’il suivait chaque soir la sirène qui disait oui... qu’il croyait à chaque fois découvrir celle qui lui ferait oublier qu'il n'allait plus dans la direction de celui qu'il voulait devenir… vivant d'expédients sentimentaux... d'ersatz de joie & de rire... comment d'ailleurs prendre cela au tragique dans une société qui donne à des pseudo citoyens l'illusion de pouvoir tout leur offrir ?... une société de consommunication... hautement industrialisée... dramatiquement marchandisée-publicitarisée... capable d'envoyer des hommes chier sur la Lune... qui fournit des voitures... des papiers peints de tout style... des livres... des disques... des films en pagaille... des aliments des tabacs des alcools de toute provenance... & qui comporte évidemment des éléments instables en son sein… ont-ils le droit de n'être pas satisfaits tous ces gens anxieux... angoissés... mal dans leur peau... comment font-ils même - sans parler de droit ni de justice - alors qu'à quelques heures d'avion... des pays entiers se déchirent ou crient famine ? & pourtant... ça n'est pas simple... ça n'est pas facile quand cette société est coupée en deux... quand dans les pays les plus riches du monde de plus en plus de mômes dorment dans les métros au nom de la liberté... du marchÉ & de ses joijoies... quand chaque hiver des clodos meurent de froid sur le trottoir de nos villes électrifiées-électrisées... quand la responsabilité publique se retire... même plus culpabilisée de voir l’égoïsme encensé comme vertu ordinale & cardinale

lundi matin… petit pot de fiel qu’on étale avec humeur sur la tartine du matin en se préparant comme chaque jour à vivre sa vie d’esclave, prêt une fois de plus à éviter les embrouilles & à contrer les écrabouilles pour ne pas finir ratatiné… durer… telle est la règle… durer… là il n’y a pas de poésie… là il n’y a pas d’humanité… il n’y a que la pression ordinaire des petits chefs avec leur mentalité de kapo… il n’y a que la pression ordinaire du marché & des clients qui en veulent toujours plus pour toujours moins… comme des patrons… la victime devient le coupable… privilégiée d’avoir encore un travail… mot de torture… mot de douleur… plus haut… à une altitude qu’on ne peut tout simplement pas distinguer d’en bas ni même imaginer… ceux qui planquent chaque soir leur couilles en or dans des slips en platine, rigolent en se glissant dans les draps, la conscience éteinte… ils aiment leurs femmes, leurs enfants… & le fric qu’ils se font & dont ils ne pourront jamais dépenser le centième dans toute leur vie… plus loin… à une distance qui fait qu’on s’en fout un peu la plupart du temps… le désert avance… la faim & la maladie aussi… pas par un phénomène naturel… non… là encore agit l’esprit de l’homme assoiffé de richesses… détruisant un écosystème si finement régulé qu’on le détruit avant d’en saisir toute la complexité & de comprendre les conséquences… plus près… si près qu’on détourne souvent le regard… dans des pays riches qui se disent en faillite parce que ceux d’en haut extorquent des richesses qu’ils gardent pour eux… parce que ceux d’en haut envoient ceux d’en bas à la guerre pour faire tourner les usines de missiles… plus près, ils sont des millions à dormir sur des trottoirs… dans des halls d’immeubles… délogés par des policiers… par des vigiles… ils sont des millions à crever à petit feu… malades sans pouvoir se soigner

 

il y a quelque chose qui cloche

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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Par Eric LOW - Publié dans : Paysages
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chaque pierre

Par Eric LOW - Publié dans : Paysages
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histoire-cochonne02.jpg

 

les flics arrivèrent les premiers près du cadavre…

évidemment, ils furent surpris de découvrir l’aspect du corps…

sortant de la poche droite de la veste de costume : trois chipolatas

quatre tranches de jambon de Bayonne dépassaient de la poche gauche…

- qu’est-ce que c’est que cette connerie ? grogna le lieutenant

- au cas où il aurait eu un p’tit creux ? suggéra le flic de base

- tu s’ras jamais lieutenant, t’es trop con ! estima le lieutenant d’un ton tranchant (& les tranches de Bayonne frissonnèrent)

après avoir enfilé leurs gants, ils retournèrent à moitié le pauvre type qui baignait dans une flaque de sang… il avait un trou dans le bide, on aurait pu y loger le poing de Mike Tyson avec les bandages & le gant…

- quel merdier ! fit le lieutenant dégoûté

- finalement, il l’a eu son p’tit creux ! ne put s’empêcher d’ajouter l’autre

- si ça s’trouve, t’es même pas flic ? c’est l’agence d’intérim qui t’a envoyé ? bouge ton cul ! lève la truffe ! trouve-moi des indices !

ils remirent le cadavre dans sa position initiale

 

passant à la cuisine, jeune flic visita le réfrigérateur… un beau jambon de Bayonne à peine entamé trônait sur une tablette…

- patron ! on dirait que j’ai retrouvé l’assassin !…

- on dirait que les tranches viennent de là… dit le lieutenant qui l’avait rejoint, & qui savait faire le tour d’une situation, maintenant pour savoir si c’est l’assassin qui a joué au con, ou si c’est la victime qui décorait son costard à la charcuterie, ça va être coton !…

 

une voisine avait appelé le commissariat : un terrible bruit de tonnerre avait réveillé son dernier moutard à  l’heure de la sieste…

tous les couteaux de la victime étaient propres & rangés dans le tiroir entre les fourchettes & les cuillères : que les empreintes du propriétaire

ça c’était lundi…

 

mardi, dans le même quartier, un deuxième cadavre fut trouvé sur un banc public… de quoi éloigner tous les amoureux ayant envie de se bécoter sans se soucier des passants honnêtes

d’après le coup de fil anonyme qui avait prévenu le commissariat, il semblait y avoir des points communs avec celui de la veille, aussi le commandant envoya-t-il la même fine équipe…

 

effectivement, le clochard avait son parka gorgé de sang & un trou énorme dans le buffet… deux tranches de jambon de Paris & une saucisse de Morteau garnissaient ses poches…

- qu’est-ce qu’on fait patron ?

- j’sais pas… j’hésite entre une raclette & une choucroute !… on va tout d’même pas se taper tous les charcutiers du quartier ?…

- en tout cas ça a l’air d’être le même assassin qu’hier, non ?

- ouais… un tueur en série… qui aime trop ou pas du tout la charcuterie ? un cochon qui veut venger ses frères victimes de notre appétit ? un végétarien extrémiste ? un rabbin ou un imam intégriste ? un antisémite qui veut nous faire croire à un meurtre religieux ?… ou le contraire ?… bon sang ! j’aimerai bien que le labo nous dise avec quoi on les a trucidés !…

 

le soir même, les journaux titraient tous sur ces meurtres étranges…

pendant ce temps, au commissariat, le lieutenant recevait les premières conclusions : les deux victimes avaient été tuées d’une double décharge de fusil de chasse à bout portant…

 

tout le commissariat fut sur les dents pour patrouiller jour & nuit dans le quartier puisque apparemment le tueur opérait pour le moment dans celui-ci… la PJ du 36 rappliqua : deux trentenaires qui se la jouaient façon cow-boy… après avoir garé leurs deux chevaux en double file, ils radinèrent dans le commissariat & prirent d’assaut le bureau du commissaire en se l’attribuant pour la durée de l’enquête…

une réunion eut lieu à laquelle participèrent le commissaire, les deux cow-boys & les premiers enquêteurs (le lieutenant & son co-équipier)… on fit le point : c’était maigre… & pour une affaire de charcuterie, ça la foutait mal…

 

& puis l’AFP reçut une lettre qui permit aux flics de se creuser encore un peu plus la cervelle :

« il y en aura d’autres ! jamais vous ne m’attraperez ! je ne fais pas ça pour l’argent ! je les aurai tous ! salauds ! les carottes sont cuites ! Révolution !

Jack »

 

la lettre avait été déposée dans la boite aux lettres sans être passée par la Poste, aucune oblitération, aucune empreinte, un document au traitement de texte sur papier courant… autrement dit : aucun indice…

les charcutiers commencèrent à protester : cela faisait du tort au p’tit commerce… ils sommaient les autorités d’agir… déjà les ventes commençaient à baisser… on soldait le jambon, trois tranches pour le prix de deux plus un saucisson gratuit… les mères de famille interdisaient à leurs gamins de parler aux charcutiers… les boutiques étaient vides dès la nuit tombée…

les flics étaient aux quatre cents coups…

n’empêche… mercredi matin, au lever du jour, sous une station de métro aérien on découvrit un feu bourgeois en smoking avec un tête de cochon posée sur le ventre… le cochon avait l’air de sourire…

sur le bitume gras on pouvait lire en lettres épaisses « JACK »… à l’analyse, c’était du sang de cochon…

 

le lieutenant & son adjoint étaient dégoûtés de la charcuterie… ils ne commandaient plus que des sandwichs au thon ou au poulet… au poulet… c’est un comble !…

à la morgue, en compagnie du légiste & des trois cadavres, le lieutenant eut un sursaut : il venait de se rendre compte d’un détail…

- regarde leurs pieds ! dit-il au légiste

- quoi donc ? ils ont des pieds panés ?

- mais regarde donc, couillon !… lis la liste des affaires personnelles : y’en n’a pas un qui ait encore ses pompes ! où sont-elles passées ?

- alors les gars ? fit le légiste, on fait dans le cochon, maintenant ? vos bourgeoises sont au courant ?... & il partit d’un rire gras qui fit faire la grimace aux deux flics

- allez les gars ! faites pas du boudin !...

- si je le bute, c’est de la légitime défense, pas vrai patron ?... dit le flic au lieutenant

- sans doute… mais trop de paperasses… laisse…

- c’est ça : faites pas aux truies ce que vous voulez pas qu’on vous fasse ! les acheva le légiste

 

la suite un de ces jours...

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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le temps de compter jusqu'à 600 & dans le couloir le plancher se plaint

ttt ttt ttt

c’est consonne à la porte…

c’est pas que ça m’dérange ça m’arrange pas non plus… faut voir…

j’ai l’esprit ailleurs mais après tout le porte-monnaie ne change pas de place lui !

entrez c’est ouvert !…

ils sont deux… deux & demi…

la petite rousse bien en chair d’abord… mais je la quitte vite des yeux pour photographier le type qui suit : on croirait qu’elle lui sert de sac à main tellement il est énorme à côté d’elle… le genre Déconnan le Babar mais en plus costaud…

& l’air sympathique avec ça !… souriant comme un banquier à 6 heures du soir devant un client sans garantie qui demande un prêt pour acheter son cercueil en 36 mensualités

la tête de mon banquier chaque début de mois…

de taille à se taper la blonde d’en face qui fait toujours le trottoir du haut de ses trois mètres avec son mètre cinquante de tour de poitrine !

d’un index autoritaire épais comme une saucisse de Montbéliard il lui désigne la chaise & le poing fermé qui suit assommerait un mammouth

je songe à adhérer vite fait à la S.P.A. au cas où…

elle s’assoit genoux serrés pas à l’aise

il reste debout à côté d’elle

 

de voir le volume de mon coquet bureau ainsi rétréci j’en ai un vieux coup de cafard

quelqu’un essaie de me faire chanter dit l’homme montagne d’un air mauvais

conciliant je fais : rassurez-vous… je suis sûr que vous chantez très bien...

il se penche vers moi & je crois qu’on a éteint la lumière !

écoute petit… je suis très occupé… je ne peux pas m’en charger moi-même... je te donne deux mille euros maintenant & deux mille après si tu trouves de qui ça vient...

& plongeant une énorme pogne dans sa poche portefeuille il en rapporte une petite liasse de billets de cent qu’il laisse tomber sur mon bureau que je crois entendre soupirer d’aise

donnez-moi quelques tuyaux… que j’vois par où commencer...

je suis Faust Deville... amateur d’art... j’ai acquis - tout à fait légalement – un… objet… il y a un an… & on me menace de révéler à la police que je détiens cet objet...

si vous êtes en paix avec votre conscience qu’est-ce que ça peut vous faire ?...

t’occupe donc pas de ma conscience... j’ai horreur des menaces & je veux savoir qui ose...

okay… & c’est quoi au juste cet... objet ?…

une antiquité... de grande valeur... t’as pas besoin d’en savoir plus là-dessus...

votre confiance m’honore ! reprenez vos deux mille balles votre rousse la porte & l’escalier... l’affaire ne m’intéresse pas !…

 

il se penche à nouveau vers moi

c’est comme si la tour Montparnasse voulait me foutre un coup d’boule !

je crois que ce qui l’arrête c’est le flingue que je lui colle sous le nez…

il se redresse lentement

t’es rapide apprécie t-il

c’est l’instinct de survie… j’explique

rien ne vaut une bonne trouille pour réagir vite... (inutile de lui préciser que le pétard n’est pas chargé) bon... maintenant tu craches le morceau ou tu vas acheter des fleurs pour la Toussaint ?… je veux pas te l’piquer ton morceau d’art !… je veux juste qu’il y ai entre nous une saine relation de confiance réciproque & si ça marche peut-être qu’on deviendra potes & que j’t’inviterai à Noël prochain & que j’deviendrai parrain de ton prochain môme... en attendant accouche ! y’a sûrement quelque part une blonde qui m’attend...

dis-lui Faust fait la rousse qui n’avait pas encore ouvert la bouche

sans me quitter des yeux il dit doucement ferme-la trésor… tu ne veux pas que je te punisse comme la dernière fois que tu l’as ouverte sans mon autorisation ?…

tout ça vach’ment bien fait… sans desserrer les dents… un vrai pro de la menace pas déguisée du tout… de la menace bien carrée… bien franche…

oh non Faust ! elle se recroqueville sur la chaise terrifiée

elle je sais pas mais moi à sa place j’en pisserai dans mon slip !… & pas de rire

mes sphincters compatissants se resserrent

je leur adresse un remerciement muet mais sincère

bien c’est d’accord... je te dis ce que c’est & tu prends l’affaire...

okay lâche le morceau...

je possède un objet unique au monde… t’as déjà entendu parler du faucon maltais ?…

j’ai lu des trucs dessus... mais je croyais que la dernière fois qu’on en a entendu parler c’était avant la deuxième guerre mondiale ? autrement dit ça fait un sacré bail !...

exact !... & y’a pas de raison que le reste du monde en entende parler aujourd’hui... tu me suis petit ?

pas d’problème pour moi... venons-en aux détails pratiques : où ? quand ? combien ? comment ?

on m’a téléphoné cet après-midi… une voix déguisée… homme ou femme je ne sais pas... & c’est le faucon qu’on veut... pour le reste on doit me rappeler...

t’as un téléphone moderne ? avec écran ?...

ouais... j’y ai pensé... j’ai vérifié le numéro... on m’a appelé d’une cabine...

okay j’attends de tes nouvelles...

 

ils sont déjà à la porte quand je lui lance eh Faust !… je suis pas petit… je suis assis…

pour moi ça fait pas de différence… dit-il sans se retourner

l’a pas tort King-Kong… mais est-ce que ça peut le guérir de sa connerie ?

 

            quand la porte a fini de vibrer & que le plancher s’est redressé en grinçant la pièce a retrouvé sa taille habituelle

je m’lève pour aller rincer mon verre au lavabo dissimulé dans le cagibi

c’est pour toutes ces joies que ce job me plaît…

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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HIGHWAY TO HELL !

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HIGHWAY TO HELL !

HIGHWAY TO HELL !

le corps luisant de sueur il était en tricot de corps, le jean baissé sur les genoux… de la main droite il portait sans cesse la bouteille de bière à sa bouche & avalait gorgée sur gorgée, & de la main gauche il pressait une fesse de la fille penchée en avant & qui s’appuyait sur le rebord de la fenêtre en décollant les talons à chaque poussée du gars… la chaine hi-fi à fond gueulait de l’ACDC & du METALLICA –ils n’étaient pas puristes- & on n’entendait ni leurs gémissements ni le trafic des bagnoles dans la rue… de temps en temps il lui mettait le goulot de la bouteille dans la bouche & elle tétait une ou deux gorgées… dix mètres plus bas sur le trottoir il y avait déjà une douzaine de bouteilles brisées qu’il balançait une fois vidées… en bas ça ne dérangeait personne, le quartier était comme ça : un gigantesque dépotoir d’immeubles décrépits & mal alignés, des chaussées défoncées bordées de trottoirs dégueulasses… personne n’utilisait de poubelle : on balançait tout par la fenêtre, parfois même autre chose que des ordures ménagères… parfois même un mec ou une fille faisait le grand plongeon pas toujours volontaire… les éboueurs ne passaient plus, les ambulances –si par un hasard étrange quelqu’un les appelait- mettait bien sept ou huit heures avant de stopper en hurlant pour ramasser les débris humains méconnaissables, quelquefois encore vivants… il fallait toujours deux ou trois bagnoles pleines de flics pour les accompagner… ils sortaient casqués, armés de fusils à pompe & couverts de gilets pare-balles pour protéger les ambulanciers qui se prenaient des projectiles lancés à partir des toits : briques, vélos, poussettes d’enfant, volants de bagnole… les poussettes ne servaient à rien d’autre : qui aurait tenté d’élever un gosse ici ? personne ne levait les yeux sur ce qui se passait quelques étages plus haut… ici, chacun faisait ce qu’il voulait… le gars fit se retourner la fille & elle s’assit sur le rebord de la fenêtre, les bras en croix sur la balustrade, la tête en arrière, sa longue chevelure rousse se déployant dans le vide… elle avait croisé ses chevilles derrière la nuque du mec qui lui serrait fermement les cuisses & elle hurlait des trucs sans suite… les shoots & la bière les avaient mis en surmultipliée, aucun d’eux ne pouvait s’arrêter… dans l’appart’ abandonné d’à-côté deux jeunes fouillaient fiévreusement les vestiges d’un mobilier merdique en espérant trouver quelques déchets encore revendables, par habitude chacun d’eux avait un flingue mais qui se souciait de leurs actes ? les flingues faisaient partie de leur vie, comme leurs frocs & leurs godasses, pas plus pas moins… ils trouvaient la musique d’à-côté plutôt pourrie, ils préféraient le rap… question de goût… il faisait chaud, très chaud… juillet en ville était intenable… le bitume fondait dès le milieu de la matinée… dégoûtés & rageurs d’être bredouilles ils décidèrent de passer chez le mec d’à-côté pour lui prendre des bières… ils sortirent sur le palier pour enfoncer la porte & assister au spectacle en buvant des bières… ni le mec ni la fille ne réagirent à leur entrée… trop défoncés, trop dans leur transes… la bière piquée dans le réfrigérateur n’était même pas fraiche… faut dire qu’il ne fonctionnait pas : il n’était même pas branché… furieusement l’un des deux se vengea en jetant sa bouteille à la tête du type qui ne s’était même pas retourné & qui saisit alors un flingue posé sur le rebord de fenêtre… en tournant à peine la tête il tendit le bras, appuya trois fois sur la gâchette & abattit un des jeunes : trois fois, trois balles dans le buffet, & l’autre s’écroula à moitié dans le couloir… automatiquement le deuxième se mit à gueuler des insultes en déchargeant son vieux 45 dans le dos du type qui s’écroula sur la fille qui hurla à son tour… le jeune survivant s’approcha en rechargeant, saisit le mort par un bras & le retira de la fille tétanisée de peur… il parcourut le corps nu luisant du bout du canon & elle se remit à hurler… il ne supportait plus les cris, la musique, l’odeur des coups de feu… il vida à nouveau son chargeur, dans la poitrine de la fille cette fois-ci & dans la chaine hi-fi… un grand silence s’établit… trois cadavres sanglants, le studio ravagé… la moitié supérieure du corps de la fille renversé dans le vide… les jambes écartées n’avaient rien de tentant… écœuré, il se baissa, lui prit les talons & la balança dans la rue, puis il repéra une bouteille d’un litre de gin à moitié entamée sur le lit : il en vida le contenu en aspergeant la moquette sans voir qu’il arrosait aussi son froc, puis foutu le feu à la moquette avec son briquet… ses jambes prirent feu presqu’en même temps… il hurla de frayeur & de douleur & sans aucune lucidité se jeta par la fenêtre… le courant d’air entre la porte & la fenêtre ouvertes attisait le feu, une fumée noire épaisse sortait de l’appartement

HIGHWAY TO HELL

direct

Par Eric LOW - Publié dans : Lieux maudits
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(retour de temps à autres... parce que je ne sais faire que ça : écrire... & encore...)

 

& voilà un orage de plus… mon tabac à pipe dans son pot est devenu si humide qu’il est presque infumable… ce matin le ciel était comme un millefeuille de plein de trucs en « us », les couches de nuages se superposaient avec des couleurs étranges, inhabituelles… à midi, à la lisière de l’orage approchant, j’entendis le canon tonnant d’un ciel en furie encore loin… j’aime bien le mot « lisière », l’idée…& la sonorité… lisière, frontière… frontière entre deux pièces de tissu, entre deux mondes, entre la forêt & les champs, entre un monde calme & reposé, & un monde d’éclats tonitruant… « liseré » est mièvre, « lisière » est ontologique… un corridor bleu céleste entre deux vagues rougeoyantes pour annoncer la fin de la tempête, & le ciel redevient cette plage lisse d’un paradis perdu

Par Eric LOW - Publié dans : Paysages
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