moi j’aime bien mes parents… Papa & Maman… mais je trouve qu’ils ne sont pas assez gentils avec moi… toujours ils me laissent enfermé… ils disent que c’est pour pas qu’il m’arrive quelque chose… pour pas que j’attrape de maladie… que j’ai 1 accident… ou des trucs comme ça… ils prennent soin de moi… ils m’expliquent qu’ils me font manger la nourriture la plus saine qu’on puisse trouver sur Terre… afin que je ne sois contaminé par quoi que ce soit… d’ailleurs j’aime bien ce qu’ils me donnent à manger : du « bio » ils appellent ça…
tous les trois mois le docteur vient m’ausculter… il vérifie que je vais bien… & je vais bien !
mon frère a moins de chance lui… il est moins protégé… du coup il va à l’école… tous les jours sauf le week-end… il sort… il s’expose… & pourtant mes parents ont l’air de l’aimer plus que moi… il a les caresses que je n’ai pas… ça ne me rend pas jaloux : ça me rend malheureux…
je n’ai pas beaucoup de relations avec mon frère… on joue pas beaucoup ensemble… pourtant on a le même âge à quelques semaines près…
sa chambre est plus jolie que la mienne : j’y suis entré 1 fois pendant qu’il était à l’école… elle est grande… avec 1 grande fenêtre… des jouets & des livres… 1 tapis épais & confortable…
la mienne est au sous-sol… plus petite… j’ai aussi 1 fenêtre… plus petite aussi… je vois moins le ciel mais je m’amuse à regarder les jambes des gens…
au moment des vacances ils partent sans moi… 1 dame vient s’occuper de moi : elle est à la fois cuisinière femme de ménage & infirmière « au cas où » comme ils disent…
mais ils ne partent jamais plus d’1 semaine alors ça va…
les jours passent mais je ne m’ennuie pas… depuis le temps j’ai appris à ne pas m’ennuyer… j’ai plein de bd… je regarde la télévision…
hier soir mon frère Jean –il s’appelle Jean- n’est pas rentré…
mes parents sont rentrés eux… tard…
1 accident… c’est le foie… disait Papa… encore heureux que ça soit 1 greffe classique de nos jours…
oui… répondit Maman… on va enfin rentabiliser le clone !
souvenir doré d’il y a très longtemps d’1 après-midi bleu de ciel limpide au bord de la rivière avec son frère & 1 ami d’enfance…
les roches brûlantes
l’eau glacée
le torrent qui charrie des blocs de pierre qui rouleroulent bromultueusement
en face sur l’autre rive trop abrupte pour y dresser la tente les pins en formation serrée
en short torse nu les pieds nus échauffés par la marche & plongés dans l’eau vive les épaules la nuque cuisant au soleil
ils ne disent rien ne pensent à rien
ils se laissent berceller par le chant-parlé ondoyellant & roucailleux de la rivellière battellage de l’eau sur les rochers grondellement sourd des cailloux boulant dans le gromulltueux courrellant polyphonie magique de voix féeriques obstinées inlassables matellières & sonalités mêllées
ils respirent dans le soleil l’impalpable embrun qui s’éveille se relève & s’élève dans la transparence de l’air
odeur de l’eau
du flot jaillit l’écume qui s’envole en perles & éclabousse le granit
écailles de lumière sur la pierre miroitante
odeur de la pierre qui sèche rapidement
fusion avec la nature environnante universelle compréhension éternité fugace simultanéité harmonique
(pourquoi faudrait-il qu’il se passe quelque chose ?)
au mur la photo de Joyce punaisée sur le mur & une citation recopiée de Dedalus il y a si longtemps : je désire presser dans mes bras la beauté qui n’a pas encore paru au monde
j’embrase le tabac qui gonfle à déborder du fourneau… le tasse en tapotant avec le bout de l’index
je m'assois de nouveau à mon bureau
la température est douce… 1 souffle d'air frais porteur d’odeurs végétales donne vie à cette nuit à la lisière de l'été
d'autres idées viennent… différentes… plus intérieures plus concentrées… même sans arrêter cela prend du temps d'écrire… semble à la fois aller vite et peiner… les mots se dessinent vite & lentement… les pages se couvrent vite et lentement
la Nuit
& le Temps à genoux
l'odeur du tabac se mêle à celle du café coupé de whisky… l'artiste est prophète en son pari… il y a des hauts & des bas… la nuit se déchire & chie la Voie lactée dans les océans profonds
bientôt il n'y aura plus rien... alors nous pourrons glisser dans le néant
si j'en réchappe ce sera pour toujours... peut-être... peut-être pas... courir dans l'obscurité tiède… ouvrir de secrètes fenêtres sur des émotions qui passent…
toute la maison craque... l’eau circule dans les radiateurs… lorsque dans la nuit les idées sont de nouveau bien alignées chaque grincement du bois des meubles de la charpente de l’escalier devient le signe inquiétant d’une présence invisible...
le vent tourbillonnant a amassé les feuilles mortes en tas parfois 1 feuille se soulève… comme 1 paupière lourde du grand sommeil… puis s’éloigne doucement... & c’est comme 1 respiration de la morte saison… nous sommes entre chien et loup… plus chien que loup… les matins sont gris… il bourre 1 nouvelle pipe puis arrose le tabac trop sec d’1 langue de feu... debout à la fenêtre il observe impassible les arbres dans le vent les 12 chiens errants... le martèlement du Temps
zig… zag… la volonté… la volonté d’écrire… & que rire… tout vient de là… ouais… tout vient de là… exit les mecs ignobles… adios les filles trop distantes…
vous végétez... alors vous ouvrez au hasard Shakespeare ou Rabelais & vous vous mettez à reverdir… l’exigence… n’oubliez pas… & zig & zag… le côté ensoleillé de la rue n’est pas toujours le plus agréable… on croâconrêve…
dans le rêve on tombe sur des mots… des mots comme hallomégalie… & on apprend qu’il s’agit d’hypertrophie d’un orteil… allus… orteil… allus… allus… phallus… hallucination délire folie… filles aux hanches larges dans le Levi’s à mi-fesses… & zig & zag… nombril à l’air taille étroite & seins bombés… sous les pulls à col roulé… 1 explosion de chair chaude… & zig & zag… des pools de poules sous les pulls…
& zig & zag… faire reculer l’horizon dans l’absence des mots… & zig & zag… repousser la nuit… dévoiler les formes… percevoir les couleurs… saisir toutes les gouttes de la mer profonde… avaler la poussière de l’Univers… remonter le Temps… faire trembler les promesses… la mort dans l’âme… à la marge… dans le décalâge des ténèbres… remonter les noyés du petit matin croisant les pendus descendant de la veille… jouer à la feuille morte voltigeant dans le vent d’automne… rester blessé dans sa solitude… pleurer sur l’absence de swing qui fait que tout n’est que bruit & fureur… il y a l’alphabet… souvent alphabête… faut en faire quequ’chose & pas rien… il y a plus de choses au ciel & sur Terre que n’en peut rêver toute ta philosophie Horace … sinon le vers est dans le fruit & la poésie se meurt… & la poésie semeur ? tirer à bout portant sur les malentendus qui bouffent la vie
j’insérai 1 cédé de Franck Albert Hyper Sinatra dans l’autoderadio pour me mettre de bonne humeur... Fly me to the moon... de circonstance... let me swing among the stars... accompagné par Moont Basie... ne cherchez pas : y’a pas mieux... & souvenez-vous que lorsque Lester Hyper Young est mort : dans sa chambre… sur le phono… tournait 1 disque de Sinatra... peut-être Someone to watch over me ?... & quand Carl Gustav Archi Jung est mort : qu’écoutait-il ? a-t-il eu le réconfort de la musique ?
concentré sur les primordiales minutes du big band je ratai la sortie ! partie-cul solitaire… embringué à trente à l’heure dans la file de voitures vague troupeau hippopotamesque au gros cul foireux nauséabond…
j’étais obligé de suivre… bon !… j’avais fait le plein d’essence… bon !… j’étais au chaud… la musique était bonne... exceptionnellement j’acceptais cet état de feinte
entre le passage à vide & la blague à tabac il fallait éviter le passage à tabac... je tirai 1 pipe d’une poche… tabac… bourre-pipe & briquet… & j’m’en préparai 1 que j’allumai après avoir baissé 1 vitre...
dix-huit heures trente : l’heure des infos
exit Franckie ! place aux désastres du monde dans l’quel nous survivons...
les éditos entre Noël & la nouvelle année : trouffitruffés de pimpompimponcifs d’1 neuneutralité bienveillante… bobonnes intentions à toutour de brabras... pendant qu’on réfléchit au gros menu du prochain réveillon on glisse deux lignes sur ceux qui sont sans travail & sans logis parce que trop jeunes... ou trop vieux... ou trop étrangers... ou trop diplômés... ou pas assez...
réveillon ! réveillons !... mais qui ?
vous ! Réveillez-Vous ! les scatos du Parti du Gentil Marché vous bouffent la moelle !...
1 discours mondial de boutiquier libéral dissimulant 1 échangisme oligopolistiquement abject ! des spéculateurs galopant derrière les cours de la bOURSE ! les cours de la bOURSE coursant le chômage ! le chômage coursant la précarité de vie grandissante ! la précarité coursant la retraite qui recule !…
communication de pacrottille ! médias pour les masses ! jeux vidéos vides & bêtes ! vie des bêtes ! jeujeux à gratter ! jeujeux qui démangent ! camelots scathodiques balançant des attrape-couillons entre deux grosses blagues rimant avec on vous nique ! multiplication de nouvelles infantilisantes dans les journaux radio & tévé ! & vive la ménagère qui à réussi à faire mijoter 1 cassoulet dans son lave-linge ! vive l’agriculteur qui a réussi à faire pousser 1 radis plus gros que sa bite ! vive le chômeur gagnant du loto : on rassure on rassure !...
on rassure le téléspectateur par la réussite anecdotique de ses congénères...
& pendant que la rue meurt on vante des mondes meilleurs...
virtuels...
on éjacule des technologies confondantes pour des bébés tout neufs ! pour des villes irrespirables invivables ! & on oublie le bien-être qu’il y a à ne pas suivre 1 mode ! le bien-être à regarder un coucher de soleil assis sur le sable propre d’une plage non polluée ! le bien-être à se promener en forêt en tenant la petite main d’1 enfant ! le bien-être à grimper 1 montagne avec des copains ! le bien-être à sortir sa chaise devant sa porte & à discuter avec les voisins...
tout ça qui n’existe plus que dans des séries & des pubs télévisées pour des mômes qui n’ont jamais vu la mer ou la montagne...
entre 1 fuite radioactive & 1 pollution de rivière que nous promet-on au nom de l’irréversible progrès ?... TOUT !
il suffit de fermer les yeux & de se laisser bercer par cette réalité virtuelle consommable par boites de dix avec 1 réduction grâce à trois preuves d’achat... & avant toute chose : vive la bOURSE & vive la mÉTÉO ! vive la bOURSE pour ceux qui se font des couilles en or & vive la mÉTÉO pour ceux qui nous mettent à bas… regardez ça : foutbollo ! loto ! météo !... auto ! lolo ! dodo !... coco ! schizo ! boulo !... 1 ministre (Monsieur Touvabien ou Monsieur Touvamieux ou Madame Touvamoinpire)… éventuellement 1 peu d’infodumonde... mais pas trop... & loin...
dîners en ville… autocensure… connivence de caste… politiciens & journalistes décidant de ce qui nous intéresse… de ce que nous pouvons comprendre… de comment nous le dire… & surtout de ce qu’i’n’faut pas nous dire…
demain on razgratisse : la chanson est toujours la même ! mais on change la soupe musicale & elle paraît nouvelle... nouvelle comme ces musiques que des forçats des chaînes télévisées concoctent durant l’hiver pour faire danser le bon peuple consommateur l’été au bout de leurs grosses ficelles : on n’est pas tous câblés mais on est tous ficelés…
nous sommes devant nos téléviseurs comme des mourants qui savent qu’ils vivent leurs derniers jours & qui n’ont plus la force de parler & de sourire à leur entourage... & chacun feint de rassurer les autres... & les gens ont mal... & la minorité qui s’engraisse donne des leçons de morale : serrez-vous la ceinture ! serrez-vous la conscience ! votre misère c’est notre fortune ! faites 1 effort : vous gagnez encore trop ! mais consommez consommez ! mais empruntez empruntez : vous n’avez plus le choix ! vous êtes embrennés couillonnés bâillonnés !… quand vous ne pourrez plus rembourser vous serez à la rue !... & alors ?... faut bien que le mARCHÉ se régule !
marchandisation de la société ! publicitarisation de la société ! gadgétisation de la société ! atomisation de la société !... Des sous des sous !
& quand survient 1 crise : CRAC ! on ressert les mêmes ragoûts trop réchauffés que lorsque 1 guerre a tout ravagé : plus jamais ça !... jusqu’à la prochaine le temps qu’on oublie…
parfois même on entend les pires clichés que les guerres n’ont pas usés : il faudrait 1 bonne guerre pour nettoyer tout ça !
& quand c’est le CRAC ! du mARCHÉ on entend sinistrement les mêmes paroles : le CRAC ! va assainir le mARCHÉ !
des millions de personnes laissées sur le carreau… exclues ou en passe de le devenir... peur du chômage pour soi… pour son conjoint… pour ses enfants... peur de la pauvreté… de la maladie…
quelques dizaines de firmes contrôlent la planète & on met les pauvres en concurrence !...& puis d'abord : qu'est-ce qu'un Noël sans neige ? neige donc tant vécu que sur cette insanie ? le quidam devant sa télé regarde les paillettes électroniques d'émissions pré-enregistrées où les participants feignent d'attendre l'heure pile de s'embrasser... il a 1 sourire crétin scotché sur sa face ou bien il fait la gueule parce qu'il a trop l'blouze... faites la fête ! vous lance-t-on... & youpiii paillettes confettis : on chie sur ton ennui toi le redevant de la télé mormoilnoeunoeud ! l'imposable du mégahertz ! l'assujetti de la chaîne & du câble réunis !... télévision & Internet même combat : on fait passer ça pour des grands instruments de démocratie & on vous garde chez vous bien sages à visionner la merde qu'on déballe...
le meilleur de la télé c'est quand y a plus d'émissions
l'écran n'est jamais noir : les électrons désorientés se scratchent sur la paroi du tube... ça crépite ça grésille... des ombres fantomatiques s'y laissent percevoir : on peut rester des heures
hypnotiques à tenter de les deviner... c'est étrange & attirant... qui sont-elles ? que veulent-elles ? d'où appellent-elles ? elles profitent de ces moments nocturnes où la vigilance
s'amenuise pour tenter de passer de l'autre côté... ou pour vous attirer à elles... des gens disparaissent ainsi & vont rejoindre ces spectres qui se collent à l'écran... prenez garde aux
heures sombres
les mois s'écoulèrent
quand revint l'hiver il était prêt à l'affronter... confortablement installé derrière des murs épais dans la chaleur bienfaisante de sa demeure… au-dehors... dans la nuit... la neige tombait sur le paysage fantomatique
1 ou deux fois par semaine il descendait au village faire ses courses... après ses achats il s'installait à l’auberge... dans la salle de séjour crépie aux vieilles poutres apparentes... & il passait 1 heure à siroter du café en prêtant l'oreille aux discussions... la fin d’après-midi était le meilleur moment à son goût... c’était à ce tournant flaccide de la journée où le soleil baissait... ses derniers rayons venant raser les tables recouvertes de toile cirée rouge... 1 placidité confortable qui mêlait insidieusement les banalités des propos & les éclats de quelques apartés & les muait en 1 bourdonnement paresseux & monotone
il bourrait sa pipe & la fumait en silence d’1 air assoupi & affable… dans l’ombre qui gagnait... les corps tassés sur les chaises prenaient 1 densité en 1 lent mouvement dans le temps & dans l’espace... le retrait progressif de la lumière arrondissait les lignes dans la poussière rendue visible... l’invisible devenait observable & cela agissait même sur le ton des parleurs... des joueurs de cartes qui tendaient l’oreille & plissaient des yeux en attendant l’apéritif
puis ce furent des années
je n'ai pas envie de dormir... je remplis à nouveau ma blague... change de pipe & sort à nouveau… je vais aller chez 1 copine toujours prête à m'accueillir… j'espère qu'elle sera seule
je sonne… je la réveille... elle ne m'en veut pas
elle porte juste 1 veste de pyjama... on file au pieu
il y a 1 paquet de cigarettes sur la table de chevet... je remarque ça & la plaquette vide de pilules dans le cendrier… ses cheveux s'étalent sur le drap… elle m'attend... chaude & molle comme 1 beignet… je glisse mes mains sous ses fesses... ne veux qu'elle pour la sentir rouler & tanguer sous moi... & mes fantasmes repartent à zéro
ragtime piano rag...
1 bleu océan se réveille sur 1 ville aux abords gris le rythme change & l'océan se met à houler d'avant en arrière comme le Soleil qui ne sait plus ce qu'il fait & qui se met à tourner autour de la Terre qui oscille pour ne pas le perdre de vue & surtout pas se faire enfiler à la surprise chicaboum a chicaboum 1 bleu délavé en forme de sandwich-piano-clé croise ses mille pattes & s'allume 1 cigarette tandis que le crooner se plante le micro dans le cul pour juger de l'effet sur les tympans des auditeurs affalés sur leurs tables rêvant à 1 nouvelle rasade de whisky américain sure old timer there's something wrong in these blue eyes ma copine ronronne contre moi son corps chaud me tient compagnie tandis qu'au bas du bâtiment se déclenche la guerre atomique la lumière qui transforme tout en ombre les aveuglescences comme les parfums les silhouettes comme les cris l'orgasme à l'échelle planétaire les moisissures qui se répandent voracement en foutant le feu vert à tout ce qu'elles approchent les cris d'enfants ne sont plus je me souviens des gémissements de ma copine tout à l'heure il y a cent millions d'années quand les crabes sur la plage ouvraient des boites de conserve avec leurs pinces multiprises il n'y a plus rien qu'1 vaste plaine de sable même pas fouettée par le vent la mer s'est retirée où bof ailleurs loin de ce foutu bordel où toutes les filles étaient pour moi il y avait 1 godasse dans laquelle poussait 1 géranium carnivore qui avait déjà bouffé le chat qui passait par là il y avait 1 arrière-cour déserte ou presque car au beau milieu trôanait 1 godasse qui dans de quoi toute cette merde nucléaire s'est dissoute dans l'atmosphère mais il n'est plus maintenant question que d'1 vaste luminosité glaucarde purée de pois dans laquelle frétillent quelques squelettes animés de la danse de sAINT gUY 1 type qu'est mort bien avant tout ça la bonne idée ma copine est réveillée elle veut remettre ÇA & elle se fout à quatre pattes sur le sol mouvant & moi je l'enfile en apesanteur par-derrière en réfléchissant aux derniers cours des valeurs à wALL sTREET achèterai-je vendrai-je mes Orgasmic Gulf ont gagné deux points & mes Foutreum Company se comportent très bien je maintiens des deux mains ce cul qui se trémousse & n'appartient à personne 1 cul dans 1 monde gazeux qui ne demande qu'à être en contact avec 1 clé en forme de queue 1 pépé en bas mâchouille tristement 1 tampon périodique usagé en guise de chewing-gum les temps sont durs mais sa bite est molle tout passe & il y songe en la grattant avec ses doigts jaunis par la nicotine il crache 1 jus rouge au moment où d'1 coup de rein j'enfile 1 dernière fois la fille qui décolle du sol avec de petits cris de surprise joyeuse bah si elle est satisfaite pourquoi pas je suis très conciliant lorsqu'il s'agit de baiser je m'allonge sur le dos pour méditer en fumant 1 cigarette elle se couche sur moi & reste immobile au repos comme elle ne me dérange pas je la laisse s'endormir ainsi alors que le Temps que j'observais depuis 1 bon moment déjà éjacule instant sur instant dans l'utérus des trois dimensions étoilées le Soleil utilise ses dernières tonnes de matière pour me réchauffer les glandes avant de s'éteindre dans le grand froid il fait nuit désormais la fille dort toujours j'ai plus de cigarettes les morpions ont bouffé le pépé d'orgasme en orgasme je crève doucement je me liquéfie en foutre BLANG fait le piano qui se referme sur ses bancs de perles peu à peu il n'y a plus rien
seul reste le Temps
tiraillant sur les emblèmes violacés baladés d'1 continuum à l'autre & s'esclaffanbattant des mains à la vue de ces visages aspect chop-suey à vous boucher le trouduc en poussant fort cigarillo coincé dans le bec & allumé avec 1 tison tiré du brasero rougeoiement parmi les étoiles sur fond de ciel admirable atmosphère nocturne d'été ibérique enchantement de l'âme & des sens le corps qui se pâme d'aise & respire à fond les narines frémissantes verge & pointes de seins durcies odeurs aphrodyonisiaques sans doute apportées par le vent la douce brise surtout ne pas bouger ne pas rompre l'enchantement on est encore romantique avec la Lune confidente tu parles tout marche comme ça n'avait jamais osé être rêvé deux ombres silhouettes épaule contre épaule dans la tiédeur de la nuit qui n'est pas tout à fait la nuit 1 nuit qui ne dormirait pas ça par exemple mais changeons de plateau le service est compris ne vous inquiétez pas vous êtes maintenant parmi des ruines de temple grec classique scène colonnades marches etc. le paysage multiséculaire est bouleversé ma c'est dans sa latine nature vous comprendo no si gut O.K. on enchaîne sur deux silhouettes qui se découpent mutuellement scène muette de carnage c'est atroce c'est délicieux avec 1 zeste de citron dont il ne reste plus que la souche c'est qu'on a donné le billet désolé monsieur pour de plus amples renseignements veuillez vous adresser à notre succursale d’Edenville Aleph alpha 001 nous les préviendrons ils ne seront donc pas au courant on passe à la chambre suivante où 1 gigolo d'1 trentaine d'années essaie de tringler 1 mémère emperlousée chatouilleuse de surcroît vierge jusqu'à quarante-deux ans bigote & dévouée au sEIGNEUR maudissant les créatures qui a fait 1 gros héritage inattendu & qui a touché le gros paquet même taxes & droits déduits alors elle a eu la révélation & sa réflexion ayant mûri comme des boutons d'acné elle a subitement décidé d'envoyer le curé se faire enréculer elle a délaissé brutalement l'harmonium depuis elle marche au cognac & aux jeunes qu'en ont des grosses comme ça dans le slip elle les préfère sans poils & circoncis allez savoir pourquoi & si vous l'apprenez revenez vite nous le dire ils jouent à la brouette tonkinoise dans des fumées de havanes trop secs sur des jetons & des plaques de casino reflets nacrés elle rit tellement qu'elle lui lâche 1 gros pet ronfleur prrrrrououppfff dans le nez il n'en peut plus sa bite se ramollit se dégonfle pfff bernique & couilles de fourmi heureusement qu'il a le droit de garder l’acompte pour lui au-delà l'histoire se précise puisque des enfants loqueteux braillent en se raccrochant aux frusques de leur mère veuve depuis ce matin le mari est mort à la grise mine mise à la porte du logement ce matin le logement 1 galetas les rats n'en voulaient point comme je vous le dit elle ira se prostiputer dans les ruelles sombres les impasses son petit con charmant qui a 1 jour tant espéré crie n'en jetez plus mais pire que ça ça crache ça jute tant que ça peut courtes & longues grosses & fines grises ou rouges les pines rataconniculant rentrentsortentrentrentsortentrentrentsortent & les couilles par deux brinquebreloquent qu'on a envie de taper du poing dedans tellement ça lui parait laid hier 1 jeune gars s'est noyé dans le lit d'1 rivierge ils ont eu beaucoup de petites écailles qui comme lui frétillent de la queue toute la saintesainte journée en scinscintillant plein de chochoses comme des reflets d'argent & d'aluminium vers le patient pêcheur qui sourit sardiniquement derrière son huit-reflet chapeau de paille cru 1976 bonne année & bonne santé de la part de gâteau & d'1 trantranche à l'autre on revient aux ruines grecques toujours là après quelques nouveaux siècles déjà vieux puisqu'1 siècle a toujours cent ans eh oui centenaires mais bien conservés les cadavres en rondelles ou plutôt les rondelles de cadavre se désolidarisent & roulent chacun à son allure vers la mer & le reflux qui les emmène au large tous poils dehors bah ne coupons pas les poils pubiens en quatre ou en soixante-treize rien n'y fera au sTOCK eXCHANGE ou à wALL sTREET ou sur toute autre place financière les cours dégringolent comme tout cours d'ailleurs tout cours d'eau de l'amont vers l'avale-moi ça il y a bien eu 1 type autrefois qui a dû être capable de faire la rivière remonter son cours mais c'est comme d'1 cancre sécher 1 cours n'est pas le véritable problème mais je vous cause de ça il y a déjà à l'heure qu'il est quelques trois millions quatre cent quatre-vingt-dix-huit mille sept cent trente-neuf années parce que ça se passait du temps de la bIBLE la bIBLE vous connaissez lABEL cAIN avec d'abord aDAM qui se marre tant qu'il en a mal aux côtes & que quand la marée elle remonte elle était en blanc mais n'y voyait pas plus que lui d'ailleurs ici intervient 1 sombre affaire de serpent mais je n'y crois guère pour moi il l'a violée mais à l'époque j'étais sur 1 autre affaire vieille d'1 semaine à peu près hein je recherchais le vERBE il était là le premier il a dû tout voir & tout entendre & comme son nom l'indique ne rien dire pas du bois dont on fait les poteaux indicateurs ici le bûcheron enfile sa femme & son épaisse chemise de laine jette 1 dernier regard & 1 jet de salive par terre avant de suivre son intuition & la route qui mène à la forêt il prend la porte & sa hache sur l'épaule il s'arrête soudain & lance 1 cri & 1 violent coup de hache sur le Temps
temps mort
on s'détemps
bibine bonbons susucres cacahuètes glacées esquiquimaux grillés préservatifs remboursés si pas satisfait c'est ici qu'intervient Malcom Sacré d'1 manière tout à fait inodore & insonore d'ailleurs c'est le moment de la résurrection hosannah etc. il se relève bande 1 foi bande comme 1 chef saisit 1 vierge qui rasait les murs & son pubis allez hop 1 fois deux fois trois fois il prend son pied & son temps il l'éclabousse de spermatozoïdes & l'envoie balader sans plus s'en préoccuper il reprend pied & sa route bandeur solitaire
revoici la nuit électrique
qui allie le crépitement des feuilles de toutes sortes dans le vent de nulle part à 1 multiplication ondulante des plans
où est la réalité ? dans cette porte que je regarde bien en face... cette porte fermée ?... ou dans cette même porte que du coin de l’œil je vois pulser... s'ouvrir & se refermer sous l'action d'1 main invisible ?
la Mort n'est-elle qu'1 long cauchemar ?... l'annonce d'1 éternel recommencement où pantins inconscients & impuissants nous tournoyons dans 1 dédale sans fin d'instants toujours recommencés ?... y aurait-il au-dessus de nous 1 loi de l'Univers... du type de celle qui fait tourner les astres & les éloigne les 1 des autres depuis l'explosion primordiale ?... & par laquelle nous serions entraînés de dimension en dimension jusqu'au crépuscule des temps qui viendra 1 jour ? bof...
la Mort... la Vie... tout se déroule simultanément & s'enroule de même…
nous nous berçons... nous nous bernons... avec des mots... Paradis... au-delà... salut... profit... pouvoir... épargne... crédit... communication... hier... demain... ailleurs... champagne... homard... vitesse... efficacité... rentabilité... nucléaire... tout 1 sac de nœuds jamais tranchés...
se voir mourir & recommencer... privilège de ceux qui dorment debout... statues de sel oniriques…
peut-être est-ce Cocteau qui trouve le ton juste dans sa version du mythe d'Orphée ? derrière 1 monde... au-dessus... ou à côté... ou l'englobant... il y en aurait 1 autre : celui d'1 après-vie ?..
1 loi qui ferait de nous des comètes revenant à intervalles réguliers à 1 point donné du Temps ?...
bof...
pourquoi pas RIEN ?
ne dormez pas ! vivez vingt-quatre heures sur vingt-quatre & guettez... peut-être alors apercevrez-vous comme 1 vague silhouette qui se défile... la Vérité…
soyez toujours en éveil... prêts à bondir dessus…
elle vous échappera toujours... mais vous avancerez…
la Vie... la Mort... les deux yeux vides d'1 même statue de marbre froid… plus vous avancerez... plus vous marcherez sur des ruines... parmi des ruines… les gravats s'amoncellent... comme les souvenirs… des spectres fugitifs d'ombres d'antan projetés sur des fantômes de murs... mais retournez-vous subitement & vous surprendrez alors ces silhouettes qui déambulent... en toute innocence... en toute impunité... derrière... plutôt que devant... c'est inévitable... 1 aile noire frôle votre nuque... vous ne la voyez pas... elle a disparu…
vous la sentirez peut-être encore... n'ayez pas peur…
ce qui est... est
quant au reste...
le Temps passe... ou plutôt : nous passons dans le Temps
la pendule pendule… comme à l'accoutumée... rien de neuf
parfois j'essaie d'engager la conversation avec elle... en vain… elle ne veut rien savoir... rien m'apprendre… seulement elle me donne l'heure... elle me donne seulement l'heure... est-ce seulement la bonne heure ? ne serait-ce que la bonne heure ? pour le moment ça n'est qu'1 heure comme les autres... 1 heure sans importance... 1 heurt du Temps contre ma conscience... écrire... 1 fois lancé... je me moque de cette pendule qui marmonne je ne sais quoi ? le problème est d'ordonner suffisamment les pensées pour les mettre toutes & surtout ne pas en oublier car elles viennent en même temps... il y en a qui se creusent la cervelle... ils creusent tant qu'il ne reste plus rien... l'imagination n'existe pas... tout le monde rêve : la faculté d'invention n'est que la marque d'1 esprit libre capable de créer de nouvelles formes
Anna ne se voit pas rentrer le soir dans la maison conjugale… mettre ses chaussons & préparer le pot au feu du lendemain... ou autre chose : c’est l’idée... faut ajouter que ça ne s’est jamais passé comme ça… même durant leur vie commune… pourtant elle se voit bien vieillir avec lui… il faut y penser… elle aussi a passé la quarantaine… elle l’aime… il l’aime… pourquoi vieillir seuls ?... mais ça ne veut pas dire nécessairement tous les matins tous les jours tous les soirs toutes les nuits ensemble !... c’est si bon d’être ensemble… la nuit le jour... mais ce célibat les a rendu égoïstes… un peu... chacun a appris à préserver son intimité… à s’en garder un peu pour soi-même...
c’est pourquoi par exemple elle ne lui a pas dit qu’elle couche encore avec d’autres hommes : peu & peu souvent… mais ça lui arrive... parce qu’elle en a envie… & parce qu’elle ne veut pas avoir l’impression d’être prisonnière... elle aime son sacré écrivain d’ex mari… elle aime sa solidité retrouvée… sa robustesse physique & mentale… ses élans… ses silences… son style… sa façon de faire l’amour avec elle… elle n’y renoncera plus... mais parfois un homme la charme un soir : il est différent… rarement aussi intelligent & cultivé… mais ça n’est pas pour la vie… juste pour une jouissance nocturne... ils vont chez lui ou à son hôtel s’il n’est que de passage - jamais chez elle… il met des préservatifs & elle se laisse aller au plaisir des ventres mélangés... quand il se retire d’elle il ne laisse rien… tout est dans la capote qui finira dans la poubelle de la salle de bain... il reste un souvenir de volupté… de corps à corps moites… des fois elle repart au milieu de la nuit… des fois elle reste jusqu’au café matinal… ça dépend de la journée qui l’attend... certains auraient peut-être voulu la retenir plus longtemps près d’eux : la réponse est & sera toujours non
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