(Victor Hugo : William Shakespeare)
Il y a des hommes océans.
(…) vous avez Shakespeare, et c’est la même chose de regarder ces âmes ou de regarder l’Océan.
(…) Shakespeare, c'est la fertilité, la force, l'exubérance, la mamelle gonflée, la coupe écumante, la cuve à plein bord, la sève par excès, la lave en torrent, les germes en tourbillons, la vaste pluie de vie, tout par milliers, tout par millions, nulle réticence, nulle ligature, nulle économie, la prodigalité insensée et tranquille du créateur. (...) Shakespeare est le semeur d'éblouissements. (...) Shakespeare, frissonnant, a en lui les vents, les esprits, les philtres, les vibrations, les balancements des souffles qui passent, l'obscure pénétration des effluves, la grande sève inconnue.
(Jack Kerouac : Vieil ange de Minuit - Shakespeare et l’outsider)
(…) Il est, dans son coin, seul au Ciel, le plus grand écrivain de tous les temps, dans toutes les langues et tous les pays, dans l'histoire du monde : - « Depuis Lucrèce, l'humanité et ce monde n'ont jamais été passés à un tamis plus fin ni plus impitoyablement consolés que dans les tragédies de Shakespeare » (Oliver Elton). - Comparé à lui, Homère a gémi, Dante aussi - Cervantès ne pouvait combiner drame et poésie dans des débordements concentrés et singuliers, que sont Othello, Hamlet, Henry V et qui vous brisent le cœur année après année Tolstoï a piqué une crise - Goethe s'est émerveillé et mordu les lèvres - Nietzsche s'est mis en colère - Dostoïevski a soupiré - Blake et Smart ont souri - Les poètes chinois et japonais se seraient bouché les oreilles et auraient détalé de Londres - Burns a frissonné - Pound a été pris d'une jalousie sans raison, appuyée sur des cadences provençales - Donne et Vaughan et Herbert ont fait la grimace - Chaucer s'est assis dans sa tombe et n'a jeté qu'un coup d'œil curieusement Balzac, irrité, a taillé sa plume et essayé à nouveau et collé à son maître - Villon, inspiré, a contemplé l'avenir - Molière a haussé les épaules et s'est concentré sur les simples mores Dickens a exulté - Carlyle a scruté la pénombre pour y voir une pareille lumière - Masey, Dan Michel et Spenser ont porté le deuil sous cape - Des idiots modernes comme Apollinaire, Maïakovski et Artaud ont simplement craché vers les étoiles pour le défier - Johnson a hoché la tête - Pope s'est incliné - Melville a souri exagérément - Whitman a accepté Emily Dickinson parlant des fleurs,
Les plus parfumées, quand fanées,
Signalent le commerce des lauriers,
a compris, et James Joyce a jeté un regard par en dessous pour saisir.
Parce que (et ici je veux présenter une nouvelle théorie qui devrait véritablement être étudiée par les techniciens de la Recherche Shakespearienne), quand Shakespeare dit : « Des esclaves dans leurs loques comme Lazare dans son suaire taché, là où le chien du glouton avait léché ses plaies » ou : « Joan la souillon et son pot renversé, et les oiseaux dans la neige à couver » (combinant la pensée et le SON de l'ellipse d'un haïku japonais) ou ces majestueuses lignes consignées sur « le ravissement des enjambées de Tarquin» ou « Et à point nommé le voici telle la catastrophe de l'ancienne comédie », je me demande toujours : « Où a-t-il trouvé cette sonorité rythmée ? » et je pense toujours : « C'est ce que j'aime dans Shakespeare, la grande nuit du monde où il se déchaîne, vent furieux dans une cathédrale »
(…) Condell et Heminge ont raconté que ses manuscrits étaient à peine raturés, quand ils l'étaient, et qu'il coulait, apparemment, dans son écriture et noircissait dans une inspiration accélérée ce qu'il entendait comme un son pendant que le couvercle métallique de son cerveau se refermait conformément aux exigences de l'intrigue et des personnages sur la mer de cet anglais dévorant qui jaillissait de lui. Et je soupçonne qu'en dépit de l'insistance des nombreux doubles sens qui exigent une certaine réflexion, il a tout fait dans une intuition plutôt que dans la délibération et l'art que cela suppose. Ma théorie, c'est que Joyce a parfaitement compris ça, qu'il est le premier à le comprendre depuis 1615, à l'exception peut-être de Laurence Sterne (…)
James Joyce, quelque trois cents ans plus tard, a tenté de devenir « Shakespeare en rêve » et il a réussi. Finnegans Wake est du pur Shakespeare délirant par-dessous, au-dessous, partout : - « Avais pas plutôt été médusé de son effroiture que j'étais à biberonner la peur en pente plusieurs versets tout de go à tripoter le fjorg, la cinquième patte » - et ça n'est que la fin d'une longue phrase extravagante, purs Rythme et Sonorité à la Shakespeare mais avec les particularités irlandaises de souffle profond, aussi sombres que la tourbe chez Yeats. « TOUT ICI-LÀ ÉPOUVANTE KNUD DANS CE MONDE BELLINŒUD À PLEIN SVEND AUSSI AU MOMENT Où IL SE DILATE POUR L'AMÉLIORATION DE NOS FOERCITIONS DE LA NATURE GRÂCE À TON TRÈS ABONDANT DISSOLVANT EN RÉFÉRACTION SUR MOI COMME SI C'ÉTAIT UN ENNENNEMI INTIME » - Ni votre Webster d'étudiant ni même votre antique dictionnaire Stormonth ne seront ici d'aucun secours: - « Papapiste! Exilé du pari! Prends la poudre d'escorbeau ! Étourdaud ! Endurance de perdreau. » - Vlan ! – Bang ! - Bing ! - Canon en coulisses, BOUM ! - « et » (Shakespeare) « tels, qu'ils ne furent certes jamais des soldats mais d'injustes serviteurs congédiés, fils puînés de frères cadets, cabaretiers révoltés et palefreniers pris au jeu, chancres d'un monde tranquille et d'une longue paix -» (passage qui prouve que Shakespeare entendait d'abord un son et puis les mots étaient là dans sa TÊTE VITE). (…)
et ce fut Joyce qui traça la dernière ligne, dans Ulysse, attentif à ce que la poésie soit modulée par la bouche, ondulée par l'intelligence et ensorcelée par l'esprit et pas seulement grâce à de lentes et mesurées introspections inductives, noyées dans la délibération angoissée des devoirs et des licences.
Mais Joyce n'a jamais pu fondre le drame dans une telle poésie, mêler les complots perfides à de tels soupirs et de tels cris, et être, de tous les écrivains de tous les temps, le plus Divin Thaumaturge, à jamais.


vite elle enfilait sa
chemise quand il se levait… elle la ramassait par terre là où il l’avait laissée tomber avant de faire l’amour… toute la nuit il l’avait tenue dans ses bras & l’avait réchauffée mais quand il
quittait le lit pour aller faire le café elle avait froid… & elle voulait sentir encore son odeur
bon !... j’y vais ! je vous laisse !... à ce soir Maman !...








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