allo Pluton ?

ciel bleu pipe

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je suis parti de chez moi… il le fallait… il fallait que je sache… j’ai vendu tout ce que je pouvais vite transformer en liquidités & j’ai pris l’avion d’abord pour les USA… je vais tous les rencontrer… je veux comprendre… le premier est –ou était ? je suis incapable de préciser- chef cuisinier dans un grand restaurant… c’est là que je l’ai abordé… il avait un air étrange… comme s’il souhaitait autant que moi savoir…

quand je me suis éveillé le lendemain matin dans ma chambre d’hôtel, je suis allé à la salle de bain comme chaque matin pour pisser & me laver les mains ensuite… & là j’ai vu le visage dans le miroir…

ça n’est pas moi… ou  plus précisément c’est moi & en même temps ça n’est pas moi : mon visage est… déformé ? transformé ?... métamorphosé est peut-être plus exact… on dirait un mélange de nos deux visages…

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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j’ai poursuivi mes recherches sur le net… je n’en dors plus… je suis sur le point de trouver quelque chose… il y a quelque part une vérité cachée… je dois encore creuser… le dernier élément n’est pas le moins troublant : tous les Eric LOW sont nés le même jour que moi… un 26 septembre… la nuit, dans mes insomnies, j’entends des voix qui viennent de je ne sais où… des souvenirs qui ne sont pas les miens –je crois- viennent à ma conscience… sommes-nous tous entrain de nous fondre les uns dans les autres ? pourquoi ? quel est ce dessein mystérieux ? projeté par qui ?...

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Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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les types qui s’appellent Durand, Dupont ou Martin savent avant même  leur naissance qu’ils ne sont pas les seuls à posséder ce patronyme… c’est dans leurs gènes : l’ovule est à peine fécondé par le petit spermatozoïde qui frétillait encore de la queue voici une seconde, que la division se met en route & les les chromosomes X de Papa Dupont-Durand-Martin mettent tout de suite au parfum les chromosomes Y de Maman : on a une bonne & une mauvaise nouvelle… la bonne nouvelle c’est qu’on ne sentira jamais seuls… la mauvaise, c’est qu’on va être des milliers à avoir le même nom… & si nos parents manquent d’imagination on risque même d’être des centaines à porter le même prénom ! toute notre vie ça va être le bordel ! à la Sécu ! aux Impôts ! dans l’annuaire ! sur Facebook ! sur Copains d’Avant !... on recevra des factures & des contraventions destinées à d’autres, ça prendra des semaines, voire des mois à régler les différends avec le Trésor Public…

c’est pareil dans d’autres pays… je pense souvent à ce séduisant acteur hollywoodien : Stewart Granger (Les Contrebandiers de Moonfleet, Sodome et Gomorrhe, Le Grand Sam, Le Beau Brummel, Scaramouche, Le Prisonnier de Zenda, Allan Quatermain et les Mines du Roi  Salomon, etc.) qui dû changer de nom parce qu’un grand acteur déjà célèbre portait déjà le vrai nom de Stewart Granger : James Stewart (Vous Ne l'Emporterez Pas Avec Vous, Mr. Smith Au Sénat, The Philadelphia Story, La Vie Est Belle, La Flèche Brisée, Fenêtre Sur Cour, Vertigo, L’Homme Qui En Savait Trop, L'Homme Qui Tua Liberty Valance, Autopsie d’Un Meurtre, etc., la liste des des grands classiques hollywoodiens auxquels il a participé est si longue que je l’arrête là !)…

le sel de l’histoire c’est qu’en réalité James Stewart ne s’appelait pas James Stewart ! c’était un pseudonyme !...

en résumé, un type qui s’appelait James Stewart a dû changer de nom parce qu’un autre type qui se faisait appeler James Stewart ne s’appelait pas James Stewart…

En m’appelant Éric Löw, je suis longtemps resté persuadé d’être tranquille avec ce genre de mésaventure… que je devienne célèbre ou pas, n’ayant d’ailleurs à ce sujet aucune ambition particulière, & ne courant pas après mon quart d’heure de célébrité comme tant de traîne-patins & autres trous du cul qui dans ce but sont prêts à tout pour étaler leur médiocrité à la tévé ou sur le web…

le web… voilà bien le problème…

l’amour d’une mère laisse croire à des chimères : on est le plus beau, le plus intelligent, etc., en somme on se croit unique…

puis, le jour où l’on veut créer un blog, on s’aperçoit que des tas d’Éric Low ou Éric Löw ont déjà une existence sur la même planète, & puis on reçoit parfois des mails destinés à Éric Low ou Éric Löw & c’est pas soi-même…

alors un jour on se connecte sur Google Images & on tape Éric Low en requête… & là on voit apparaître des visages totalement inconnus de soi… si encore c’était toujours le même, on pourrait se dire c’est peut-être que je ne me regarde pas assez dans un miroir, c’est peut-être ça ma trombine ? mais le problème est qu’on découvre dix, vingt visages différents… qui a ourdi un complot contre moi ? qui veut me faire perdre la tête ? qui joue avec mon destin ? il y en a de tous les pays, des gros, des maigres, des bruns, des blonds… politicien, cuisinier, vendeur de piscines… qui est le protéiforme Éric Löw ? je ne sais plus… mes certitudes ont disparu

qui suis-je ?

Eric LOW

 

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Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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le meilleur de la télé, c’est quand y a plus d’émissions

l’écran n’est jamais noir : les électrons désorientés se scratchent sur la paroi du tube, ça crépite, ça grésille, des ombres fantomatiques s’y laissent percevoir, on peut rester des heures hypnotiques à tenter de les deviner, c’est étrange & attirant… qui sont-elles ? que veulent-elles ? d’où appellent-elles ? elles profitent de ces moments nocturnes où la vigilance s’amenuise pour tenter de passer de l’autre côté... ou pour vous attirer à elles… des gens disparaissent ainsi & vont rejoindre ces spectres qui se collent à l’écran… prenez garde aux heures sombres…

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Par Eric LOW - Publié dans : Nocturnes
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enflammer une allumette pour allumer un cigare, avant de se préparer à découper les pages d’un nouveau livre… un Romeo Y Juliette, l’essence du cigare cubain, & prendre le temps de le fumer en les respectant… comme je respecte le livre que j’ai entre les mains… parce qu’avec les objets que l’on aime, il faut prendre le temps… il faut se recueillir… comme devant un bronze ou un marbre de Rodin ou de Camille… & rester à regarder la lumière glisser amoureusement sur sa surface jusqu’au crépuscule qui la recouvre… un livre auquel on tient nous parle dans un langage silencieux… par sa simple présence… il est souvenir… avant même d’avoir été lu… celui-ci : « Écrit dans un jardin » de Marguerite Yourcenar, édité chez Fata Morgana… un joli petit objet sur vergé ivoire (un papier que j’aime beaucoup)… un livre non paginé… mince comme un carnet de bal, plus mince, même… un petit objet qu’on peut glisser dans sa poche sans en sentir le poids, sans qu’un œil étranger n’en devine la présence, & qu’on peut extraire pour lire une phrase, un paragraphe… dix-huit pièces, pensées fugaces, sensations ultimes de l’existence… parfois tracées d’une phrase, rarement deux ou trois… ultra sobriété empreinte de toute la sagesse d’une vie… si tant est que la vie nous rende sages, pas tous… certains, certaines, ont accumulé suffisamment d’expériences pour dire en peu de mots ce que toute une vie leur a appris à regarder… en séparant les feuillets, on laisse l’œil parcourir un mot, deux mots… & l’on passe aux feuillets suivants… & l’on se créé une impression… c’est comme une suite de photos instantanées… ça n’adhère pas à la rétine comme une trop forte lumière, mais le cerveau enregistre ces stimuli, & compose une totalité différente du tout… aussi vraie… ça n’est pas une lecture en diagonale, c’est comme de regarder une scène par une fenêtre entr’ouverte

Par Eric LOW - Publié dans : Désirs
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je vous causais il y a peu, des requêtes aboutissant à mon blog par les moteurs de recherche (module Administration d'O-B)

 

une des dernières en date est la suivante :

MANGER DU JAMBON EN SMOKING

 

je me doute que la personne est arrivée ainsi sur mon blog par mon "HISTOIRE COCHONNE"

 

dans tous les cas, cela souligne la qualité de mon lectorat

 

je serai réellement vexé si j'apprenais que mes lectrices & lecteurs mangent leur jambon au lit en faisant des miettes avec leurs biscottes, & vêtus de chaussettes chaudes & de pyjama en pilou-pilou

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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après s’être assis sur le haut tabouret, il tapota sa tablette pour lire son journal en ce matin pluvieux, & prit la jolie tasse en porcelaine à la machine à expresso & tourna par habitude le café, mais il ne mettait plus de sucre : il trouvait qu’il prenait du ventre depuis quelques temps… d’ailleurs dans le cadre de ses bonnes résolutions, il venait de s’inscrire dans un gymnase pour faire un peu d’exercice… il y allait & en revenait en voiture : il ne voulait pas salir ses bas de pantalon en pédalant sur un vélo

au gymnase il trouvait sur place le hammam, le sauna, le jacuzzi, la piscine, des rangées entières d’appareils pour courir, pédaler… il pouvait même y déjeuner le midi : on y proposait des « menus minceurs » hypocaloriques & équilibrés adaptés à ses objectifs… tout avait été calculé par son coach d’entrainement & son coach de nutrition

 

il but sa tasse en deux gorgées puis la reposa sur la machine, choisit une nouvelle capsule d’un café doux & aromatique, & relança l’opération

il n’avait pas à se lever car tout avait été étudié par l’architecte d’intérieur pour que le plan de travail soit le plus fonctionnel & le plus ergonomique possible… tout était intégré dans cette plaque de marbre : double évier, plaques de cuisson, un couvercle d’acier brossé pour l’accès direct à la poubelle, prises électriques pour les divers appareils, prises réseau & prises USB, la tablette tactile de trente pouces de diagonale avait été intégrée de façon à ce que sa surface ne dépasse pas d’un dixième de millimètre… il devait pouvoir travailler même dans la cuisine : comment se passer d’être connecté aujourd’hui ?

 

Leïla (son épouse) s’activait dans le salon sur son stepper d’appartement… un appareil haut de gamme qui lui faisait gravir des quantités inconsidérées d’étages,  elle qui montait en ascenseur à son appartement de deux cents mètres carrés, chic et de bon goût, au quatrième de cet immeuble en pierres de taille donnant sur un petit parc dans un quartier parisien très coté

l’écran vidéo géant accroché au mur diffusait des images & une musique spécifiques pour ce genre d’exercice… tout en expirant et inspirant en mesure, elle surveillait son rythme cardiaque qui s’affichait dans un angle de l’écran à cristaux liquides, envoyé par sa ceinture électronique : un logiciel calculait en temps réel le rythme cardiaque optimal selon le programme qu’elle avait choisi

sur une culotte en néoprène qui couvrait ses cuisses jusqu’aux genoux, & un tee-shirt, elle était vêtue d’un vieux survêtement épais qui absorbait bien sa transpiration, mais de larges tâches sombres attestaient qu’elle en était certainement déjà à une bonne demi-heure d’effort

ses longs cheveux bruns étaient réunis en une queue de cheval qui sautait en cadence

 

sur la baie vitrée les larges gouttes d’une averse automnale claquaient violemment... les plantes en pot alignées sur la terrasse se courbaient sous l’attaque, & la terre n’absorbait plus l’eau

 

Leïla n’entendait pas le vacarme, concentrée sur son exercice, sentant son métabolisme s’élever en température, calculant mentalement chaque gramme de graisse et d’eau dépensé, ignorant les gouttes de sueur qui ruisselaient le long de ses muscles... une flaque s’élargissait sur le revêtement de sol synthétique qui supportait le stepper

elle lâcha son guidon pour saisir la bouteille d’eau sur son support & dévisser le bouchon... elle bu au goulot, revissa le bouchon, & remit la bouteille sur son support, puis elle s’essuya avec la serviette qui lui couvrait la nuque et les épaules

La serviette glissa et tomba par terre

serviette !  commanda-t-elle assez fort pour qu’il entende de la cuisine

il se leva posément du haut tabouret, laissa l'article en attente & rejoignit le salon où il ramassa la serviette qu’il lui tendit

elle attrapa la serviette, mais il la retint… du coup elle tourna le regard vers lui qui ne cilla pas

il observait son visage moite & ses joues rosies, en songeant qu’elle avait le même aspect quand elle faisait l’amour…

Merci

alors il desserra sa prise & elle remit la serviette sur sa nuque

 

il se foutait totalement de ce genre d’escarmouche... c’est vrai qu’elle avait de temps en temps sa crise d’autorité, mais ça n’allait pas plus loin que ça… leur union était solidement cimentée par une myriade d’intérêts croisés : juridiques, financiers… le sexe aussi avait sa part… dans la caste dont ils étaient membres, ce mélange s’appelait l’amour conjugal

 

un quart d’heure plus tard, elle stoppa l’appareil & en descendit, puis s’essuya le visage & les bras avec la serviette qu’elle avait nouée autour de son cou… elle but encore un peu d’eau, & marcha jusqu’à la salle de bain où elle se déshabilla en jetant directement ses affaires dans le lave-linge qu’elle mit en route

elle entra dans la vaste cabine de douche entièrement carrelée & régla les jets sur massage, avec une température à 35° centigrades... au bout de quatre minutes, elle descendit la température à 28°… lorsqu’elle sentit son corps se raffermir, elle quitta la douche & s’essuya longuement & minutieusement avec un grand drap de bain

la VMC avait fait disparaître la vapeur

 

quand elle s’installa à son tour sur un tabouret face à lui, il avait déjà versé le jus d’orange dans un grand verre : 100% pur jus bio

 

il avait repris la lecture du journal

 

Le prix Nobel de Médecine 2009 a été attribué à l’Australo-américaine Elizabeth Blackburn et aux Américains Carol Greider et Jack Szostak pour leurs travaux sur l’enzyme télomérase qui protège les cellules du vieillissement, a annoncé lundi à Stockholm le comité Nobel.

Ils ont reçu le prix pour leurs travaux sur cette enzyme qui «protège les chromosomes du vieillissement», a indiqué le comité dans son communiqué.

(…)

Cette enzyme pourrait être la clé de la jeunesse éternelle car elle est impliquée dans le vieillissement cellulaire. Elle joue également un rôle déterminant dans la cancérisation des cellules.

«Les découvertes de Blackburn, Greider et Szostak ont ajouté une nouvelle dimension à notre compréhension des cellules et éclairé les mécanismes de la maladie et stimulé le développement de nouvelles thérapies possibles», conclut le communiqué.

(…)

Dans chaque catégorie, le prix Nobel est accompagné d’une récompense de 10 millions de couronnes suédoises (980.000 euros) éventuellement à partager entre un maximum de trois lauréats.

(Source AFP)

 

il songea que le temps qu’il arrive à la retraite il pourrait peut-être profiter des applications : à quoi servirait en effet d’avoir cette vie confortable si c’est pour se ratatiner avec les années & finir –selon les probabilités- à quatre-vingt ans ?... le fric qu’il pensait dépenser dans les hormones diverses du marché pour rester jeune & qui allaient vite devenir obsolètes…

 

il ne remarqua pas l’article suivant qui était apparu tandis qu’il caressait machinalement la plaque de verre sensible

 

- le Swaziland,  ceinturé par l’Afrique du  sud & le Mozambique, est indépendant de la Couronne britannique depuis le 6 septembre 1968, …

- sa population d’un peu plus d’un million d’habitants subit un taux de chômage de 34% & les deux tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté…

- la constitution en vigueur depuis 2006 interdit les partis politiques… c’est la volonté du monarque absolu qu’est  le Roi Mswati III

- le Swaziland est le pays du monde où l'espérance de vie est la plus faible : 31,88 ans en 2009

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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je me sentais pris au piège !...

le monstre rouge haut de trois mètres avançait vers moi en tendant ses six tentacules & je ne pouvais reculer plus : j’étais collé au mur… quasiment en infraction avec l’inscription au pochoir « DÉFENSE D’AFFICHER,  LOI DU… »

depuis qu’ils avaient mis le « pied »… enfin… façon de parler… disons « ce sur quoi ils se tenaient verticalement » & qui de fait ressemblait plus à des pinces à sucre qu’à des pieds… ne me demandez pas ce que j’entends par là ! vous savez très bien qu’on n’entend rien par là !... sauf si l’on est de Ganymède… mais celui-là arrivait de Proxima… en soucoupe… ça allait bien avec les pinces à sucre !...

il m’avait poursuivi durant deux kilomètres… je n’en pouvais plus !

ils étaient partout

nous avions été prévenus par les Ganymédiens, mais comme eux nous n’avions rien pu faire pour les empêcher… de planète en planète… d’étoile en étoile… insatiables… de galaxie en galaxie ils se répandaient partout & nul n’avait réussi à les bloquer

ils étaient trop fort… ils nous avaient jusqu’au trognon !

ça y est… à moins d’un mètre de moi il commença :

« & pour la modique somme de 450 000 crédits je peux aussi vous proposer… & si vous préférez payer par mensualités… »

pantelant & incapable de résister je pris machinalement le stylo qu’il me tendait & les contrats que je signai page par page…

ces types avaient la bosse du commerce comme aucun dans tout l’univers… irrésistibles… les terriens pouvaient compter leurs jours…

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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les cinq (mauvaises) raisons qui ont fait fuir ma femme, mes enfants, mes amis… & qui font que je ne suis jamais invité nulle part…

je suis d’un naturel peureux mais je cours très vite (ce qui fait qu’on a beau me chasser, dès que l’agresseur est parti je reviens au galop)

pas agressif pour un sou je n’ai jamais eu l’impression de déranger qui que ce soit… ma mère elle-même m’a avoué qu’elle n’avait presque rien senti en me mettant au monde…

je passe presque inaperçu dans la vie courante…

tout ça pour dire que je ne comprends pas pourquoi je suis ainsi rejeté ?...

je n’ai que des hobbies innocents qui ne font de mal à personne & j’aime mon métier… d’ailleurs mon employeur (qui évite toujours de me serrer la main… tout comme mes collègues…) est satisfait de mes services…

j’ai réuni ici ce que j’ai pu recueillir comme explications de la part de tous ces gens qui m’ont quitté…

il va sans dire que je ne suis pas d’accord du tout avec ce qui semble conclure implicitement à un jugement négatif à mon encontre…

mais je vous laisse apprécier la mauvaise foi de mes ex- (épouse… enfants… amis… relations… voisins… chien...) :

 

1) « tu es complètement marteau ! si tu crois que je vais vivre avec ça dans mon jardin ! »

(mon ex-épouse)

tout ça parce que j’élève des canards WC… j’en ai 1 belle collection…  de toutes les couleurs… je leur ai fabriqué une petite mare en forme de cuvette de WC… ils ont l’air heureux… en plus ils sentent bon ! j’en ai en plusieurs tailles comme ça ça fait des petites familles…

 

2) « t’as vraiment un métier à la con ! on n’ose plus le dire à personne ! »

(mes enfants : monstres d’ingratitude)

c’est moi qui fait « pouet pouet ! » chaque fois qu’une femme avec de gros seins passe dans une émission de TF1 : j’estime qu’il n’y a pas de sot métier… personne ne réussit comme moi à faire « pouet pouet ! » avec suffisamment de conviction… je pense d’ailleurs que c’est pour ça que j’étais le seul candidat au poste… du coup mon patron ne me laisse jamais prendre de vacances… ils aiment beaucoup les gros seins sur TF1 & je ne suis pas près d’être au chômage, moi !

 

3) « t’as vraiment des goûts de chiottes ! d’ailleurs c’est pas étonnant avec tes canards ! »

(mes ex-amis & leurs épouses)

je n’aime pas les fleurs… par contre j’aime beaucoup les radis… quand on m’invitait… plutôt que d’apporter une botte de fleurs j’apportait habituellement une botte de radis… c’est beau les radis… d’un rose profond avec leur petite tête blanche… & ils y en a des ronds…  des allongés… je m’appliquais : je panachais…

 

4) « si tu crois que je vais dormir là-dedans tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! »

(mon ex-chien)

j’ai voulu être écologiste : je lui ai fabriqué une niche en briquettes de bouse de vache séchée… c’est très isolant… bien sûr ça fond un peu quand il pleut & ça sent un peu… mais je remplace les briquettes quand elles sont trop ramollies… je trouve la niche superbe… mais maintenant que le chien s’est barré… sans chien, c’est sûr : elle fait un peu vide…

 

5) « c’est à toi qu’il manque une case ! »

(mon ex-épouse… à nouveau)

je suis un peu maniaque en ce qui concerne le rangement… c’est vrai… je l’avoue… mais est-ce vraiment un défaut ? j’aime que chaque chose ait sa place & qu’il y ait une place pour chaque chose… sinon c’est la pagaille ! voilà pourquoi j’ai fabriqué des rangements pour tout… dans les tiroirs de la cuisine il y a une case pour chaque chose… chaque petite cuillère a la sienne… sur mesure… idem pour les fourchettes… les cuillères à soupe… les fourchettes à huîtres… les pinces à escargot… les couteaux de table… les couteaux à découper… les ustensiles de cuisine… ça m’a pris un temps fou… tout en contreplaqué… j’ai numéroté chaque case & j’ai reporté le numéro sur chaque objet comme ça le rangement est facilité non ? & puis ensuite comme je trouvais ça pratique j’ai fait de même pour toutes les commodes & tous les placards de la maison… slips… chaussettes… soutiens-gorge… ensuite j’ai attaqué le salon : une case pour la télévision… une case pour chaque livre (avec la numérotation)… idem pour les cd & les dvd… eh bien ma femme & mes enfants ça les rendait dingues !

 

j’ignore si ce fut concerté ou non… ils se sont mis à foutre en l’air tout mon rangement ! je retrouvais des fourchettes à la place des cuillères… évidemment ça ne pouvait rentrer : ils avaient forcé pour ça… il a fallu que je refasse quelques cases… puis ils ont vidé tous mes canards ! en pleurant je les ai enterrés dans mon jardin… mais je ne suis pas resté longtemps abattu par l’adversité : j’en ai racheté d’autres… aussi beaux !... alors ils les ont kidnappé ! puis je les ai retrouvés dans les cases des livres !... je voyais bien qu’on voulait me faire craquer… alors j’ai mis des antivols sur mes canards & des cadenas sur les tiroirs… il fallait bien que je me défende… c’était ma santé mentale que je devais protéger…

 

un soir je suis rentré du travail après avoir lancé dix-huit fois mon « pouet pouet ! » (ce soir-là –grosse soirée- il y avait une émission de téléréalité), & les valises & les sacs de voyage n’étaient plus dans leurs casiers ! comme un fou j’ai ouvert toutes les commodes dans les chambres des enfants & dans la mienne : toutes les cases étaient vides ! ils avaient emporté toutes leurs affaires que j’avais si soigneusement rangées ! même le cadenas de la télévision avait sauté & elle avait disparu…

comble de malchance j’avais égaré la clé du cadenas de la case à whisky & n’ai pu boire un verre pour me remettre… pourtant cette clé aurait dû être dans sa case… je me demande s’ils n’ont pas fait exprès de l’emporter aussi ?

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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le jour ne parvient pas à se lever, & le serpent est déjà prêt à frapper

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Par Eric LOW - Publié dans : Paysages
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dans un article récent je me suis permis de rappeller la vieille complicité qui m'unit à David Hauguel -alias Dick Shaver pour son nom d'aventurier

il y a déjà quelques lointaines années, j'alimentais mes carnets de notes sur le web avec les requêtes des moteurs de recherche qui aboutissaient à mon blog "l'Art Se Nique"

je considérais ces requêtes comme des questions qui m'étaient posées, & j'y répondais donc avec le plus grand sérieux & la plus grande rigueur scientifique

mon commerce avec DH/DS relève à la fois des aventures lointaines dans des terres mystérieuses, et d'expériences scientifiques qui ont toujours fait faire des bonds impressionnants à la science

j'ai estimé qu'avant de passer à l'année 2012 & à la Fin Du Monde, il importait de revenir un peu sur le passé des Hommes

voici pourquoi j'ai décidé de rééditer cette petite chronique qui anticipait un peu sur ce qui devindrait plus tard le fameux "Bulletin des Sciences" dont j'ai fait paraître une grosse vingtaine de numéros

bonne année 2012 & bonne Fin du Monde !

(j'espère qu'elle sera plus réussie que celle de l'an 2000 !)

 

 

suite à mon article précédent j’ai reçu un courrier d’un lecteur (Dick Shaver)... les questions soulevées sont suffisamment importantes & pertinentes pour que je m’attelle brièvement (car mon travail de chercheur me laisse peu de loisirs) à une réponse qui n’en sera pas moins –j’espère- pertinente...

je vous cite les questions & je les traiterai ensemble :

 

bon tu peux laisser tomber pour le pull avec une fente dans le dos pour se gratter parce que j'ai trouvé la soluce.... je mets un grand gilet en laine à l'envers, avec le devant derrière comme çà je peux me gratter quand je veux où je veux. Ok c'est un gilet à capuche donc quand je la mets, je n'y vois plus rien, mais pas grave pour se gratter...

pour les requêtes, le mieux, plutôt que de passer dans google, c'est que je les fasse directement chez toi et après tu me diras à quel article cela correspond sur ton blog. c'est plus facile non ?

donc voici mes requêtes du jour :

"parler à sa main en faisant du vélo"

"acheter trampoline istamboul"

"transformer son slip en parachute"

"parler à un kebab"

"combien de roues maximum sur un vélo istamboul"

"faire du trampoline en slip istamboul"

"urgence médicales istamboul"

"manger un kebab en slip"

"déclarer un vol de slip istamboul"

"déclarer un vol de slip et de trampoline istamboul"

"origine des kebab transformés en vélos"

"manger un kebab en faisant du trampoline"

"décoller un kebab de sa tête istamboul"

 

je crois que c’est uniquement par mon nom que la référence à mon blog arrive puisqu’en fait cela fait référence à la thèse que j’ai publié aux éditions de la Sorbonne pour mon doctorat d’ethnologie :

« sémiologie de la chaussette de l’empire de Byzance à la Turquie moderne » (375 pages, bibliographie exhaustive & annexes non incluses).

 

Byzance à l’étymologie confuse fut une cité sur le Bosphore vers le 6e siècle avant J-C

son nom viendrait (sous toute réserve) de l’expression bien connue « my God ! but it’s by chance ! » qui signifiait qu’on y étalait richesses... esclaves... & déjà 32 chaines de télévision câblée... & que c’était là cadeau de la Providence

de « by chance » à Byzance, on voit qu’il n’y eut qu’un pas facile à franchir

aujourd’hui encore ne dit-on pas « mais c’est Byzance ! » pour exprimer le luxe ostentatoire qui s’offre à nos yeux ?

Byzance devint plus tard Constantinople, sous le règne de Constantin… il se serait appelé Maurice : elle serait devenue Mauricette... à quoi tiennent les noms !

cité hellène stratégique par sa situation, elle approvisionnait le monde grec des marchandises qui transitaient par elle

elle fut un enjeu tout au long de son histoire... je vous fait grâce des guerres du Péloponnèse & autres avaries : elle fut même près d’être conquise par Philippe roi de Macédoine, & ne dût son salut qu’à un bombardement serré de mayonnaise dont les soldats byzantins ne voulaient plus : gavés de cette sauce indigeste qui accompagnait leur ordinaire, ils eurent l’idée de la projeter sur les troupes adverses

même nos « ancêtres les Gaulois » tentèrent en vain de se l’approprier...

plus tard l’empereur romain Caracalla qui avait eu l’idée de prendre un pseudo pour se lancer dans le show-business (Antonius) l’appela Antoninia... toujours ce hasard des noms (si ce solitaire s’était appelé Taine, il l’aurait appelé Tainia)

finalement c’est Constantin (l’auteur de « où sont passées les pantoufles ») qui eut le dernier mot pour un moment : Constantinople !

les Turcs qui n’avaient qu’une très vague idée de la géographie du pays croyaient qu’elle était située sur un isthme arrondi : isthme en boule... la déformation donna Istanbul parce qu’ils ne savaient même pas qu’avant un « B » on met un « M »

Istanbul vers l’an mil atteignait déjà le million d’habitants... le commerce y était florissant... on comprend que baignant dans une telle abondance, & avec une telle densité de population, on y connaissait déjà les embarras de circulation ! ce qui provoqua au concile de Nicée II (« le retour ») la décision de faire aller tout le monde à vélo...

là fut la vraie cause du schisme de 1054 : le Pape refusant de laisser sa chaise à porteurs décida qu’il serait le seul chef de l’Eglise universelle... décision peu orthodoxe… & c’est ainsi que les chrétiens d’Orient se firent appeler les Orthodoxes par opposition légitime

le vélo devint vite très populaire : tous les vendeurs de Rapid’Kebab se déplaçaient à vélo pour livrer leurs clients (si le kebab arrivait froid, il était remboursé)... ils avaient leurs commandes inscrites sur les paumes des mains & ils les consultaient tout en pédalant, ce qui donnait l’impression aux passants qu’ils parlaient à leur main

le porte-bagages n’ayant pas été autorisé à cette époque car il prenait trop de place, & la circulation étant trop dense, les livreurs portaient les kebabs en équilibre sur la tête... il faisait chaud... ils étaient pauvres car très peu payés (il fallait rembourser presque tous les kebab qui arrivaient toujours froids), aussi n’étaient-ils vêtus en tout & pour tout que d’un slip... leurs secteurs de livraison étaient très précis : on le comptait en diamètre en 12 500 tours de roue... d'où la question entendue mille fois par jour : « combien de roues pour un kebab ? »...  celui qui sortait de son secteur & privait un collègue de sa clientèle était mis à bas de son vélo, & on lui lançait à la tête ses kebab, ce qui le ruinait

évidemment les kebab froids collaient aux cheveux, & les décoller était long... pénible... douloureux...

on voyait beaucoup de charlatans ambulants vendre des remèdes miracles pour décoller le kebab de la tête... mais la seule solution qui fonctionnait bien était de sauter sur place jusqu’à ce que le kebab tombe par terre... l’invention du trampoline date de cette période sombre : les sauts devinrent plus efficaces

on retrouve d’ailleurs cette pratique qui devint coutume ésotérique dans la danse des derviches tourneurs dont l’imposante coiffe symbolise le kebab dont il faut se défaire... ce kebab symbolique a une double signification, car il indique aussi tous les mauvais penchants dont nous devons nous débarrasser (« sur ton prochain tu ne lanceras pas de kebab »)

une autre façon de punir les collègues indélicats était de leur voler leur slip : sans cet insigne de leur profession, ils ne pouvaient plus exercer leur métier... voilà pourquoi certains infortunés qui réussissaient à s’enfuir le slip à la main se jetait dans le Bosphore, en tentant de ralentir la chute en se servant de leur slip comme parachute... bien sûr ça ne marchait pas à tous les coups d’où le développement des urgences à Istanbul !

 

voilà : je crois avoir traité à grands traits les quelques questions posées par mon lecteur... j’espère que cet exposé peut-être un peu trop scientifique ne vous aura tout de même pas trop rebutés ?

 

note : en poursuivant mes recherches, je me suis aperçu que l’expression bien connue « travailler du chapeau » trouve en fait son origine dans l’expression antique « travailler du kebab », puisque le kebab servait plus ou moins de coiffe…

Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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Par Eric LOW - Publié dans : Incertitudes
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sans que ce fut une journée comme les autres, ça ne fut pas non plus une journée vraiment très différente… la nuit avait commencé à pâlir vers six heures trente ce matin-là… mais après tout : chaque jour elle perdait une à deux minutes & ce serait ainsi jusqu’au solstice d’été… ensuite elle reprendrait au jour chaque seconde… chaque minute… dans l’éternel jeu à somme nulle qui s’enroulait & se déroulait comme une valse lente depuis l’aube des temps

 

l’homme se leva avant la sonnerie du réveil électronique qu’il déprogramma pour que sa compagne puisse poursuivre son somme… depuis quelques temps il ne jaillissait plus du lit chaque matin… en réalité, il ne savait pas depuis quand ?... simplement il s’était un matin rendu compte qu’il s’y prenait différemment… mais depuis quand ?... désormais –semblait-il- il devait d’abord s’appuyer sur son coude & basculer pour pouvoir s’asseoir au bord du lit… rien qu’avec ce mouvement il entendait ses vertèbres craquer… c’était seulement une fois assis qu’il se penchait en arrondissant son dos pour saisir ses chaussons & en même temps faire craquer les dernières vertèbres qui résistaient

le dos alors remis à peu près en place & les pieds bien au fond des chaussons moelleux, il se leva le plus silencieusement possible & sortit de la chambre en refermant doucement la porte

 

quarante ans de sports de toutes sortes & de gamelles diverses sans jamais prendre ça au sérieux, & à cinquante piges il n’était plus foutu de rester longtemps assis sans que son dos se raidisse… quand il se relevait, il lui fallait toujours marcher courbé pendant trois ou quatre pas avant de pouvoir se redresser… bah… y’a pas mort d’homme, pensa-t-il, grimaçant en traînant la patte vers les toilettes…

 

ce matin-là il parvint donc dans la cuisine où son vieux chien dormait dans son couffin déchiré & puant de son odeur de chien libre & courant après les lapins toute la journée, sous la pluie comme au soleil… il ronflait : ça aussi ne datait pas de longtemps

l’homme souleva le couvercle du poêle : il y avait encore de bonnes braises… il déposa dessus deux bûchettes & rabattit le couvercle

la pièce était voluptueusement chaude… préparer son café chaque matin dans la chaleur du vieux poêle était son premier plaisir de la journée… parfois il imaginait que ce poêle avait été là depuis moult générations & qu’enfant il se collait contre sa paroi en rentrant de l’école pour manger ses tartines…

le fait est qu’il avait acheté cette maison cinq ans avant & que le poêle provenait en dernier lieu d’une brocante de la région parisienne…

mais il avait fait retaper la maison, dégager les vieilles poutres, & il s’y sentait si bien que ça aurait pu être comme il l’imaginait

 

il avait le chauffage central… mais comme il était sentimental & qu’il avait de l’imagination, il se sentait les pieds bien sur terre –être au monde- en charentaises sur ses carreaux de terre cuite avec une bûche de chêne dans une main & un tisonnier dans l’autre

hier, à la seconde précise où les astronomes avaient calculé qu’on n’était plus dans le jour mais dans la nuit –faut le dire… car à l’œil nu… eh bien il avait donc passé le cap Horn des cinquante ans… pour amuser sa compagne de quinze ans plus jeune que lui il avait feint les Rugissants… les Mugissants… & bu beaucoup de champagne… ensuite sous la couette il s’était prouvé que sa vigueur ne l’avait pas abandonné

 

sans que ce fut une journée comme les autres, ça ne fut pas non plus une journée vraiment très différente… depuis une semaine qu’il avait rejoint sa maison de campagne, ses habitudes ne variaient pas plus qu’en ville : il se levait toujours le premier -tôt- & faisait le café… la campagne était humide & un peu de chauffage ne semblait pas de trop pour assainir la maison

ça faisait cinq années qu’ils étaient ensemble : il avait quarante-cinq ans & elle trente quand ils avaient fait connaissance au vernissage d’une exposition de photographies – elle disait expo de photos : c’est ça aussi la différence de générations…

 

ça se passait bien entre eux : sans habiter ensemble, ils formaient un couple heureux sans trop de tracas matériels pour bouleverser leur confort… la classe moyenne supérieure comme on dit aujourd’hui dans les médias… celle qui parvient encore à résister à la dépression économique… les plus nantis n’ont pas d’efforts à produire : leur conseiller fiscal est là pour leur garantir

 

il tapota du bout de l’index le centre du baromètre accroché au mur : l’aiguille bleue ne bougea pas… bloquée depuis deux jours sur le E final de VARIABLE… en direction de TEMPS SEC

il ferait donc aussi beau qu’hier… frais mais avec un ciel bleu sans nuage & un soleil qui permettrait sûrement de prendre le café dehors après le déjeuner, à condition de mettre un gilet…

 

elle était libraire, c’est-à-dire qu’elle vendait des livres… on trouvait dans sa librairie des livres… rien que des livres : pas de bonbons, pas de gadgets, pas de dvd… il enseignait l’économie à l’université locale… prof d’éco en fac… ils prenaient l’auto… ils allaient au ciné… puis au resto… ils étaient ouverts sur le monde grâce au net

les séjours à la campagne permettaient de recadrer un peu tout ça… ils retrouvaient le cours normal du temps… & même des mots entiers pour se parler

 

il termina sa première tasse de café sucré à l’édulcorant, puis il alla se raser & se doucher

il s’habilla après avoir pris ses vêtements dans la chambre toujours sans la réveiller…

des vêtements confortables

puis il retourna dans la cuisine boire une seconde tasse de café

il estimait en gros être à… quoi ?... les deux tiers de sa vie ?... un peu plus, un peu moins ?… il ne ressentait pas de satisfaction particulière à être ce qu’il était, ni à vivre sa vie telle qu’il la recomposait en pensée… pas de désillusion non plus… il ne se sentait pas à l’heure du bilan, il n’aimait pas son époque dans laquelle il trouvait que le rêve & l’utopie avaient été étouffés par une idéologie médiocre centrée sur le fric & le chacun pour soi… pire que ça même : sur le narcissisme & la négation d’autrui… une époque où le populisme était le moteur de la politique… où les larmes de crocodiles faisaient croire que l’éthique prendrait la place du fric pendant que des chiffres hallucinants s’amoncelaient : paradis fiscaux… bénéfices distribués… bonus planqués ici où là le temps de laisser passer la crise… aides d’État à des groupes de sociétés qui n’en avaient pas besoin, ou qui avaient tout faux dans leurs stratégies & qui appelaient au secours pour faire payer aux autres leurs gigantesques & imbéciles & amorales conneries…

 

tellement peu de son époque & pourtant tellement de son époque… des décennies antérieures avaient eu leur part de rêve, c’est vrai… mais l’envers du décor avait été cruel, & il n’aurait pas plus apprécié ces années-là

aucune nostalgie… sinon celle d’imaginer pourtant que ce poêle avait été installé par un ancêtre & qu’il avait réchauffé des générations de sa famille…

mais il en avait réchauffé d’autres… c’était pareil

mais il n’avait pas d’enfant… un jour peut-être ?... même pas sûr

 

alors la maison, le poêle… passeraient à d’autres… comme le vieux buffet… comme la vieille horloge… meubles & livres seraient dispersés… & iraient ailleurs construire à nouveau des petits bonheurs

il n’y aurait pas de traces de ses pensées… de sa force physique… de ces instants lumineux qu’il vivait avec elle… la place serait nette après son passage

une vie, ça s’efface en un coup d’éponge ici & un coup de serpillière là

les nouveaux habitants arriveront & passeront un coup de peinture : ils seront chez eux… ils abattront un arbre, ou en planteront un… ils feront poser une antenne parabolique sur le toit… ils changeront la destination d’une pièce… vendront le vieux poêle pour en tirer un bon prix…

 

debout devant la porte ouverte sur les champs, il aspirait l’air odorant en profitant des rayons du soleil qui entrait dans la cuisine

le soleil qui mordorait & réchauffait là où se posait sa trace lumineuse : les carreaux ocre du sol… le bois blond ciré du vieux bahut… l’air même, où il révélait les particules scintillantes de poussière impalpable dérivant paresseusement jusqu’aux fruits amoncelés sur le plat en faïence & aux légumes étalés sur la table, & dont les belles carnations étaient rehaussées par cette magie au fluide inépuisable qui avait vibré dans des espaces glacés, expulsé d’une étoile à des millions de kilomètres de ce petit endroit pour venir y effleurer avec la légèreté infinie d’une main de spectre affable les oranges pulpeuses à croquer à pleine bouche… les noires aubergines vernissées, les pommes rouges piquées de gris à manger au couteau, les beaux poivrons verts & rouges… les citrons d’un jaune acide… & une belle citrouille jaune orangé en majesté

 

l’odeur végétale de l’herbe humide qui pénétrait par bouffées restait concentrée dans le rayon oblique sans se mêler au lourd arôme du café de l’autre côté… comme un visiteur hésitant à franchir cette frontière tracée par le cerveau trompé par l’œil qui lui fait croire à la simultanéité de deux mondes distincts : l’un clair, l’autre obscur… là où n’agissent que les lois de la réfraction de la lumière… parce que nous sentons avant de raisonner, parce que le perceptible vient à nous avant l’imperceptible

 

il entendit qu’elle tirait les rideaux de la chambre, alors il emplit de café chaud & d’une goutte de lait le bol qu’il avait déjà préparé à son intention comme chaque matin… il ajouta deux sucres & disposa deux tranches de pain à côté

elle arriva dans la cuisine derrière lui & l’enserra de ses bras en déposant un baiser sur sa nuque, puis pour plaisanter elle disposa ses cheveux qu’elle gardait longs sur son crâne dégarni

elle s’assit à son tour & beurra ses tartines en le regardant s’étirer en baillant

il va encore faire beau aujourd’hui remarqua-t-elle

Par Eric LOW - Publié dans : Bruits de l'Univers
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qu’est-ce que tu prends le matin ? demanda-t-elle

la même chose…

& il se recoucha

Par Eric LOW - Publié dans : Désirs
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ACTIVITES PARANORMALES

je reçois à l’instant un objet émouvant dont je ne sais s’il annonce la fin du monde connu ou s’il le sauvera ?... pour qui a pu suivre ces sept dernières années les expéditions scientifiques de David Hauguel (alias Dick Shaver) & moi-même, expéditions lointaines qui nous ont conduit (sous l’égide du Grand Kan Ivan Rebroff) de la Mongolie jusqu’à la Terre Creuse au Royaume d’Agartha, qui ont connu l’épisode malheureux (enfin pas tant que ça…) durant lequel mon compagnon a été piégé par un courrier qu’il ne fallait pas ouvrir, puis translaté jusqu’à Pluton avant que cette planète ne disparaisse (épisode au cours duquel il a été contraint d’épouser une jeune & ravissante beauté du cru mesurant 4 m de haut pour 3 tonnes de bonne viande nourrie à la pizza surgelée), pour qui nous a connu ainsi –disais-je avant de m’interrompre moi-même grossièrement ; pour qui se souvient également de mes recherches –impulsées par son intuition légendaire- sur le port du kebab à Istanbul, nul doute qu’on accueillera avec émotion l’arrivée étrange par l’entremise du facteur (rien n’est plus étrange que ce qui paraît au premier abord comme normal… normal, trop normal ?…) d’un objet mesurant environ 228 mm x 152 mm x 5 mm

en ouvrant l’objet, on tombe sur des révélations qui posent tant de questions qu’alors on  ne doute plus que David est bien de l’espèce rare qu’on appelle (faute de mieux) un Initié

depuis quelques années, en effet, notre cher David nous entraine dans les failles temporelles & vers des mondes parallèles, parfois à notre insu... il nous fait entrevoir les réalités insoupçonnées… car il n’y a pas UNE mais DES réalités… ça serait trop simple… la réalité n’est pas une & indivisible comme devrait l’être notre chère République à laquelle nous tentons de nous accrocher malgré les vents contraires… non : la réalité est un miroir brisé, & chaque éclat nous indique des reflets de Choses invisibles

 

que nous révèlent finalement les textes & photos recueillis par David dans cette boite magique qui ressemble à un livre -mais qui est plus que ça ?

l’Humanité… la sienne, la nôtre… David possède à l’extrême une qualité que si peu d’entre nous osent utiliser : l’empathie

il est en empathie avec le monde, avec les êtres animés & inanimés… & il pousse si loin cette qualité qu’il ose la pousser jusqu’à la sympathie : David est en sympathie avec le monde

David ose… comme le grand Shakespeare le fait dire à Macbeth, il « ose tout ce qui sied à un homme, qui ose au-delà n’en est plus un »

 

à travers tous ses textes & toutes ses photos (celles qu’il a réalisées & celles qu’il réinterprète), David révèle –malgré lui- qu’il ose investir sa modestie, sa sagacité, sa curiosité & sa bonté envers l’humanité

 

& c’est en poète que lui viennent des phrases inouïes telles que :

 

« Allongés comme des troncs fraîchement abattus attendant la scierie. »

 

« Des méduses sortaient le soir de l’eau pour aller se jeter aux visages des promeneurs et brûler leurs traits. »

 

« L’abolition de toute distance est un parfum. »

 

mais je m’arrête là pour vous laisser la surprise de ces phrases brèves pour la plupart, brèves mais pas sèches

 

je pense qu’il est un nostalgique optimiste, qu’il est juste un mec normal qui s’assume comme tel, qui s’en amuse, & donc comme il y en a trop peu… ce qui prouve, finalement, qu’il est supérieurement intelligent

nous avons le même âge... c’est un âge auquel on peut enfin se permettre de n’être pas envieux des qualités de ceux que nous rencontrons, de n’être pas en rivalité comme trop de zouaves qui se prennent pour des mâles dominants surveillant si l’autre n’a pas une Rolex plus grosse que la sienne

 

évidemment ce que je dis n’est pas sérieux, être sérieux serait aller « au-delà »

David n’est pas sérieux non plus

c’est ainsi que je me sens en grande fraternité spirituelle avec lui, & que je vous encourage à aller faire un tour dans sa petite boite magique –bien que je regrette tellement de textes & de photos qui ne s’y trouvent pas… mais qui feront peut-être l’objet d’une prochaine livraison ?

 

une dernière citation tout de même, les mots ultimes de ce recueil dans lesquels on retrouve tout David :

 

« Qu’est-ce que c’est ?

 

Qu’est-ce que c’est ?

 

Allons-y »

 

monde paranormal

Par Eric LOW - Publié dans : Vertiges
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