"les hallucinations dangereuses peuvent venir le jour ; mais, elles viennent surtout la nuit. Par conséquent, ne
t'étonne pas des visions fantastiques que tes yeux semblent apercevoir."
Lautréamont
sur 1 Tumulus d’Abus
l’Artiste Pathétique lance aux Soleils d’1 Instemps
ses volutes arborescentes
altérations merdiques tragiques métaphysiques
du Bonhomme spéculatif…
le Non-Être se réjouit de sa Non-Existence
1 Obscénité est lâchée : l’Écho n’en veut pas…
elle disparait dans l’insondable gouffre de la chrétienne charité
cache sexe du Saigneur perdu dans ses vignes
linceul absorbé dans l’émerveillement d’1 monde décrépit
où se fondent les ombres
où l’aspect cul-à-tifs l’emporte sur l’aspect merde-aux-zoïdes
lorsque l’on dispose d’1 tel potentiel de Tourbillon
la Morts’effa
d’elle-mê
fétide putride nauséabonde atomisée
l’Ogre a faim : il part à la recherche d’1 Proie facile
ses Grandes Couilles laissent 1 double Sillon sur le trottoir bitumeux
d’1 Ville maintenant désertée par les Enfants
sinistres Reliques des mauvais jours d’avant avant
perdu dans des rêves érotiques & constipétoires
je ne me lasse pas de la statue de marbre froid
qui me tend 1 index accusateur
mais je n’ai pas à me justifier aux yeux aveugles d’1 statue
polie & immémoriale glacée comme le Temps arrêté
Pennis est ma statue préférée : Pennis est la bonne anglaise
je la saute tous les lundi : c’est la semaine anglaise
c’est ma préférée
c’est d’ailleurs la seule que j’ai
la seule qui me reste
on m’a enlevé les autres
quelquefois dans mon sommeil
je rêve que j’en trace les contours du bout de mes doigts
& elle dodeline de la tête
quand elle éternue c’est qu’elle a atteint l’orgasme
j’aime bien Pennis : elle sait rester à sa place
ça n’est pas rien pour 1 statue
Pennis c’est le Beau plus ressemblant
1 nuit que j’étais ivre & curieux de cette déesse goguenarde
je l’ai renversée sur le divan
Pennis est 1 statue de marbre froid
froide comme le Temps qui fuit
sournois voleur & rapace
dans la Nuit qui est là
qui conserve les poses
qui conserve les pauses
je me retiens encore
l’Anomalie Est
dans la Nature
elle Est la Nature
la Naturede la
Nature
des choses & des sons
des roses & des sens
l’Esprit enfin révélé à Lui-même écope les dernières gouttes d’1 jus figé
les Parfums capiteux se bousculent au Portillon des éprouvettes à Beauté
& le Monde devient s’1 sensibilité exquise
l’aberration succédanée devient floue
l’éternel relatif devient suppliant
l’Équivoque est la cataractéristique majeure
de cette Quête intrigante qui déconcerte
l’électromagnétisme se propage
je me retiens encore
l’Illusion généralisée se découvre
devant les cortèges officiels & dans le réchauffé des plats nets
dans le Néant l’Être se réfléchit
miroir à quiproquo coco
le métro ouvre sa gueule d’où émerge la rue
la rue meurt
le dIEU tousse : on l’envoie chier
il y va
trainant tristement derrière lUI sON pot
lié par 1 pelucheuse ficelle à sON maigre poignet
il a perdu ses Textes
Sinaï rien y comprendre
dans le Ciel passent des avions & la Foule applaudit
le spectacle avait commencé en avance mais moi j’étais en retard
je me retiens encore
passe-moi le Ciel !
des enfants jouaient à la marelle
1 noyé de fraiche date flottait paresseusement à la surface du canal
les gens massés sur les gradins regardaient le torero éventré
les anges tripotaient le bout de leurs ailes : ils se plumaient pour la
soupe
le parler du Quotidien se promenait dans des lieux communs
1 jour fait-il 1 différence quand le gladiateur sur sa croix agonise ?
les Rochers qui nous semblent éternels
sont entamés par les siècles passés
je me retiens encore
1 jeune femme quitta le lit de son amant
cédant à sa diarrhée les clés de son existentialisme
à l’orchestre on jouait Mozart
au paradis on jouait Bach
j’observais impassiblement
les arbres dans le vent
les douze chiens errants
le martèlement du Temps
aux Puces les opus !
mes sens renouent rapidement avec l’ennui & la léthargie
le sommeil sans rêve approche
je me retiens encore
à la surface des jours des heures de chaque instant
sur les écailles de Toute Chose
tombentombent les Masques
cortège funèbre de sensations usées & de ressouvenirs & d’habitudes & de
manies
tournetourne le Monde qui se donne 1 mal de chien
les flots paresseux d’1 Temps désarticulé conduisent la Vie
jusqu’au terme incertain
le Miroir incandescent de la Réalité obtuse & obstinée
ne vaincra son reflet que par l’esprit de Ruse
le Cosmos dans sa soulographie se balade dans la Nuit
chers auditeurs je suis en direct du Palais Présidentiel où notre Président-Monarque vient de
reprendre ses fonctions après 1 journée où il a souhaité s’éloigner des caméras & des micros – estimant (& avec quel à-propos !) que dix heures par jour de présence médiatique
risquait à la longue de saturer l’auditoire & de brouiller son message…
nous voulons d’ailleurs – en notre nom à tous – le rassurer : non Cher Président ! nous
en voulons encore !
revenons au direct pour vous informer des dernières décisions de
Moi-Moi-Moi-1er-&-Ma-Femme-&-Mon-Fils :
1. nous venons de changer de 1er ministre : en effet le précédent pour aussi
insignifiant qu’il fut a crû pouvoir s’exprimer hier à la radio pour exprimer sa joie de travailler pour 1 Président aussi éclairé… il a parlé sans autorisation : toute initiative
personnelle est 1 faute personnelle… donc suivie d’1 sanction personnelle
2. finalement c’est tout le gouvernement qui va être remanié : eh oui ! en nous
annonçant le changement de 1er ministre notre Bien Aimé-Président s’est aperçu qu’en fait les autres ne lui revenaient pas non plus
3. 1 fois que le gouvernement sera en place notre Si Cher Président nommera les
parlementaires : il nous a en effet expliqué hors micro que c’était plus simple & plus rapide… il faut être modernes & réactifs : pourquoi perdre du temps en campagnes
électorales brouillonnes & incompréhensibles pour de toute façon finir avec 1 parlement aux ordres ?... il a donc révisé la Constitution la nuit dernière pendant sa partie de scrabble
avec le gratin du showbizz… la prochaine étape pourrait être de supprimer le parlement qui ne sert pas à grand-chose finalement… « c’est ce que veulent les Français… ils m’ont élu pour ça…
je tiens toutes mes promesses… même celles que je leur ai cachées… »
le gouvernement se met aussitôt au travail : je vous livre l’information comme je la vois se
dérouler sous mes yeux…
le ministre de la Confiture passe la parole à la secrétaire d’état aux Citations De Jaurès Pour
Faire Chier La Gauche
qui reprend de la tête & la renvoie dans les pieds du ministre du Tapis qui se prend les pieds
dedans
le sous-secrétaire d’état à l’Economie de Moyens improvise 1 quadrille pour tenter de dribbler la
Ministre du Saucisson & du Nutella… mais 1 quadrille à deux ça n’existe pas !... attendez ! si ! notre Président Roleix vient de publier 1 décret rétroactif instituant le
quadrille à deux : madame Touvamoinpire entame donc 1 tour de piste avec monsieur Touvabien… c’est fantastique : ils vont si bien ensemble…
le temps de passer à 1 valse puis à 1 paso doble notre noble Sire Président dévoile 1 sein de sa
femme en disant : « hein qu’elle a de beaux nichons ma femme hein ? »
& il sourit en se tournant vers son Ministre des Coaches du Périnée Présidentiel pour lui
donner 1 petite tape sur les fesses
1 opposition de fort mauvais goût crie : « ouh ! ouh ! » mais la Police
de la Pensée Unique & Présidentielle intervient pour évacuer ces sinistres mauvais plaisants qui ne respectent pas l’Élu des Dieux du CAC 40
oh mais que vois-je ?... le ministre du Jogging & des Yachts d’Amis a l’air de s’être
foulé 1 orteil ?... nous attendons confirmation… oui c’est bien cela !... 1 cellule psychologique vient donc prendre en charge les militants du Parti Présidentiel Donc Unique… le
Haut-Commissaire aux Flippers siffle la mi-temps… je rends l’antenne aux studios pour 1 page de publicité
les chiffres du radioréveil… le poids de la couette… le rideau qui se soulève sous
l’air de la fenêtre entrouverte… les ombres des meubles trop grands pour ce que j’ai à y ranger… elle a vraiment changé de vie… tout laissé derrière elle… c’est de son cul somptueux dont j’ai
envie… là… maintenant… j’y pense… c’est ce que j’avais remarqué d’abord… juste son cul somptueux faussement offert quand elle se tournait sur le côté & me le laissait là à mon regard mine de
rien… hôtel du cul tourné elle appelait ça… c’est là que j’ai habité un certain temps déraisonnable… hôtel du cul tourné histoire de couple… histoires de couples… je m’tourne & je sais que tu
guettes mais va t’faire cuire un œuf… je m’souviens ces décorations de Noël que j’avais accrochées partout avec les enfants… on se cognait la tête partout… y’avait ces boules pour le sapin que
j’avais fixées à un lustre… elle s’y cognait toujours la tête en se levant de SON canapé… & elle râlait à chaque fois contre ces boules… ce sont les miennes j’ai dit… ce sont les miennes… comme
elles ne servent plus je les ai accrochées là… tu n’es pas drôle a-t-elle répliqué… non… je ne suis pas drôle… ce cul somptueux faussement offert… l’autel du cul tourné s’était transformé hôtel du
cul tourné… notre intimité… pouvoir te saisir dans ton sommeil mouvant… dans un soleil couchant… ouvrir tes cuisses prendre ta poitrine respirer ton souffle s’ensabler dans les dunes du plaisir
mais trop envie de pisser obligé de m’lever
les fantômes s’éloignent
je reste dans le noir pour m’asseoir sur la cuvette des chiottes… respiration ralentie… encore celle du sommeil… faudrait la préserver & pouvoir se recoucher mais déjà c’est déjà
trop tard
visage au savon & à l’eau froide
paraît que l’avenir appartient à ceux qui s’lavent tôt…
cuisine
café
radio
rrrrôôââârrr
tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… comme la moto
qui sillonne les rues… la chasse semble ouverte… tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… pourtant la nuit on est toujours seul...je l’aime & je la déteste à la
fois
j’ai le sentiment que j’ai achevé ce que j’avais à faire... 1 grand sentiment de
vide en moi… le blues post-parturition… la suite des événements ne dépend plus de moi… je sais qu’en réalité je n’ai pas gagné… pas encore…
cette nuit a été la dernière… les heures sont effacées
je fais le ménage
habituel…
je lave ma tasse & ma cuillère… les essuie & les range dans le
bufférateur…
je jette le filtre en papier plein de marc de café dans la poubelle sous l’évier
& lave également la verseuse de la cafetière électrique…
je passe l’éponge sur la table que j’essuie avec 1 torchon… j’accroche le torchon à
sa place : à côté de l’évier…
j’ai passé ma vie à passer l’éponge
je finis par la jeter
n’aurai-je pas dû commencer par ça ?
je balaie rapidement autour de la table & des chaises les quelques miettes &
j’ouvre la porte pour les chasser dans le jardin…
ceci fait
j’allume 1 cigarette & pars dans ma chambre prendre mon arme…
assis sur ma
chaise à ma place habituelle… au bout de la table le revolver posé sur la toile cirée & mes deux mains dessus…
je le soulève des deux mains
c’est froid &
lourd… on n’imagine pas en regardant les films au cinéma la réalité de ce froid & de ce poids…
je le repose doucement…
j’écrase ma clope
dans le cendrier tout propre & m’en colle 1 toute neuve au coin du bec…
je l’allume
clic clac du Zippo…
première bouffée
le Zippo c’est comme 1 flingue en moins lourd : 1 morceau de métal pesant &
lisse qui se réchauffe dans la main… 1 truc de mec pour se faire du cinéma…
reprenant le revolver je pose le bout du canon juste au-dessus du nez… les deux
pouces appuyés sur la détente…
je ne pense à rien de spécial… je vais cesser d’exister rien de
plus…
c’est 1 fait…
& en partant j’emporte toute ma mémoire… toute l’histoire
plus besoin de se taper tout seul du rosbif froid
JE suis la viande froide
déjà froid
je retire de ma
bouche ce bout de cigarette qui pend & dont la fumée me pique les yeux - cette manie qui ne me dérangera plus - & je l’écrase soigneusement dans le cendrier à côté du premier
mégot…
je me rappelle le grand plongeoir quand j’étais gosse… le tout c’était de s’décider…
après ça allait tout seul… dix minutes pour se décider & puis merde ! plus rien d’autre à faire qu’à se laisser tomber
comme 1 pierre
après : 1 grand froid… 1 sensation d’enlisement… le temps d’suffoquer… de
s’faire croire que c’est ça la mort…
j’y vais j’y vais pas j’y vais j’y vais pas...
jivaijivaipa...
jivaijivaipa....
jivai !
les deux pouces se referment très vite
la balle arrive instantanément pile entre les deux yeux & fuse comme 1 torpille
par l’arrière du crâne pour se ficher dans le mur
ça fait 1 sacré merdier dans la cuisine mais il ne sent rien
de retour chez
moi… pour finir de me nettoyer l’esprit je veux m’offrir 1 moment de qualité
j’extrais difficilement Liberté grande de Julien Gracq de l’étagère où mes
livres sont trop serrés
en découvrant au hasard l’ouvrage aux pages d’1 blanc pur je rêve depuis peu
d’une Ville qui s’ouvrît, tranchée net comme par l’outil… je sens revenir le jour où je l’ai acquis dans cette belle librairie des vieilles rues de Périgueux où du sol au plafond des
milliers de volumes s’alignaient sur des étagères en bois
on pouvait y
recenser des auteurs trop rares comme Constantin Cavafy… Virginia Woolf… Julien Gracq… Lobo Antunes… que les vendeurs incultes de livres de cuisiniers… de sportifs… d’astrologues…. de
politricards… ou de journalistes en mal de notoriété ne peuvent qu’ignorer
au fil des étagères Hemingway… Proust… & Joyce bien sûr… & attendant
patiemment : 1 lecteur-libraire affable
j’étais revenu à
la maison de vacances avec les presque introuvables Paris est une fête de Hemingway & Liberté grande de Gracq
dans le chant énervé des cigales je m’étais installé au soleil près de la piscine…
dans le désert du ciel bleu… à l’ombre fraîche des grands arbres… à cette heure chaude de l’après-midi où les oiseaux sont silencieux… je me souviens… 1 écureuil qui faisait du raffut dans
l’arbre au-dessus de moi s’avança jusqu’au bout d’une branche à deux mètres de moi pas plus… & je me gardai bien de bouger
mes mômes qui jouaient au bord de la piscine
ma femme qui dormait ou feignait de dormir sur 1 chaise longue… ma femme qui ne me
parlait plus depuis le déjeuner… depuis que je n’avais pu lui offrir Ce-Collier-En-Vitrine… ma femme aux yeux de verre fumé… ma femme dont je ne voyais déjà plus les yeux & qui ne me
regardait peut-être même plus ?
aucun d’eux ne pouvait voir
& ça n’était plus mon fils qui avait sept ans dans la maison de vacances c’était
moi… & je sentais l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane
odeur de butane odeur de vacances
& l’odeur des pommes de pin aussi
& des herbes sèches
mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je le ferai trente
ans plus tard en souvenir de lui… l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane… mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je
le ferai trente ans plus tard en souvenir de lui mais ça ne le ferai pas revenir… & le lézard vert courait & mon père nous montrait à mon frère & à moi comment
l’attraper
on repère les lézards comme on repère les écureuils
pas en cherchant un lézard mais
en guettant le moindre mouvement sur 1 mur 1 arbre 1 pierre… c’est dans 1 deuxième
temps - presqu’immédiatement - qu’il s’agit d’identifier la source du mouvement
on ne peut pas être plus rapide que le lézard mais on peut être aussi immobile que
le mur… que l’arbre… que la pierre
c’est la seule façon
mais ça ne ferait pas revenir mon père
ni mes sept ans
Liberté grande
Insérer 1 canif dont je ne me sers que pour couper les
pages
Biberonner 1 Lusitania de Partagas puisque j’avais tout le
temps
Et 1 boite d’allumettes
Rafler 1 cendrier propre
Tordre en deux 1 petit carnet pour prendre des
notes
Enfin mon vieux porte-mine Waterman
1 fois le cigare
préparé & enflammé j’ouvris le petit canif bien affûté & commençai à couper soigneusement… avec le soleil accablant pesant sur ma nuque & mes épaules… je commençai à couper
soigneusement les petits cahiers reliés par un fil… le livre posé à plat sur la table… cigare en bouche pour quelques bouffées… les yeux plissés sous la lumière éclatante réverbérée par les
pierres blanches de la terrasse
selon les
intervalles de la découpe des bribes de phrases venaient à mes yeux… & déjà survenait l’envie d’écrire… parce que Gracq fait partie des vrais écrivains : ceux qui suggèrent… qui donnent
à penser… un écrivain exigeant pour lecteur exigeant…
mais je divague… c’était 1 autre moi-même dans 1 autre temps… famille soleil vacances… maintenant c’est toujours l’hiver… je ne sais plus prendre mon pied
l’hiver est dans le fruit
j’insère soigneusement le livre à sa place sur l’étagère trop
fournie
derniers échos de l'espace