univers parallèle

Bulletin des Sciences...

le trimestriel
Bulletin des Sciences
et des Technologies

est accessible
gratuitement

ICI

derniers échos de l'espace

1er contact

syndication

  • Flux RSS des articles
Publié dans : Bruits de l'Univers

la Nuit

 

quand le Temps est suspendu

quand le monde assoupi

règle ses comptes avec son inconscient

certains veillent

 

les comptes sont plus longs à faire

ils ne dorment pas

ils guettent

 

la bouche brûlée par le tabac

les yeux fixés sur l'Immobile

 

la Réalité transpire

& l'Univers brasse toujours ses échos immémoriaux


Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Publié dans : Paysages

presque chaque soir ils allaient saluer la mer cavalière

la houle où croulent & roulent & coulent les espoirs du jour

les oiseaux pêcheurs les horizons lointains

rêves d’aventures au futur ignoré

un temps de conjugaison qui n’existe que dans les songes

 

la nuit arrivait par la ligne d’horizon

comme 1 navire au ventre gonflé de lourds secrets

comme 1 vapeur obscure

comme 1 pur souvenir

 

au loin au-delà de ce rideau

le calme puissant du géant océan

les faisait embarquer sur 1 caravelle

pour aller découvrir des îles et des jungles

aux noms exotiques comme des oiseaux de paradis

la nature primitive l’originel éden

 

dans l’embrun soulevés

ils s’abandonnaient au vertige

jusqu’au point invisible qu’on appelle le point de fuite

 

la mer ne dort jamais

& pourtant à cette heure béate

elle semblait si apaisée

que sa sérénité s’étendait toute aux êtres vivants aux pierres & au ciel

à la croupe des dunes au buisson du bois au ventre de la lande

aux cuisses des ruisseaux aux chevilles des maisons aux pieds des rochers

à l’absence des vierges au cri des nouveaux nés au sanglot des soldats

au galop des chevaux aux larmes des crocodiles à l’envol des cygnes

aux grappes d’or et de miel attendant la vendange pour pleurer l’élixir

aux blés en touffes de blondeur à la mélopée des marins vendangeurs

 

& la nuit se fondait dans l’azur éphémère

& la Lune éthérée vague et solitaire

éclairait leur tendresse & leurs âmes confondues


Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Publié dans : Incertitudes
réimpression du n°17 du Bulletin des Sciences et des Technologies :
TOUT SUR L'INVASION DES ESCARGOTS DE L'ESPACE !

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Publié dans : Incertitudes
Sheernin : si tu nous regardes...


Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Publié dans : Désirs

Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Publié dans : Nocturnes

Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Publié dans : Incertitudes
vous saurez TOUT si vous lisez :

CECI

& vous ne pourrez plus dire : "je ne savais pas !"

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Publié dans : Incertitudes
1 honorable citoyen vient de nous quitter :
son éloge funèbre ICI

Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Publié dans : Bruits de l'Univers
Ish & Isha
par la terre modelés de la terre
Adam Poussière de la terre
Havah la Vivante


Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Publié dans : Nocturnes
"les hallucinations dangereuses peuvent venir le jour ; mais, elles viennent surtout la nuit. Par conséquent, ne t'étonne pas des visions fantastiques que tes yeux semblent apercevoir."
Lautréamont


 

sur 1 Tumulus d’Abus

l’Artiste Pathétique lance aux Soleils d’1 Instemps

ses volutes arborescentes

altérations merdiques tragiques métaphysiques

du Bonhomme spéculatif…

le Non-Être se réjouit de sa Non-Existence

1 Obscénité est lâchée : l’Écho n’en veut pas…

elle disparait dans l’insondable gouffre de la chrétienne charité

cache sexe du Saigneur perdu dans ses vignes

linceul absorbé dans l’émerveillement d’1 monde décrépit

où  se fondent les ombres

où l’aspect cul-à-tifs l’emporte sur l’aspect merde-aux-zoïdes

lorsque l’on dispose d’1 tel potentiel de Tourbillon

la Mort s’effa

d’elle-mê

fétide putride nauséabonde atomisée

l’Ogre a faim : il part à la recherche d’1 Proie facile

ses Grandes Couilles laissent 1 double Sillon sur le trottoir bitumeux

d’1 Ville maintenant désertée par les Enfants

sinistres Reliques des mauvais jours d’avant avant

perdu dans des rêves érotiques & constipétoires

je ne me lasse pas de la statue de marbre froid

qui me tend 1 index accusateur

mais je n’ai pas à me justifier aux yeux aveugles d’1  statue

polie & immémoriale glacée comme le Temps arrêté

Pennis est ma statue préférée : Pennis est la bonne anglaise

je la saute tous les lundi : c’est la semaine anglaise

c’est ma préférée

c’est d’ailleurs la seule que j’ai

la seule qui me reste

on m’a enlevé les autres

quelquefois dans mon sommeil

je rêve que j’en trace les contours du bout de mes doigts

& elle dodeline de la tête

quand elle éternue c’est qu’elle a atteint l’orgasme

j’aime bien Pennis : elle sait rester à sa place

ça n’est pas rien pour 1 statue

Pennis c’est le Beau plus ressemblant

1 nuit que j’étais ivre & curieux de cette déesse goguenarde

je l’ai renversée sur le divan

Pennis est 1 statue de marbre froid

froide comme le Temps qui fuit

sournois voleur & rapace

dans la Nuit qui est là

qui conserve les poses

qui conserve les pauses

je me retiens encore

l’Anomalie Est

dans la Nature

elle Est la Nature

la Nature de la Nature

des choses & des sons

des roses & des sens

l’Esprit enfin révélé à Lui-même écope les dernières gouttes d’1 jus figé

les Parfums capiteux se bousculent au Portillon des éprouvettes à Beauté

& le Monde devient s’1 sensibilité exquise

l’aberration succédanée devient floue

l’éternel relatif devient suppliant

l’Équivoque est la cataractéristique majeure

de cette Quête intrigante qui déconcerte

l’électromagnétisme se propage

je me retiens encore

l’Illusion généralisée se découvre

devant les cortèges officiels & dans le réchauffé des plats nets

dans le Néant l’Être se réfléchit

miroir à quiproquo coco

le métro ouvre sa gueule d’où émerge la rue

la rue meurt

le dIEU tousse : on l’envoie chier

il y va

trainant tristement derrière lUI sON pot

lié par 1 pelucheuse ficelle à sON maigre poignet

il a perdu ses Textes

Sinaï rien y comprendre

dans le Ciel passent des avions & la Foule applaudit

le spectacle avait commencé en avance mais moi j’étais en retard

je me retiens encore

passe-moi le Ciel !

des enfants jouaient à la marelle

1 noyé de fraiche date flottait paresseusement à la surface du canal

les gens massés sur les gradins regardaient le torero éventré

les anges tripotaient le bout de leurs ailes : ils se plumaient pour la soupe

le parler du Quotidien se promenait dans des lieux communs

1 jour fait-il 1 différence quand le gladiateur sur sa croix agonise ?

les Rochers qui nous semblent éternels

sont entamés par les siècles passés

je me retiens encore

1 jeune femme quitta le lit de son amant

cédant à sa diarrhée les clés de son existentialisme

à l’orchestre on jouait Mozart

au paradis on jouait Bach

j’observais impassiblement

les arbres dans le vent

les douze chiens errants

le martèlement du Temps

aux Puces les opus !

mes sens renouent rapidement avec l’ennui & la léthargie

le sommeil sans rêve approche

je me retiens encore

à la surface des jours des heures de chaque instant

sur les écailles de Toute Chose

tombentombent les Masques

cortège funèbre de sensations usées & de ressouvenirs & d’habitudes & de manies

tournetourne le Monde qui se donne 1 mal de chien

les flots paresseux d’1 Temps désarticulé conduisent la Vie

jusqu’au terme incertain

le Miroir incandescent de la Réalité obtuse & obstinée

ne vaincra son reflet que par l’esprit de Ruse

le Cosmos dans sa soulographie se balade dans la Nuit

nous sommes Là ! il n’y a pas Rien !

mais je me retiens encore


Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Publié dans : Incertitudes

chers auditeurs je suis en direct du Palais Présidentiel où notre Président-Monarque vient de reprendre ses fonctions après 1 journée où il a souhaité s’éloigner des caméras & des micros – estimant (& avec quel à-propos !) que dix heures par jour de présence médiatique risquait à la longue de saturer l’auditoire & de brouiller son message…

nous voulons d’ailleurs – en notre nom à tous – le rassurer : non Cher Président ! nous en voulons encore !

revenons au direct pour vous informer des dernières décisions de Moi-Moi-Moi-1er-&-Ma-Femme-&-Mon-Fils :

1. nous venons de changer de 1er ministre : en effet le précédent pour aussi insignifiant qu’il fut a crû pouvoir s’exprimer hier à la radio pour exprimer sa joie de travailler pour 1 Président aussi éclairé… il a parlé sans autorisation : toute initiative personnelle est 1 faute personnelle… donc suivie d’1 sanction personnelle

2. finalement c’est tout le gouvernement qui va être remanié : eh oui ! en nous annonçant le changement de 1er ministre notre Bien Aimé-Président s’est aperçu qu’en fait les autres ne lui revenaient pas non plus

3. 1 fois que le gouvernement sera en place notre Si Cher Président nommera les parlementaires : il nous a en effet expliqué hors micro que c’était plus simple & plus rapide… il faut être modernes & réactifs : pourquoi perdre du temps en campagnes électorales brouillonnes & incompréhensibles pour de toute façon finir avec 1 parlement aux ordres ?... il a donc révisé la Constitution la nuit dernière pendant sa partie de scrabble avec le gratin du showbizz… la prochaine étape pourrait être de supprimer le parlement qui ne sert pas à grand-chose finalement… « c’est ce que veulent les Français… ils m’ont élu pour ça… je tiens toutes mes promesses… même celles que je leur ai cachées… »

le gouvernement se met aussitôt au travail : je vous livre l’information comme je la vois se dérouler sous mes yeux…

le ministre de la Confiture passe la parole à la secrétaire d’état aux Citations De Jaurès Pour Faire Chier La Gauche

qui reprend de la tête & la renvoie dans les pieds du ministre du Tapis qui se prend les pieds dedans

le sous-secrétaire d’état à l’Economie de Moyens improvise 1 quadrille pour tenter de dribbler la Ministre du Saucisson & du Nutella… mais 1 quadrille à deux ça n’existe pas !... attendez ! si ! notre Président Roleix vient de publier 1 décret rétroactif instituant le quadrille à deux : madame Touvamoinpire entame donc 1 tour de piste avec monsieur Touvabien… c’est fantastique : ils vont si bien ensemble…

le temps de passer à 1 valse puis à 1 paso doble notre noble Sire Président dévoile 1 sein de sa femme en disant : « hein qu’elle a de beaux nichons ma femme hein ? »

& il sourit en se tournant vers son Ministre des Coaches du Périnée Présidentiel pour lui donner 1 petite tape sur les fesses

1 opposition de fort mauvais goût crie : « ouh ! ouh ! » mais la Police de la Pensée Unique & Présidentielle intervient pour évacuer ces sinistres mauvais plaisants qui ne respectent pas l’Élu des Dieux du CAC 40

oh mais que vois-je ?... le ministre du Jogging & des Yachts d’Amis a l’air de s’être foulé 1 orteil ?... nous attendons confirmation… oui c’est bien cela !... 1 cellule psychologique vient donc prendre en charge les militants du Parti Présidentiel Donc Unique… le Haut-Commissaire aux Flippers siffle la mi-temps… je rends l’antenne aux studios pour 1 page de publicité


Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Publié dans : Nocturnes
les chiffres du radioréveil… le poids de la couette… le rideau qui se soulève sous l’air de la fenêtre entrouverte… les ombres des meubles trop grands pour ce que j’ai à y ranger… elle a vraiment changé de vie… tout laissé derrière elle… c’est de son cul somptueux dont j’ai envie… là… maintenant… j’y pense… c’est ce que j’avais remarqué d’abord… juste son cul somptueux faussement offert quand elle se tournait sur le côté & me le laissait là à mon regard mine de rien… hôtel du cul tourné elle appelait ça… c’est là que j’ai habité un certain temps déraisonnable… hôtel du cul tourné histoire de couple… histoires de couples… je m’tourne & je sais que tu guettes mais va t’faire cuire un œuf… je m’souviens ces décorations de Noël que j’avais accrochées partout avec les enfants… on se cognait la tête partout… y’avait ces boules pour le sapin que j’avais fixées à un lustre… elle s’y cognait toujours la tête en se levant de SON canapé… & elle râlait à chaque fois contre ces boules… ce sont les miennes j’ai dit… ce sont les miennes… comme elles ne servent plus je les ai accrochées là… tu n’es pas drôle a-t-elle répliqué… non… je ne suis pas drôle… ce cul somptueux faussement offert… l’autel du cul tourné s’était transformé hôtel du cul tourné… notre intimité… pouvoir te saisir dans ton sommeil mouvant… dans un soleil couchant… ouvrir tes cuisses prendre ta poitrine respirer ton souffle s’ensabler dans les dunes du plaisir
mais trop envie de pisser obligé de m’lever
les fantômes s’éloignent
je reste dans le noir pour m’asseoir sur la cuvette des chiottes… respiration ralentie… encore celle du sommeil… faudrait la préserver & pouvoir se recoucher mais déjà c’est déjà
trop tard

visage au savon & à l’eau froide

paraît que l’avenir appartient à ceux qui s’lavent tôt…

cuisine

café

radio

rrrrôôââârrr

tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… comme la moto qui sillonne les rues… la chasse semble ouverte… tous les bruits résonnent & portent tellement plus dans la nuit… pourtant la nuit on est toujours seul...je l’aime & je la déteste à la fois

comme d’habitude les nouvelles sont nulles


Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Publié dans : Bruits de l'Univers

Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Publié dans : Vertiges

            dimanche matin sur la Terre…

j’ai le sentiment que j’ai achevé ce que j’avais à faire... 1 grand sentiment de vide en moi… le blues post-parturition… la suite des événements ne dépend plus de moi… je sais qu’en réalité je n’ai pas gagné… pas encore…

cette nuit a été la dernière… les heures sont effacées

 

            je fais le ménage habituel…

je lave ma tasse & ma cuillère… les essuie & les range dans le bufférateur…

je jette le filtre en papier plein de marc de café dans la poubelle sous l’évier & lave également la verseuse de la cafetière électrique…

je passe l’éponge sur la table que j’essuie avec 1 torchon… j’accroche le torchon à sa place : à côté de l’évier…

j’ai passé ma vie à passer l’éponge

je finis par la jeter

n’aurai-je pas dû commencer par ça ?

 

je balaie rapidement autour de la table & des chaises les quelques miettes & j’ouvre la porte pour les chasser dans le jardin…

 

            ceci fait j’allume 1 cigarette & pars dans ma chambre prendre mon arme…

 

            assis sur ma chaise à ma place habituelle… au bout de la table le revolver posé sur la toile cirée & mes deux mains dessus…

 

je le soulève des deux mains

 

            c’est froid & lourd… on n’imagine pas en regardant les films au cinéma la réalité de ce froid & de ce poids…

 

je le repose doucement…

 

            j’écrase ma clope dans le cendrier tout propre & m’en colle 1 toute neuve au coin du bec…

je l’allume

 

clic clac du Zippo…

première bouffée

le Zippo c’est comme 1 flingue en moins lourd : 1 morceau de métal pesant & lisse qui se réchauffe dans la main… 1 truc de mec pour se faire du cinéma…

reprenant le revolver je pose le bout du canon juste au-dessus du nez… les deux pouces appuyés sur la détente…

 

je ne pense à rien de spécial… je vais cesser d’exister rien de plus…

c’est 1 fait…

& en partant j’emporte toute ma mémoire… toute l’histoire

 

plus besoin de se taper tout seul du rosbif froid

JE suis la viande froide

déjà froid

 

            je retire de ma bouche ce bout de cigarette qui pend & dont la fumée me pique les yeux - cette manie qui ne me dérangera plus - & je l’écrase soigneusement dans le cendrier à côté du premier mégot…

 

je me rappelle le grand plongeoir quand j’étais gosse… le tout c’était de s’décider… après ça allait tout seul… dix minutes pour se décider & puis merde ! plus rien d’autre à faire qu’à se laisser tomber

 

comme 1 pierre

après : 1 grand froid… 1 sensation d’enlisement… le temps d’suffoquer… de s’faire croire que c’est ça la mort…

 

j’y vais j’y vais pas j’y vais j’y vais pas...

jivaijivaipa...

 

jivaijivaipa....

 

jivai !

 

les deux pouces se referment très vite

la balle arrive instantanément pile entre les deux yeux & fuse comme 1 torpille par l’arrière du crâne pour se ficher dans le mur

 


ça fait 1 sacré merdier dans la cuisine mais il ne sent rien

 

vraiment rien


Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Publié dans : Vertiges

            de retour chez moi… pour finir de me nettoyer l’esprit je veux m’offrir 1 moment de qualité

j’extrais difficilement Liberté grande de Julien Gracq de l’étagère où mes livres sont trop serrés

en découvrant au hasard l’ouvrage aux pages d’1 blanc pur je rêve depuis peu d’une Ville qui s’ouvrît, tranchée net comme par l’outil… je sens revenir le jour où je l’ai acquis dans cette belle librairie des vieilles rues de Périgueux où du sol au plafond des milliers de volumes s’alignaient sur des étagères en bois

 

            on pouvait y recenser des auteurs trop rares comme Constantin Cavafy… Virginia Woolf… Julien Gracq… Lobo Antunes… que les vendeurs incultes de livres de cuisiniers… de sportifs… d’astrologues…. de politricards… ou de journalistes en mal de notoriété ne peuvent qu’ignorer

au fil des étagères Hemingway… Proust… & Joyce bien sûr… & attendant patiemment : 1 lecteur-libraire affable

 

            j’étais revenu à la maison de vacances avec les presque introuvables Paris est une fête de Hemingway & Liberté grande de Gracq

dans le chant énervé des cigales je m’étais installé au soleil près de la piscine… dans le désert du ciel bleu… à l’ombre fraîche des grands arbres… à cette heure chaude de l’après-midi où les oiseaux sont silencieux… je me souviens… 1 écureuil qui faisait du raffut dans l’arbre au-dessus de moi s’avança jusqu’au bout d’une branche à deux mètres de moi pas plus… & je me gardai bien de bouger

mes mômes qui jouaient au bord de la piscine

ma femme qui dormait ou feignait de dormir sur 1 chaise longue… ma femme qui ne me parlait plus depuis le déjeuner… depuis que je n’avais pu lui offrir Ce-Collier-En-Vitrine… ma femme aux yeux de verre fumé… ma femme dont je ne voyais déjà plus les yeux & qui ne me regardait peut-être même plus ?

aucun d’eux ne pouvait voir

& ça n’était plus mon fils qui avait sept ans dans la maison de vacances c’était moi… & je sentais l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane

odeur de butane odeur de vacances

& l’odeur des pommes de pin aussi

& des herbes sèches

mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je le ferai trente ans plus tard en souvenir de lui… l’odeur du café que ma mère faisait réchauffer dans une casserole sur la gazinière au butane… mon père suivait à la radio les étapes du Tour de France comme je le ferai trente ans plus tard en souvenir de lui mais ça ne le ferai pas revenir… & le lézard vert courait & mon père nous montrait à mon frère & à moi comment l’attraper

on repère les lézards comme on repère les écureuils

pas en cherchant un lézard mais

en guettant le moindre mouvement sur 1 mur 1 arbre 1 pierre… c’est dans 1 deuxième temps - presqu’immédiatement - qu’il s’agit d’identifier la source du mouvement

on ne peut pas être plus rapide que le lézard mais on peut être aussi immobile que le mur… que l’arbre… que la pierre

c’est la seule façon

mais ça ne ferait pas revenir mon père

ni mes sept ans

 

Liberté grande

Insérer 1 canif dont je ne me sers que pour couper les pages

Biberonner 1 Lusitania de Partagas puisque j’avais tout le temps

Et 1 boite d’allumettes

Rafler 1 cendrier propre

Tordre en deux 1 petit carnet pour prendre des notes

Enfin mon vieux porte-mine Waterman

 

            1 fois le cigare préparé & enflammé j’ouvris le petit canif bien affûté & commençai à couper soigneusement… avec le soleil accablant pesant sur ma nuque & mes épaules… je commençai à couper soigneusement les petits cahiers reliés par un fil… le livre posé à plat sur la table… cigare en bouche pour quelques bouffées… les yeux plissés sous la lumière éclatante réverbérée par les pierres blanches de la terrasse

 

            selon les intervalles de la découpe des bribes de phrases venaient à mes yeux… & déjà survenait l’envie d’écrire… parce que Gracq fait partie des vrais écrivains : ceux qui suggèrent… qui donnent à penser… un écrivain exigeant pour lecteur exigeant…

 

                                   mais je divague… c’était 1 autre moi-même dans 1  autre temps… famille soleil vacances… maintenant c’est toujours l’hiver… je ne sais plus prendre mon pied

l’hiver est dans le fruit

 

j’insère soigneusement le livre à sa place sur l’étagère trop fournie


Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus